Certains triomphes provoquent, parfois, plus de plaisir que d'autres. Le succès de Thomas Fanara ce samedi à St-Moritz pour l'ultime géant de l'hiver peut se ranger dans cette catégorie. Car, pour commencer et pour une raison purement sportive, le Français tournait autour depuis bien trop longtemps sans y parvenir. Le lutin de Praz-sur-Arly aura dû attendre ses (presque) 35 ans (il les aura le 24 avril prochain) pour ouvrir son compteur. Un record sur le circuit puisqu'il est devenu, sur les neiges helvétiques, le "premier vainqueur" le plus âgé de l'histoire de la Coupe du monde. Il aura mis le temps mais il y est parvenu.
Le voir fracasser cette satanée série de podiums (10) est un apaisement. Dans le passé, il a souvent chanté la Marseillaise, mais elle n'avait été jamais en son honneur. A trois reprises pour être précis, deux pour Alexis Pinturault - à Hinterstoder en février dernier et à Kranjska Gora (mars 2015) – et une pour Cyprien Richard – à Adelboden en janvier 2011. Cette fois-ci, la Marseillaise de St-Moritz a forcément une résonnance particulière. Il fallait le voir chanter, aux côtés de ses deux compatriotes, à tue-tête ce samedi après-midi, lui le personnage si réservé habituellement, pour s'en rendre compte.

La première Marseillaise pour Fanara

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Exclu du groupe France à ses débuts

Mais si le cirque blanc se réjouit autant de la performance du Français, c'est aussi car Fanara est un personnage attachant, attendrissant. Un skieur doué qui a tout connu durant sa carrière. Des hauts, des bas. Des désillusions. Une exclusion du groupe France à ses débuts par manque de résultats. De longs séjours en Coupe d’Europe pour prouver sa valeur. Des ligaments croisés du genou gauche qui lâchent comme cadeau de Noël fin 2007. Et puis, il a aussi été victime de ces fameux centièmes qui ne tombent pas du bon côté. De son côté. Mais, l'homme n’a jamais été du genre à se morfondre. Lui préfère aller de l’avant et casser certaines barrières.
En 2006, alors qu'il ne remplit pas les critères de sélection fixés par le CNOSF pour les JO, il parvient à faire changer d'avis le comité olympique et à obtenir son billet pour Turin. Il est comme ça, Thomas Fanara. Il aime aller à contre-sens, contrarier certaines règles établies. Sur les skis, c'est un esthète. "Un artiste", comme l'a souligné Jean-Pierre Vidal sur Eurosport. "Un artiste capable de sortir des passages parfois géniaux, ajoute notre consultant. On espère maintenant plus de constance. S'il y parvient, il ne sera pas loin d'être le meilleur géantiste sur la planète". Cette régularité lui a souvent fait défaut, reconnaissons-le. Car si Fanara, c'est l'éloge de la patience, il est aussi passé maître dans l'art du rebond.

Fanara a découpé la piste : revivez sa deuxième manche

Si près du Killy de 1968

Qui a oublié l’énorme désillusion des Mondiaux de Schladming ? En 2013, deux ans après sa 6e place à Garmisch, le Français vise le titre. Après une première manche grandiose, Fanara se loupe en bas du tracé de la seconde. A quelques encablures de l'arrivée, il pointait pourtant encore en tête, devant Ted Ligety.
La déception est immense. Son rêve de succéder à Jean-Claude Killy, dernier Français sacré en géant (en 1968), est passé. L’occasion était si belle. Sa chute, elle, lui a laissé des traces. Elle a aussi forgé un peu plus un caractère déjà bien trempé. Mais Fanara a rebondi. Encore une fois. Jusqu'à toucher le Graal ce samedi. Enfin. Un plaisir sans fond. Pour lui. Mais pas seulement.
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