On peut briller de manière précoce et devoir attendre pour exploiter totalement son potentiel. Oui, Mathieu Faivre est arrivé à tout juste à 18 ans sur le circuit de la Coupe du monde. C'était lors des finales 2010 et il y avait marqué ses premiers points. Oui, le Français s’était déjà imposé en Coupe du monde, à l’occasion du géant de Val d’Isère en 2016, mais cette performance semblait appartenir à un lointain passé.
Un peu tombé dans l’oubli depuis trois ans, le Niçois est entré dans une toute autre catégorie en devenant la semaine passée champion du monde du parallèle, en individuel, puis surtout du slalom géant en Italie aux Mondiaux de Cortina d'Ampezzo. Deux succès qui ont fait de lui l’homme des Mondiaux, mais qui ne l'avait pas érigé comme le nouvel homme fort du géant pour autant. Ses performances en Coupe du monde depuis trois ans étaient bien trop "moyennes" pour qu’un titre mondial suffise à cela.
Une multitude de petites choses qui ont fait que ça a été compliqué
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Pourtant, à la fin de l’hiver 2017, Mathieu Faivre avait le vent en poupe. Il avait signé une saison prometteuse en géant, où il avait pris la 2e du classement de la discipline derrière Marcel Hirscher, décroché trois podiums (son record sur une saison) et remporté son premier titre mondial, lors de l'épreuve par équipes à Saint-Moritz. Mais les choses vont subitement se dérégler pour le Niçois qui va reculer dans la hiérarchie et perdre son ski. "Ce n’est absolument pas ce que j’en attendais, déclarait-il en 2018 dans Nice-Matin. C’est une multitude de petites choses qui ont fait que ça a été compliqué d’avoir de la constance sur la saison et surtout de donner le meilleur de moi-même".
Encore dans les meilleurs mondiaux en 2019, Faivre va peu à peu disparaître du top 7 mondial en géant. En manque de confiance, il n’avait - avant les Mondiaux de Cortina - plus réalisé le moindre top 5 en Coupe du monde depuis son podium (2e) à Sölden en octobre 2019, avec seulement 6 top 10 au compteur ! C’est dire si ses succès à Cortina étaient une surprise.

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Faivre, une renaissance préparée

Ce retour au premier plan, Mathieu Faivre ne l’a pas sorti de son chapeau. Depuis le changement de la règlementation des rayons de courbe de skis, en géant, à l'aube de la saison 2017/2018 (passage de 35 à 30 mètres), le Français a eu du mal à s’adapter. Mais il n’a jamais cessé de croire en lui et en ses capacités. En difficulté en ce début de saison, le Niçois a tout stoppé au mois de janvier pour repartir en Coupe d'Europe regagne de la confiance, avant de trouver les bons réglages lors d'un stage de préparation aux Mondiaux à Reiteralm, en Autriche. C'est là-bas qu'il a finalisé les derniers détails pour être en phase avec son matériel.
Ce travail a fini par payer avec ce titre mondial, confirmé à Bansko avec une 2e place samedi et une victoire dimanche. "Est-ce que je suis sur un nuage ? Pas forcément, avoue-t-il pour L’Equipe. Les choses ne sont pas arrivées d'un coup, à Cortina, puis ici. Ce qui compte, c'est tout le travail fait avec l'implication des entraîneurs, de mon technicien, de mon équipementier ". Peut-être que Faivre n'est pas sur un nuage. Mais il est en pleine confiance et sûr de son ski.
Cela s’est vu lors de ce deuxième géant en Bulgarie, avec une deuxième manche pleine de maitrise. Malgré les éléments extérieurs (luminosité en baisse par exemple) et le stress de refermer le portillon, le Tricolore a tenu bon. "En voyant que c'est gagné, c'est un mélange de soulagement et de bonheur d'avoir pu concrétiser mon meilleur chrono de la première manche, expliquait-il après sa victoire. Ce n'est jamais facile à faire, ce n'était que la 3e fois que j'étais dans ce cas de figure. Samedi, j'ai fait quelques fautes qui m'en ont empêché".

Une seule victoire sur ses 83 premiers géants en carrière…

Mais le Niçois n’allait pas commettre deux fois la même erreur. Il faut dire que son avance au terme de la première manche était deux fois plus conséquente que la veille, avec plus de quatre dixièmes d’avance sur le Suisse Loic Meillard. Il ne restait plus qu’à éviter les rares pièges du second tracé, notamment dans le mur. "Comme attendu, la deuxième manche n'a pas été évidente, ça tapait beaucoup, un poil plus agréable que samedi, racontait-il pour L’Equipe. Il ne fallait rien lâcher. Après le mur, le plus dur était fait, et j'ai réussi à m'imposer avec pas mal d’avance". Une performance qui témoigne de sa forme resplendissante du moment.

Mathieu Faivre lors du slalom géant à Bansko le 28 février 2021

Crédit: Getty Images

"Ça confirme mon état de forme et que je me sens très bien sur mes skis, explique t-il. Ça confirme le bon état d'esprit en ce moment, je suis hyper content de ma journée". Il y a de quoi. Après avoir remporté deux des trois derniers géants, alors qu’il n’en avait gagné qu’un seul sur les 83 premiers (Coupe du monde, Mondiaux et JO confondus), Faivre commence à changer de statut. Il n'est plus le même skieur. Tel un phœnix, il a retrouvé la confiance et les sommets de la hiérarchie mondiale. Survoler la concurrence en géant, même le Niçois n’y aurait pas cru. "Quatre podiums en quatre courses, si on m'avait dit ça en début de saison je n'y aurai pas cru", avoue-il d’ailleurs. Mais en 2021, tout est possible. Y compris la plus belle des renaissances.
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