Coupe du monde de ski alpin | Jean-Noël Augert : "Avec Clément Noël, on est des attaquants tous les deux"

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Dépassé à Kitzbühel, Jean-Noël Augert a apprécié le record de quatorze victoires de Clément Noël. La légende mauriennaise, qui ne tarit pas d’éloge sur son successeur, est revenu aussi sur le traumatisme causé par la tristement célèbre "affaire de Val d’Isère" de 1973. Où tout s’arrêté subitement pour lui et cinq autres talents français, à seulement 23 ans et un riche palmarès.

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Par François-Xavier Rallet
Jean-Noël Augert, on a tous vu cette photo de vous devant Eurosport et votre télévision, lors de la 14e victoire de Clément Noël. C’était à Kitzbühel, il y a quelques semaines. Vous ne ratez pas la moindre course…
Jean-Noël Augert : Je regarde tout : les descentes, les géants, les slaloms... Je ne rate jamais Kitzbühel aussi. J’y ai gagné trois fois le slalom là-bas (NDLR : en 1971, 1972, 1973). C’est un grand évènement. Ça m’a fait plaisir de voir Clément s’imposer. Il m’a battu avec ce 14e succès et c’est très bien comme ça…
Il est difficile de comparer vos deux palmarès. L’époque n’est pas la même, le matériel non plus. Que vous inspire le fait qu’il ait dépassé votre record ?
J-N.A. : J’étais content pour lui. Je pense que cette 14e victoire n’est pas la dernière. Il va y en avoir d’autres derrière. Il y a la 15e à aller chercher pour égaler Perrine Pelen déjà (sourires). Peut-être un globe de cristal aussi. Car Clément skie vraiment fort. Il est très costaud. On n’a pas la même taille mais on est tous les deux des attaquants. Ça nous rassemble. Et puis, il y a un autre slalomeur qui monte, c’est Steven Amiez. Il frappe à la porte des podiums. Il va y arriver.
Marco Odermatt est assuré de remporter le classement général encore cet hiver. Que pensez-vous du Suisse ?
J-N.A. : C’est un extraterrestre. Il skie comme un dieu. Il rêve de gagner la descente de Kitzbühel et il n’y est pas parvenu cet hiver. Mais il va le faire un jour. C’est un grand champion. Il a l’air d’être sympa en plus.
Revenons sur Kitzbühel. C’est un lieu mythique du ski alpin. Quels souvenirs gardez-vous de vos succès ?
J-N.A. : C’est la Mecque, là-bas. J’ai gagné trois slaloms mais j’ai aussi terminé 13e de la descente sur la Streif, à l’époque. Sur les plats, j’avais du mal, mais c’est pas mal quand même, non ? (rires) L’ambiance est folle là-bas. C’est grandiose. La première des trois victoires est celle qui m’a marqué le plus. Mais la dernière aussi, car Kitzbühel avait repris un slalom qui avait été annulé. Ce sont des grands moments dans ma carrière.
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Votre carrière n’a duré que quatre ans pour 44 départs en Coupe du monde, mais quinze victoires dont treize en slalom, un titre mondial et trois petits globes. De quoi êtes-vous le plus fier ?
J-N.A. : Les trois victoires à Kitzbühel sans hésiter… J’étais intouchable en slalom. Je rêvais aussi de gagner à Wengen et j’y suis parvenu. Les courses du mois de janvier sont magiques. Si tout ne s’était pas arrêté aussi tôt, j’aurais pu gagner encore beaucoup de courses. Mais c’est une vraie fierté quand on retourne à Kitzbühel de monter dans la cabine rouge 41, la mienne… La Maurienne a souvent brillé là-bas, avec Jean-Pierre Vidal et Jean-Baptiste Grange (sourires).
Car, rappelons-le, votre carrière s’est arrêtée le 9 décembre 1973, avec la triste affaire de Val d’Isère. C’était juste avant le Critérium de la Première Neige, quelques semaines avant les Mondiaux de St-Moritz. Vous n’aviez que 23 ans et tout s’est arrêté subitement. Vous et cinq autres skieurs français avez été exclus de l’équipe de France pour de sombres raisons. Est-ce encore aujourd’hui un traumatisme ?
J-N.A. : Un peu, car j’en veux toujours aux entraîneurs et au ministre, qui ont pris cette décision. Ça m’a marqué à vie. J’étais le meilleur slalomeur au monde et on m’a stoppé à 23 ans. C’était dur. On commençait à gagner de l’argent. Et ça ne leur a pas plu à tous ces gens-là. Cet argent, ils voulaient le garder pour eux et nous le donner qu’à la fin de notre carrière. On n’était pas d’accord avec ça. Il y a eu longtemps des petites tensions. Et du jour au lendemain, ils nous ont mis dehors, on n’a rien pu faire. C’était traumatisant. On est rentré à la maison et tout s’est arrêté. Ça a aussi fait du mal aux jeunes qui sont arrivés derrière car la presse les a flingués. Ils n’avaient pas le même niveau que nous. Et ils n’ont pas été épargnés. Une génération sacrifiée en quelque sorte…
Qu’est-ce qui vous a manqué le plus à l’époque ?
J-N.A. : Ce qui a été terrible, c’était de ne plus prendre le départ de courses. Alors, j’ai décidé d’aller aux Etats-Unis pour disputer des courses professionnelles. On est parti là-bas pour faire des épreuves parallèles. J’y suis resté deux saisons mais ça ne me plaisait pas trop. Ma femme (NDLR : Françoise Macchi, ancienne skieuse de l’équipe de France) avait ouvert des magasins en France donc j’y suis allé seul. Et après ça, j’ai tout arrêté.
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Que représente votre femme à vos yeux ? Vous allez fêter vos cinquante ans de mariage en juin prochain…
J-N.A. : On était jeune quand on s’est rencontré. Je me rappelle qu’elle se mettait dans mon sillage quand on skiait, car les coaches avaient dit aux skieuses de se mettre dans la trace des skieurs pour progresser. (Françoise Macchi intervient…) J’avais 16 ans, j’étais subjuguée par son style (rires). Mais il y a eu des hauts et des bas au début dans notre couple... (Jean-Noël Augert la coupe) Encore maintenant… (rires). Mais la vie est belle. L’été, on fait beaucoup de moto tous les deux. L’année dernière, on est descendu en Grèce. On a fait près de 5 000km en trois semaines. On est déjà allé aux Etats-Unis, en Afrique du Sud, en Irlande, en Italie, au Portugal. On a des projets tout le temps.
Vous skiez très peu désormais. La dernière fois c'était il y a plus d’un an, vous vous étiez déguisé pour skier avec vos petits-enfants… Pourquoi skiez-vous si peu ?
J-N.A. : Cet hiver, il y a eu des bonnes conditions pourtant, mais je n'ai pas trop envie. Je n'ai pas la motivation. En revanche, Françoise y va tous les jours, elle.
Ça ne vous manque pas ?
J-N.A. : Pas trop non. Je skie quand j'ai des amis qui viennent pour leur faire découvrir le domaine des Sybelles. Mais ça s’arrête là.
A part le ski, que regardez-vous d’autre à la télévision ?
J-N.A. : Le cyclisme. Je ne rate rien. Je ne rate rien des grands Tours, je regarde toutes les courses. J’ai beaucoup pratiqué le vélo sur route quand je skiais. Ça faisait partie de notre préparation. Je prenais mon vélo, je partais de la Toussuire, je descendais à St-Jean-de-Maurienne et je me faisais quelques cols. J’adorais ça. Mais j’ai arrêté depuis.
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