Coupe du monde I Schladming I "Se dire 'je m'en fous'" : Pourquoi Clément Noël ne doit pas penser au globe du slalom
Par Vincent Bregevin
Publié 28/01/2025 à 23:48 GMT+1
Clément Noël s'est emparé du dossard rouge de leader de la Coupe du monde de slalom avant l'étape de Schladming mercredi (17h45 sur Eurosport et Max). Le Français, dominateur dans sa discipline cette saison, fait figure de favori pour remporter le globe de la spécialité. Mais le meilleur moyen de l'obtenir n'est pas forcément d'en faire un objectif. Ça lui a plutôt réussi jusqu'ici.
Noël roi du slalom à Kitzbuhel : l'issue de la course en vidéo
Video credit: Eurosport
Il passait déjà difficilement inaperçu. Clément Noël a beaucoup trop brillé depuis le début de l'hiver pour qu'il en soit autrement. Sa saison a pris un autre éclat dimanche à Kitzbühel. Le Vosgien a renoué avec la victoire sur la Ganslern, s'offrant au passage un nouveau record du ski français avec une 14e victoire en slalom. Et aussi un beau dossard rouge qui ne le rendra pas plus discret mercredi à Schladming. La première des quatre dernières épreuves de la Coupe du monde de slalom. C'est bien compliqué de ne pas penser au globe dans ces conditions.
Ce n'est pas vraiment le genre de la maison revendiquer une quelconque candidature à la récompense. A Kitzbühel, il retenait essentiellement la satisfaction d'avoir enfin redompté une piste qui ne lui avait offert que des frustrations depuis son succès en 2019. La course au globe de la discipline passait assez clairement au second plan, surtout avec la proximité de l'échéance des Mondiaux. "Je ne regarde pas ça car si tu commences à calculer, c’est là que tu arrives cinquième en bas, avait-il avancé. La saison est encore longue, rien n’est fait mais je serai dans la bataille."
"Le meilleur slalomeur de la planète"
Difficile d'envisager un autre scénario. Et même de définir un autre favori. Avec son succès à Kitzbühel, Noël a désormais remporté la moitié des slaloms cette saison et pointe en tête du classement de la spécialité avec 464 points, soit 29 unités de plus que le Norvégien Henrik Kristoffersen. "Il est monstrueux, résume Johan Clarey, vice-champion olympique en descente à Pékin et consultant pour Eurosport. C'est le meilleur slalomeur intrinsèquement. Il y avait peut-être trop de prises de risque ou un manque de gestion par moments. Mais cette année, il montre qu'il est le meilleur slalomeur de la planète. Il a gagné quatre courses à la mi-saison, il n'y a vraiment pas photo."
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Noël : "C'est ma plus belle saison mais c'est plus important de gagner à Kitzbühel"
Video credit: Eurosport
Jusque-là, vraiment pas. Dans une discipline réputée pour sa densité, Noël s'est détaché de la concurrence. Derrière lui, aucun slalomeur n'a gagné plus d'une fois cette saison. Henrik Kristoffersen (Val d'Isère), Timon Haugan (Alta Badia), Albert Popov (Madonna di Campiglio) et Atle Lie McGrath (Wengen) se sont partagés les quatre autres slaloms de l'hiver. S'il faut voir un homme dominant dans sa discipline, c'est bien vers Noël que les regards se tournent. "A Kitzbühel, j'ai eu la sensation qu'il ne faisait pas ses deux meilleures manches et termes de niveau, souligne Johan Clarey. Il a quand même gagné la course, ça montre qu'il est au-dessus du lot sur ce début de saison."
"Son état d'esprit, c'est de prendre tous les risques"
C'est la gestion de la suite qui compte désormais. Mais la gestion, justement, ce n'est pas exactement le maître-mot chez Noël dans sa façon d'aborder son ski. "Son état d'esprit, c'est de gagner toutes les courses et prendre beaucoup de risques, résume Johan Clarey. Ça lui permet d'en gagner un paquet, mais c'est aussi ce qui a pu lui coûter le globe. Quelqu'un comme Henrik Kristoffersen, ça lui arrive très peu de sortir dans la saison, c'est comme ça qu'il gagne le globe. Clément, il n'est pas dans l'idée d'assurer des courses pour gagner un globe. C'est peut-être ce qu'il faut faire des fois, assurer des courses pour faire 4e ou 5e et prendre des points plutôt que de sortir."
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Noël : "Une fierté de dépasser des légendes du ski français, mais ce n'est pas pour ça que je skie"
Video credit: Eurosport
Alors, Noël sera-t-il amené à dénaturer son ski et se donner un côté "calculateur" pour aller chercher le globe du slalom ? Pas forcément. Rester lui-même lui a suffisamment réussi jusqu'ici qu'il ne pense pas aux chiffres. "Pour moi c'est un peu comme Marco Odermatt en géant, explique Johan Clarey. Il domine et il s'octroie deux ou trois droits à l'erreur, ça peut lui permettre de gagner quand même le globe. Je trouve que Clément est dans la même situation, il est au-dessus des autres. Et il peut faire d'une pierre deux coups sans trop le vouloir. Il ne veut pas trop qu'on lui parle du globe, il m'a toujours dit que ce n'était pas son objectif dans le fond."
L'objectif des Mondiaux avant celui du globe
Que personne ne lui en parle, cela semble quand même compliqué. Il était déjà un candidat naturel au globe du slalom avant de s'imposer à Kitzbühel. Il en est devenu le favori à ce stade de la saison après sa victoire en Autriche. Ce contexte-là est particulier. "Il faut essayer de ne pas penser à ce que tout le monde dit à l'extérieur et rester dans son cheminement, conseille Johan Clarey. Il a le dossard rouge, c'est sûr qu'on va lui rabâcher ça. Peut-être que ça te rattrape inconsciemment ou indépendamment de ta volonté. Lutter contre ça, c'est un peu à l'expérience. Et se dire 'je m'en fous'."
Noël a aussi le temps devant lui avant de se focaliser éventuellement sur le classement du slalom. L'agencement de la fin de saison s'y prête bien. "Il a déjà atteint beaucoup de ses objectifs, Kitzbühel en était un, rappelle Johan Clarey. Il y les Mondiaux aussi. S'il réussit ça, le globe sera secondaire. Il peut nous faire une saison exceptionnelle en ramenant tout, tout simplement. Mais le prochain objectif, ce sont les Mondiaux. Le globe, il y pensera peut-être sur les dernières courses s'il a de l'avance à gérer. Il faudra peut-être raisonner différemment à ce moment-là, on n'en est pas encore là. Mais il le fera, il est intelligent, il est capable de le faire. Il n'y a pas de souci." Et c'est bien sans se soucier du globe que Noël est arrivé du classement du slalom. Alors, pourquoi changer ?
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