Mort de Federico Martin Aramburu | Le témoigne poignant de Shaun Hegarty : "Je l'ai dans mes bras, et je le vois partir"
Par Laurent Vergne
Mis à jour 15/09/2026 à 17:47 GMT+2
Moment fort ce mardi à la cour d'assises de Paris. Shaun Hegarty est venu témoigner pour raconter les circonstances de la tragédie qui a vu son ami Federico Martin Aramburu abattu sur un trottoir parisien un matin de mars 2022. Il a fait part de son intime conviction : le principal accusé, Loïk Le Priol, a tiré "pour en terminer", a-t-il estimé.
Shaun Hegarty.
Crédit: Getty Images
Son ami est mort devant lui. Shaun Hegarty était aux premières loges et a assisté aux derniers instants de vie de Federico Martin Aramburu, le 19 mars 2022. Mardi, à la cour d'assises de Paris, l'ancien rugbyman a témoigné lors du procès de ceux qui comparaissent pour assassinat et tentative d'assassinat.
Auteur des deux coups de feu mortels, l'ancien militaire Loïk Le Priol 32 ans, et un ex-étudiant, Romain Bouvier, 35 ans, qui comparaît pour tentative d'assassinat, encourent la réclusion criminelle à perpétuité le 25 septembre. Ces deux militants d'ultradroite, aux lourds antécédents de violences, nient toute intention homicide et affirment avoir fait feu sur un homme pourtant désarmé pour se défendre, par peur de la puissance physique des deux rugbymen. Le Priol invoque la légitime défense, le second concède des violences avec armes, passibles de cinq ans de prison.
Hegarty était venu chercher des réponses à ses questions et une forme d'acceptation à défaut d'excuses, mais, à la barre, il a estimé ne pas avoir obtenu satisfaction sur ce point. "J'avais toujours l'espoir que les accusés puissent reconnaître qu'ils ont fait n'importe quoi, (…) qu'ils manifestent un peu d'humanité. Je n'ai pas l'impression que ce sera le cas", a regretté Shaun Hegarty. L'ex-trois-quarts-centre a raconté son ami et surtout les circonstances de la mort de celui-ci, au petit matin, sur un trottoir parisien, conclusion absurde et tragique d'une dispute alcoolisée né quelques minutes plus tôt dans une brasserie.
Face à la "manière dont (les accusés) essaient d'échapper à leurs responsabilités", Shaun Hegarty estime que les deux hommes demeurent "dangereux" et doivent rester "le plus longtemps possible en prison", avant de raconter cette fin dramatique de virée nocturne parisienne, depuis une montée de tension en terrasse provoquée par l'arrogance et l'agressivité envers d'autres clients de Le Priol.
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Shaun Hegarty après saon témoignage.
Crédit: Getty Images
Je l'ai dans mes bras, et je le vois partir
A-t-il traité celui-ci de "con" ? "Je n'ai pas ce souvenir, mais l'ensemble des personnes qui étaient autour devaient le penser...", répond Hegarty. Toujours est-il que Le Priol se lève, lui met trois tapes sur la joue : "Il me dit qu'il faut que je fasse attention, parce qu'il sait se battre, qu'il fait partie des forces spéciales." En quittant la terrasse, Aramburu met Le Priol au sol en lui tirant la capuche. Ce "geste malheureux", Hegarty, qui n'avait jamais assisté à un tel énervement chez son ami, l'explique par son exaspération face à l'agressivité de Le Priol.
S'ensuit alors "une bagarre assez dure, mais très courte, dix, douze secondes", poursuit l'ancien joueur de Biarritz et de Bayonne. Les deux rugbymen se sont ensuite éloignés : "Pour nous, c'est fini, on part se coucher." Le Priol partira bientôt à pied dans la même direction. Après une halte dans un hôtel pour demander de la glace et apaiser leurs hématomes, une Jeep s'arrête à leur hauteur, avec Bouvier en passager et conduite par la compagne de Le Priol, jugée pour complicité de tentative d'assassinat.
Shaun Hegarty se souvient d'une "voix plutôt masculine" qui lâche : "Les voilà !". Dans le débat sur la préméditation, ce moment est crucial. Ont-ils pris le véhicule pour partir en chasse des rugbymen ? Ils assurent que non, qu'ils cherchaient juste Le Priol pour rentrer. Hegarty les contredit : "Ils nous cherchaient". Bouvier descend, fait face à Aramburu, tire quatre fois, blesse sa victime et fuit.
Hegarty explique être alors entré dans un état de "dissociation", son cerveau n'était "pas prêt à voir ce qu'il se passe", il ne comprend pas ce qui se joue sous ses yeux. Arrivé sur les lieux en sprintant, Le Priol est percuté par Aramburu qui, avec deux balles dans le corps, a conscience de la dangerosité de ce second agresseur, explique Hegarty. Aramburu et Le Priol "s'agrippent", "tombent au sol". Hegarty "essaie d'intervenir", avec en mains son tissu rempli de glaçons dont la défense, bien démunie, s'efforce de convaincre qu'il s'en serait servi sur la tête de Le Priol comme d'une "arme par destination". Mais Hegarty le concède : "hagard", il ne sert "à rien".
Puis Le Priol "vide son chargeur" : six tirs, quatre qui atteignent la victime, deux mortels dans le dos. Aucun tir de sommation comme l'affirme la défense, contredit encore Hegarty : "Il lui a tiré dessus, il a tiré pour en terminer." Aramburu s'effondre. "Quand je m'approche, il me dit 'Shaun, appelle la police, je vais mourir'". Hegarty "prend conscience de ce qui arrive". "Je le prends dans mes bras, et je le vois qui s'étouffe, le sang dans la bouche. Je l'ai dans mes bras, et je le vois partir". Les secours arrivent rapidement "mais moi, je sais qu'il est parti".
(Avec AFP)
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