"Cette histoire pèse encore" : 20 ans après l'affaire Cécillon, le silence encore gêné du monde du rugby

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Dans la soirée du 7 au 8 août 2004 à Saint Savin, Marc Cécillon, ancien capitaine du XV de France et grand nom du club voisin de Bourgoin-Jallieu, tue par balles sa compagne Chantal. Un meurtre d'une cruauté sans nom, dans lequel s'est replongé Ludovic Ninet, dont le récit est paru le 13 avril. Pour Poulain Raffûte, l'auteur témoigne du silence gêné qu'il a rencontré lors de son enquête.

Affaire Cécillon et le silence gêné du monde du rugby : "Une culpabilité collective"

Video credit: Eurosport

C'est une histoire sordide, qui va bien au-delà de la mort d'une femme. L'Affaire Cécillon, du nom de l'ancienne gloire du CS Bourgoin-Jallieu et de l'équipe de France Marc Cécillon, a éclaté il y a maintenant près de 20 ans. Elle reste néanmoins un sujet difficilement abordable dans la petite commune de Saint Savin en Isère, là où, dans la nuit du 7 au 8 août 2004, le rugbyman retraité a tué sa femme, Chantal, de 4 balles de revolver à bout portant.
Dans Poulain Raffûte cette semaine, l'écrivain Ludovic Ninet raconte le silence qui enveloppe encore le meurtre de Chantal Cécillon, encore aujourd'hui. L'ancien journaliste de L'Equipe a fait paraître un récit le 13 avril dernier, intitulé "L'Affaire Cécillon. Chantal, récit d'un féminicide", dans lequel il retrace l'histoire du procès de Marc Cécillon en donnant la parole aux proches de la réelle victime, Chantal Cécillon.
Il y raconte notamment l'effacement de la victime, dont il est très peu question, au profit du tueur, dépeint tout au long de son procès en homme victime de ses démons. Le silence teinté d'inconfort, aussi, auquel l'auteur s'est frotté lors de la rédaction de son livre.
"Il y a un poids énorme de cette histoire, qui pèse encore là-bas, explique à ce sujet Ludovic Ninet. Mon interprétation, c'est que les gens se sont sentis peut-être un peu responsables. (...) Certains qui étaient peut-être très proches, qui ont beaucoup vu et beaucoup laissé faire (...), ou d'autres qui avaient entendu, et qui ne se sont pas plus intéressés que ça... Cela donne le sentiment d'une espèce de culpabilité collective", développe l'écrivain, interrogé par Raphaël Poulain et Arnaud Beurdeley.
Selon lui, "le cas de Marc Cécillon est un symbole, un symptôme de ce vedettariat qui tourne mal à un moment". Ce meurtre illustre la difficulté pour certains sportifs de haut niveau de réussir leur après-carrière. Il illustre aussi, selon Ninet, l'omerta qui enveloppe les excès de l'ancienne gloire locale, protégée par un système qui lui a pardonné ses dérives alors qu'il les connaissait.
Des dérives telles que l'abus d'alcool, ainsi qu'une certaine impunité découlant de son statut, qui ont conduit Marc Cécillon à passer à l'acte cette nuit d'août 2004, que l'auteur tient tout de même à relativiser. "Tout le monde s'est concentré là-dessus, mais la cause du meurtre n'est pas là-dedans. C'est un contexte qui favorise un passage à l'acte", rappelle-t-il, désireux de rétablir la vérité autour de cette tragédie qui a secoué le monde du rugby, et qui continue d'être tabou, près de deux décennies plus tard.
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