Coupe du monde I Kitzbühel I Pourquoi Kitzbühel reste un "truc de mecs"

Eurosport sur Google

C'est un mythe réservé aux hommes. L'étape de Kitzbühel, avec en point d'orgue la descente samedi (à suivre en direct sur Eurosport à 11h30), reste exclusivement au programme du calendrier masculin. Ce n'est pas impossible pour une femme de skier sur la redoutable Streif. Mais si cette piste n'accueille pas de compétitions féminines, ce n'est pas sans raison.

"Qu'est-ce que je fais là ?" Dalcin et Clarey racontent leur premier Kitzbühel

Video credit: Eurosport

Où sont les femmes ? Ce n'est pas seulement un tube indémodable de Patrick Juvet. C'est aussi une question que les amateurs de ski sont en droit de se poser quand le cirque blanc débarque à Kitzbühel. Chaque année, la piste la plus mythique du calendrier accueille invariablement des épreuves masculines. L'édition 2025, à suivre sur Eurosport depuis vendredi et avec la descente samedi (11h30), n'échappera pas à cette règle immuable ou presque. Les femmes n'ont pas droit au chapitre pour écrire leur légende sur la Streif. Il y a des raisons de se demander pourquoi.
Il y a bien eu des courses féminines sur la piste autrichienne jusqu'au début des années 60, sur des tracés raccourcis par rapport à celui proposé aux hommes. Puis la programmation de deux descentes dans les années 90, finalement annulées en raison des mauvaises conditions météorologiques. "Une fois elle était au calendrier en 1999, j'avais continué ma carrière pour la faire et puis ça ne s'était pas fait, se remémore Florence Masnada, victorieuse de la Coupe du monde de combiné en 1991 et consultante sur Eurosport. En général, ils préservent toujours la piste pour les garçons. A la base, c'est un sport macho de toute façon, tout est fait pour les garçons et les filles prennent ce qui reste (rires)."

"Une chose de la descendre, une autre de skier pour gagner"

Quelques femmes, notamment Ester Ledecka et Ilka Stuhec, avaient émis le souhait de courir à Kitzbühel. Lindsey Vonn aussi. Bien que retraitée à l'époque, l'Américaine, référence absolue en descente (43 victoires on Coupe du monde) avait réalisé ce qu'elle considérait comme un rêve de gosse quand elle a descendu la Streif en 2023. Et de nuit qui plus est. "J'ai toujours eu du respect pour les hommes qui ont couru sur la Streif, mais j'en ai encore plus maintenant parce que c'est une chose de la descendre et une autre de skier pour gagner", avait-elle déclaré après avoir vécu cette expérience unique.
picture

"Histoire du ski", "libération", "folie" : Le mythe Kitzbühel, vu par Clarey et Dalcin

Video credit: Eurosport

Tout est là. Il y a une combinaison de paramètres qui limite le débat sur la tenue d'épreuves féminines à Kitzbühel. Certains sont physiques, d'autres techniques. "La piste est extrêmement difficile et engagée, explique Marie Marchand-Arvier, vice-championne du monde de super-G en 2009 et consultante pour Eurosport. La plus grosse limite, ce sont les sauts. Dans la moyenne, les filles ne sautent pas bien parce qu'il y a très peu de sauts sur le circuit féminin. Les organisateurs et la FIS préfèrent les limiter pour limiter les risques. C'est fondamentalement le risque le plus élevé à Kitzbühel, où les sauts sont énormes."

Vonn, Goggia, Brignone... et derrière, "ce serait la cata"

A cela, il faut aussi ajouter une dimension psychologique. Les hommes et les femmes ne sont pas forcément égaux dans ce domaine sur une piste aussi terrifiante, avec une pente à 85% dès le départ. "Il y a une vraie différence entre les descentes femmes et hommes, avance Florence Masnada. La dimension des descendeurs, des garçons, il faut être un gros skieur mais aussi avoir un gros coeur dans l'engagement. Les filles en descente, c'est plus du pilotage, ne pas faire d'erreur et bien s'engager. Les garçons c'est plus fort, il y a une notion de prise de risques. La façon dont la piste est préparée pour les garçons... C'est chaud, c'est un sacré engagement. Il faut avoir des 'cojones'."
picture

Sarrazin, la rockstar ! Son chef-d'œuvre sur la Streif en vidéo

Video credit: Eurosport

Malgré tout, certaines femmes seraient vraisemblablement capables de répondre aux exigences démesurées de la Streif. Mais pas toutes. Et c'est bien ce qui limite les perspectives d'une descente féminine à Kitzbühel. "Il y en a peut-être dix qui skieraient bien, estime Florence Masnada. La deuxième partie de tableau, ce serait moche pour les images et dangereux pour l'intégrité physique des filles. Il y a une vraie différence de niveaux entre le plateau des filles et le plateau des garçons, ce n'est pas la même densité." "Lindsey Vonn, Sofia Goggia, Federica Brignone... les meilleures sauraient le faire, abonde Marie Marchand-Arvier. Mais derrière ce serait la cata."

"Notre classique, c'est Cortina"

Pour envisager une course de vitesse féminine à Kitzbühel, il faudrait ainsi mettre en place de multiples conditions. "Il faudrait faire ça sur une neige beaucoup plus facile, pas en glace, au mois de mars par exemple, avec une bonne visibilité, détaille Florence Masnada. Ça irait moins vite, ça sauterait moins loin de toute façon, ça ne partirait pas du haut... Dans ce cas, en faisant un peu plus tourner, ce serait faisable." Mais le mythe ne serait plus le même. "Y a-t-il un intérêt à faire 'Kitz' si on ne fait pas les 30 premières et les 30 dernières secondes, questionne Johan Clarey, vice-champion olympique de descente en 2022 et consultant sur Eurosport. Ce n'est pas du tout 'Kitz' en fait."
Alors, la question se pose à peine et le débat n'en est pas vraiment un : Kitzbühel reste réservé aux hommes. "Pour moi, ça desservirait le sport et le ski féminin de le mettre dans les mêmes conditions que les hommes à Kitzbühel, résume Marie Marchand-Arvier. Ce serait dévalorisant parce que le ski ne serait pas beau." "C'est une course 'garçons', ils veulent garder le mythe comme ça, le côté 'c'est pour les hommes, les durs, les cascadeurs', ajoute Florence Masnada. Ce n'est pas grave. Les filles, on n'a pas les mêmes qualités non plus. Nous, une piste comme Cortina, c'est notre classique, une classique féminine, c'est bien aussi." Et c'est certainement mieux comme ça.
Rejoignez Plus de 2M d'utilisateurs sur l'app
Restez connecté aux dernières infos, résultats et suivez le sport en direct
Télécharger
Partager cet article
Publicité
Publicité