S’il y a des skieurs qui n’ont pas forcément le respect qu’ils méritent, Alexis Pinturault a probablement son nom en haut de la liste. Souvent placé dans les grands rendez-vous depuis près de dix ans mais rarement gagnant jusqu’à l’an passé, souvent réduit aux podiums dans le sillage du “Cannibale du ski” Marcel Hirscher, le Français s’est peu à peu construit une réputation de “Poulidor” du ski. Et, comme pour le mythique cycliste, cette réputation en viendrait presque à occulter les résultats pourtant exceptionnels du skieur de Courchevel. A 29 ans, le Tricolore est tout simplement le grand skieur français de l’histoire en Coupe du monde. Et ce n’est pas rien pour une nation majeure du ski alpin qui a connu divers champions du monde ou olympiques. Le palmarès de “Pintu” parle pour lui.

Le seul à gagner dans six disciplines

Polyvalent par excellence, le Français est rentré dans l’histoire le 27 novembre dernier en remportant le géant parallèle de Lech, en Autriche. Son premier succès dans l'exercice mais, surtout, une sixième discipline différente sur laquelle le Tricolore lève les bras. Tout avait commencé avec le City Event de Moscou en février 2012 avant de gagner en géant à Garmisch, en slalom à Val d’Isère et en combiné à Wengen la saison suivante. Il rajoutera en 2014 le Super-G, en gagnant celui des finales à Lenzerheide, en Suisse. S’il lui manque encore la descente, Pinturault fait donc mieux que les super-polyvalents Bode Miller, Marc Girardelli, Pirmin Zurbriggen ou Marcel Hirscher (5). En attendant, pourquoi pas, de rejoindre Mikaela Shiffrin, unique skieuse de l’histoire à avoir triomphé sur toutes les disciplines.
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En combiné, seul Kjetil André Aamodt fait mieux

Et sa polyvalence lui a notamment permis de régner sur le combiné, la seule discipline où le Français a déjà remporté un petit globe. Depuis 2013, il a remporté à six reprises le classement de la spécialité, engrangeant pas moins de dix succès, deuxième total de l’histoire dans la spécialité mais, surtout, quatre petits globes. Seul le Norvégien Kjetil André Aamodt a déjà fait mieux dans l’histoire, avec ses cinq globes entre 1994 et 2002. A 29 ans, le Tricolore est largement dans les temps pour devenir le skieur le plus titré de l’histoire de la discipline. Un statut qu’il aurait déjà pu avoir si la FIS avait attribué un globe en 2013 et 2014.

4 petits globes, aucun Français ne fait mieux

Glaner quatre petits globes, même si ce ne sont “que” des globes de combiné, une discipline un peu en retrait ces dernières années, ne doit nullement être dévalorisé. Surtout pas du côté de la France, où personne n’a jamais fait mieux chez les messieurs dans toute l’histoire. Souvent dans la discussion pour le titre honorifique du plus grand skieur français de l’histoire, Luc Alphand et Jean-Claude Killy comptent eux aussi quatre petits globes. Le premier en a grappillé trois en descente et un en Super-G tandis que le champion des JO 1968 a été partageur (1 descente, 1 géant et 2 slaloms). Seul Carole Merle et ses six petits globes (4 en Super-G, 2 en géant) fait mieux hommes et femmes confondues.

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Dans le top 10 des skieurs les plus victorieux

Rien que cette statistique suffit à vous classer un skieur parmi les plus grands champions de son sport. En 53 ans d’existence de la Coupe du monde, seul neuf hommes ont gagné plus qu’Alexis Pinturault. Vainqueur ce dimanche pour la 31e fois, le Tricolore n’est désormais plus qu’à deux longueurs de l’Américain Bode Miller et à cinq de Benjamin Raich et Aksel Lund Svindal. Des légendes que le Tricolore pourrait bien effacer des tablettes avant même ses 30 ans, alors que tous trois ont signé leur dernier succès en Coupe du monde à, au moins, 34 ans passés ! Réussir pareille performance est déjà un exploit mais y parvenir en skiant à la même époque qu’un monstre comme Marcel Hirscher et ses 67 (!) succès rend la chose encore plus impressionnante.

L’égal de Tomba en géant

L’Autrichien avait beau lui aussi être un géantiste dans l’âme, c’est bien en géant qu’Alexis Pinturault a signé la majorité de ses victoires, puisqu’il a acquis 15 de ses 31 succès dans la discipline. En gagnant à Alta Badia, le Tricolore a tout simplement dépassé les Autrichiens Benjamin Raich et Hermann Maier, excusez du peu... Surtout, il a rejoint dans l’histoire la légende italienne Alberto Tomba, l’un des plus grands techniciens de l’histoire. Ingemar Stenmark et ses 46 succès sont encore bien loin mais le Tricolore fait déjà partie des meilleurs géantistes de l’histoire.

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Trois classiques à aller chercher

Capable de s’imposer aussi bien en géant, en combiné qu’en slalom, les Super-G lui correspondant étant quand même plus rares, Alexis Pinturault s’est peu à peu construit un palmarès sur l’ensemble des stations de la Coupe du monde. Notamment les plus prestigieuses puisqu’il s’est imposé à Garmisch (2013 et 2020), à Wengen (2013 et 2014), à Adelboden (2017), à Val d’Isère (2012, 2016, 2017 et 2019), Bormio (2017 et 2019) ou encore Kitzbuhel (2013, 2014 et 2015). Au final, il n’y que trois “classiques” de la Coupe du monde, où le Français ne s’est pas encore imposé : à Beaver Creek, où le géant mais aussi le Super-G semblent coller à ses qualités, ainsi qu’aux slaloms de Madonna di Campiglio et de Schladming. Deux slaloms qu’il pourrait accrocher à son palmarès dès cette année...

Gros globe et titre olympique, ultime marche vers la gloire

Mais, si le Tricolore a longtemps été vu comme le “Poulidor” du ski, c’est aussi à cause de son manque de grands titres, en Coupe du monde comme lors des grands rendez-vous. Cinq fois sur le podium du général de la Coupe du monde mais jamais vainqueur. Trois médailles olympiques mais aucun titre. Et c’est finalement tout ce qu’il manque au palmarès du skieur de Courchevel. Longtemps privé d’un titre mondial malgré des places d’honneur (deux médailles de bronze et 11 top 10 par ailleurs), Pinturault a enfin goûté à l’or à Äre en 2019 en remportant... le combiné. Un titre forcément libérateur pour le Tricolore désormais tourné vers les deux derniers objectifs majeurs de sa carrière : le titre olympique à Pékin en 2022 et, surtout, le gros globe du classement général. Passé à côté de peu l’an dernier, le Français est de nouveau parti pour lutter avec Aleksander Aamodt Kilde cette saison. En espérant, cette fois, que la saison ira au bout. Et que l’issue en sera différente.

Alexis Pinturault lors des JO de Pyeongchang

Crédit: Getty Images

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