Il y avait de quoi être surpris de voir un Français monter sur le podium du super-G de Saalbach et encore plus que celui-ci ne s’appelle pas Johan Clarey, seul Tricolore sur un podium en vitesse près de trois ans. Mais Matthieu Bailet incarne la relève et celle-ci est déjà prête. Le Niçois aurait toutefois pu ne jamais en faire partie, à la suite de la mort accidentelle sur les skis de sa maman, alors qu’il avait 9 ans. Mais ce qui aurait pu l’éloigner du ski l’a au contraire poussé à tout donner. "Mes premières pensées sont allées vers ma maman, c'est pour elle que je fais tout ça", avouait-il à l’arrivée. Et elle a dû être fière ce dimanche.

Bailet s'est fait un nom : revivez le premier podium de sa carrière

Celui qui s’élançait encore en toute dernière position à Kitzbühel il y a un mois a décroché le tout premier podium de sa carrière en prenant la 2e place, intercalée entre le phénomène Marco Odermatt et le champion du monde en titre de la discipline, Vincent Kriechmayr. "Ça fait un petit moment que je tourne autour avec trop d'erreurs, hier (samedi) je fais des erreurs en descente, aujourd'hui (dimanche) je fais deux petites fautes, ce sont des fautes d'engagement qui finalement ne me coûtent pas si cher que ça", raconte-t-il. Malgré cela, on n’était pas loin de la course parfaite aux dires de l’entraineur de l’équipe de France de vitesse Yannick Bertrand.
Saalbach-Hinterglemm
Bailet formidable dauphin d'Odermatt
07/03/2021 À 11:00
Quand il fait des choix, il les assume jusqu’au bout
"Aujourd’hui, il fait tout bien, analyse-t-il. En plus, il passe à un moment où la visibilité était un peu moins bonne, comme Odermatt d’ailleurs. Malgré cela, il fait une course plus qu’intelligente parce qu’il y avait plein de points techniques : la première rupture de pente où il fallait être malin, pareil juste avant la vitesse, sur le mouvement de terrain où Pinturault sort large, il fallait oser aller tout droit… Il a bien respecté les consignes et a été très lucide. Ce qui n’est pas toujours pas le cas". Car, avant d’être brillant, Bailet a bien longtemps été frustrant. Pourtant, il n’y a pas vraiment lieu de douter de ses qualités, qui lui avaient notamment permis d’être sacré champion du monde junior de super-G à Sotchi en 2016. D’ailleurs, ces qualités sont régulièrement entraperçues dès son arrivée au sein du groupe vitesse de l’équipe de France, à Saint-Moritz pour les Finales 2016. Et elles sont immenses.

Dernier à s'élancer, 8e à l'arrivée, Bailet a créé l'exploit : son Super-G en vidéo

"Il a plus un profil de super-géantiste pour l’instant, avec de grosses qualités techniques et un gros physique, explique Bertrand. Mais il a surtout le profil d’un mec qui s’engage beaucoup, qui a une grosse confiance en lui mais qui a encore à apprendre un peu sur certains types de descentes, style Wengen ou Val Gardena où il faut être plus posé et précis dans ses courbes. Or, il a encore du mal à être fin quand les courbes s’allongent et à trouver de la vitesse 'à la Beat Feuz'. Il y a certains secteurs de descente où il a encore beaucoup à progresser".
Une progression forcément logique pour un descendeur de 24 ans mais que le Tricolore a tardé à exploiter en course. La faute à une fougue qu’il a fallu canaliser. "Il a son propre style, il est très engagé, parfois même borné, explique Yannick Bertrand. Quand ça ne passe pas, c’est frustrant parce qu’on sait qu’il a le ski pour aller vite mais c’est une de ses qualités. Quand il fait des choix, il les assume jusqu’au bout. Parfois il se trompe, complètement. Parfois, il choisit des lignes qui ne sont pas forcément les bonnes mais c’est aussi ce qui fait sa force. D’être déterminé, sûr de lui. Et quand ça passe, quand c’est dans le bon sens comme aujourd’hui, c’est génial".
J’espère qu’il va se rendre compte que son niveau, il est là
Une façon de voir les choses qui ne rend pas facile la tâche de ses entraineurs, qui s’efforcent malgré tout de laisser son naturel s’exprimer. "C’est sûr que ce n’est pas facile à gérer, avoue Bertrand. Même à l’entrainement, parfois, il prenait des risques inconsidérés et il faisait d’énormes sorties de piste pour des trucs un peu bêtes, mais on ne l’a jamais bridé. On ne lui a jamais dit "sois moins engagé pour arriver en bas plus souvent". On a toujours assumé avec lui ses choix. Il a fait plein de fautes, il est sorti plein de fois quand il était jeune mais on ne l’a jamais freiné. Et je pense qu’aujourd’hui ça paie".

Matthieu Bailet sur la descente de Saalbach, en mars 2021

Crédit: Getty Images

Libéré, sûr de son ski et de ses qualités, Matthieu Bailet a enfin trouvé la justesse qui lui permet de jouer avec les meilleurs. "En descente, il avait déjà fait des choses à Bormio et Kitzbühel mais voilà qu’il performe aussi en super-G, explique le quadruple champion de France de descente entre 2005 et 2010. Ça montre qu’il a progressé dans les deux disciplines, ça veut dire aussi qu’il est un peu plus mature, qu’il a plus d’expérience parce qu’il en fallait sur ce super-G. Ce podium va lui donner de la confiance, j’espère qu’il va capitaliser là-dessus et qu’il va se rendre compte que son niveau, il est là".
Avec cinq tops 10 au compteur cet hiver, une 7e place aux Mondiaux en descente et donc son premier podium, Matthieu Bailet réalise sans conteste la meilleure saison de sa carrière, lui qui ne comptait que deux tops 10 en carrière jusqu’ici, les deux réalisés à Bormio en 2018 et 2019. Mais 2021 n’est pas finie et elle pourrait encore réserver de belles choses au Niçois, avec des Finales à Lenzerheide qui pourraient lui convenir à merveille. "C’est une piste technique et raide, encore plus que Saalbach, avec plein de mouvements de terrain, analyse Yannick Bertrand. Il peut vraiment y skier le feu. Il va falloir qu’il canalise un peu son énergie et qu’il soit propre. Il peut aussi se faire coucher dans le mur parce qu’il enroule encore un peu avec le haut et faire une faute d’intérieur mais, s’il est propre sur une piste comme ça…" Traduction : attendez-vous à des merveilles. Et le Niçois a tout pour que ça devienne une habitude.
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