Johan Clarey est un homme déçu... et heureux à la fois. Passé à côté d'un podium qui lui tendait les bras lors de la descente de Kitzbühel, samedi, le Français n'a pas pu aller au bout de ses idées sur la mythique Streif. Réglé comme une horloge en Autriche où il s'était adjugé le dernier entraînement jeudi dernier, en pleine possession de ses moyens à 39 ans, chose peu commune, le skieur de Tignes avait ses meilleures jambes cette semaine pour LE gros rendez-vous de la saison. Et il n'a pas réussi à saisir l'opportunité du moment sur une piste pourtant faite pour ses qualités.
Tout le paradoxe est là. Clarey, toujours à la recherche de ce premier succès en vitesse en Coupe du monde, a ce goût amer dans la bouche. Mais le résultat parle pour lui : il a terminé 4e de la descente de Kitzbühel derrière trois ténors, Matthias Mayer, Beat Feuz et Vincent Kriechmayer. Rien d'infamant à récupérer la médaille en chocolat d'une course de haute volée. "Il manque rien, quand je suis en bas, je vois qu'il manque 3-5 centièmes et je me dis que ça se joue-là. J'ai fait quelques petites fautes de carre et du coup je ne suis pas à l'équilibre sur quelques courbes faciles, c'est ce qui me fout un peu les boules", a déploré le Français au micro d'Eurosport après l'arrivée.
Le papy des Bleus s'est quand vite remis les idées à l'endroit. Son résultat du jour est objectivement bon alors qu'il restait sur une course ratée à Wengen, où il n'avait pris que la 57e place de la descente. "Le reste de cette course était super bien. Je suis heureux de ma journée, j'en ai vraiment profité, j'étais dans un super état d'esprit. On m'attendait beaucoup, beaucoup de gens m'ont souhaité du bien et j'ai pris ça comme du positif. Au lieu de me mettre de la pression, ça m'a mis du baume au coeur et voilà j'en ai profité, c'est super."
Kitzbühel
Clarey : "Il ne fallait pas non plus être un prophète pour savoir que ça serait dangereux"
23/01/2021 À 11:39

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Avant Kitzbühel, Clarey se posait des questions

C'est bien la question de l'état d'esprit qui importe. Cette 4e place, si frustrante sur le moment, peut devenir un moteur pour quelque chose de bien mieux. Elle a surtout la force de faire du bien mentalement. Avant d'attaquer le programme sur la Streif, Clarey avait reconnu vivre un certain spleen. Un sentiment étrange qui ne l'habitait plus depuis bien longtemps alors que son début de saison avait été bon et magnifié par sa 2e place à Lake Louise en Super-G. "C'est peut-être un des derniers Kitzbühel, voire le dernier", avait-t-il indiqué en conférence de presse en début de semaine. "Aller jusqu'à 40 ans pourquoi pas, mais je vis en ce moment des semaines qui ne sont pas faciles, que j'ai de plus en plus de mal à gérer au niveau du stress. J'aimerais être plus relax comme j'étais l'an dernier mais je ne le suis pas. Il y a peut-être quelque chose qui a évolué."
Après sa bonne entame aux Etats-Unis, Clarey, toujours sur un fil mentalement, a vécu quelques coups durs : il a eu du mal à enchaîner les courses et , les centièmes ne sont pas allés de son côté, puis il a perdu de vieux compagnons de lutte. Les blessures d'Hannes Reichelt, un skieur de sa génération, et celle de son ami et coéquipier de très longue date, Adrien Théaux, dont le genou a lâché pour la première fois de sa carrière à 35 ans, lui ont collé un gros coup au moral. Forcément, les dernières semaines ont été spéciales. Et ce problème mental, porté-disparu la saison dernière, est revenu. "J'ai peut-être peur de la grosse blessure, admettait-il. Il y en a eu beaucoup autour de moi ces derniers temps, dont pas mal de gars de ma génération. Personne n'est à l'abri, moi non plus. Est-ce que j'ai encore cette flamme, cette envie ? La capacité, je l'ai, en termes de ski. En termes d'engagement, peut-être qu'un matin, je n'y arriverai plus."

Clarey : "J'étais dans un super état d'esprit"

Sans Théaux, le chef de file c'est Clarey

Clarey ne s'est pas fixé de limite pour prendre sa retraite, mais il le martèle : oui, il se pose la question d'arrêter tout ça. D'être sage et enfin rangé des dangers inhérents à la pratique du ski en compétition. Si on prend un peu plus de recul, cette 4e place va lui permettre de regarder devant et non de se poser des questions sur sa place au sein du grand cirque blanc. Le problème de la hiérachie se pose aussi en équipe de France, dont il est le capitaine de route. En l'absence d'Adrien Théaux, plus jeune que lui, et de Brice Roger, empêtré dans les blessures, les Bleus ont besoin d'un point de repère.
Le patron c'est Clarey. C'est le message donné en substance par Maxence Muzaton après la course. Brillant 5e à quatre centièmes de son ainé, le skieur de La Plagne s'est réjoui de ce tir groupé tricolore au micro d'Eurosport. "On n'a plus Adri (Adrien Théaux), on n'a pas Brice (Roger). J'ai vu Yo, il a fait quelques petites fautes aussi qui lui coûtent un peu de temps. Maintenant, on est dans le coup et il faut essayer d'enfoncer le clou pour la suite". Clarey a d'ailleurs apprécié la course de son coéquipier, auteur de son deuxième top 5 de la saison après la descente à Bormio.
Le mot de la fin, il revient à Fabien Saguez. Pas du tout étonné de la performance du vétéran, dont la compétitivité force le respect, le directeur technique de la Fédération française de ski, a souligné que l'émulation actuelle au sein du groupe aidait à la performance. "On est super content car ils ont fait une course pleine. Ils ont réussi à s'exprimer. Johan m'a dit qu'il avait passé une super journée." Et oui, c'est ça la vérité : Johan Clarey a vécu une belle journée.

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