En 2020, comme souvent, Johan Clarey a été le phare de l’équipe de France de vitesse. Mais, derrière, lui, un autre skieur est en train de plus en plus de prendre la lumière. A 26 ans, Nils Allègre ne compte peut-être que trois tops 10 en carrière mais le Briançonnais ne cesse de franchir les étapes une à une. Sans les brûler. "Il a gravi les échelons normalement, sans être super précoce mais en étant toujours posé techniquement depuis le début, explique l’entraineur français du groupe de vitesse, Yannick Bertrand. Je ne dirais pas que c’est quelqu’un d’ultra doué à la base mais c’est un bosseur, il est très sérieux, très gentil, très humble". Une dernière qualité tellement présente chez le Tricolore qu’elle en serait presque un défaut. "Il est limite même trop humble, poursuit celui qui avait pris la 4e place de la descente de Val d’Isère en 2007. On a envie de le pousser, de lui dire ‘Vas-y, les autres ils ne sont pas meilleurs que toi’ ". Mais les choses ont changé cette année depuis un an.

Sans complexe, Allegre continue d'impressioner : son Super-G en vidéo

"Je n’ai pas forcément l’impression qu’il ait eu un déclic, témoigne Bertrand. Il est sur la continuité de l’hiver dernier, c’est juste qu’il progresse d’année en année… Son classement en Super-G comme en descente s’améliore d’année en année. Vu qu’il était un bon géantiste chez les jeunes, il a de supers bases techniques et, maintenant qu’il commence à prendre un peu de l’expérience, du gabarit et du physique, il arrive à très bien s’exprimer en vitesse. Il est complet, il n’a pas beaucoup de ‘trous’ dans sa panoplie". En descente mais surtout en Super-G, qui correspond encore un peu plus à ses caractéristiques. La seule discipline sur laquelle il a déjà décroché deux top 10 (7e à Hinterstoder l’an passé) et celle dans laquelle le staff français l’attend peut-être un peu plus.
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Un moment qu’on croit en lui
"Il a un très gros potentiel en Super-G, confirme le coach tricolore. Peu importe le tracé. Là, il a fait un bon Super-G à Val Gardena qui est plutôt typé descendeur, mais il est aussi capable de faire un bon résultat sur une piste typé géantiste, comme à Beaver Creek. Ça fait un moment qu’on croit en lui et je pense qu’il peut vraiment jouer les premiers rôles tout le temps. A l’entrainement, il a montré des choses vraiment intéressantes, à l’image de ces dernières semaines à Cervinia où on était avec les Norvégiens. Il était à leur niveau et, désormais, il montre aussi ce qu’il sait faire en course". Même dans des conditions pourtant loin d’être faciles, comme sur la Saslong.

Nils Allegre, sur le Super-G de Val Gardena, le 18 décembre 2020

Crédit: Getty Images

Parti avec le dossard 2, à un moment où le Ciaslat ne baignait pas encore dans le soleil et sans véritablement de repères, Nils Allègre ne s’est pas posé de question, au grand plaisir de ses entraîneurs. "Avec ce dossard, tu n’as pas beaucoup d’infos sur le tracé, mais il a réussi à se faire confiance sur les lignes qu’il avait choisies, explique Yannick Bertrand. Pourtant, des fois, il se fait un peu impressionner et ne croit pas à 120% en ses choix. Mais on en avait discuté la veille quand on a su les dossards, que c’était à lui de faire ses choix, comme il le fait à l’entrainement tout l’été, et de les assumer. Et il l’a très bien fait". Excellent 6e sur la Saslong, le Français concède au final moins d’une seconde au vainqueur du jour, Aleksander Aamodt Kilde. Une vraie performance, même si le Tricolore a déjà été plus rapide que le Norvégien… à l’entrainement. "On s’est entrainé avec eux à l’automne, il y a beaucoup de manches où il était devant, raconte le coach des Bleus. Et même des journées, pas que des manches. Il y a encore une marche à passer, ce n’est pas forcément la plus facile". Elle ne l’est jamais, mais les axes de progression sont bien connus.
Il y a moyen de faire un gros coup
"Il y a toujours des progrès à faire, avoue l’entraineur tricolore. Mais il doit aussi croire en lui pour viser mieux. Il y croit - bien sûr - mais, à ce niveau-là, il y a un petit pourcentage qui fait qu’au lieu d’être à 100% sur ton choix, tu n’es qu’à 98%. Et ça suffit à faire la différence. Après, on pense qu’il peut aussi aller plus vite sur les parties de glisse. Après, vu que c’était un géantiste plus jeune, ce n’est pas illogique, d’autant que, même s’il est grand et costaud, ce n’est pas le plus lourd du circuit. Mais, comme pour tout le reste, il progresse petit à petit. Les dernières marches ne sont pas les plus faciles à gravir mais il a tout pour faire". Et pourquoi en gravir une avant même 2021 ? "Maintenant qu’il est stable dans les dix, ça va lui donner confiance, explique Yannick Bertrand. Et, après Noel, on sera à Bormio. Avec le niveau qu’il a en ce moment, si les conditions sont difficiles sur la Stelvio, avec une piste glacée…" Ça promet.

Nils Allegre, lors de la descente de Bormio le 28 décembre 2019

Crédit: Getty Images

"Mais samedi, s’il a un bon dossard sur la descente (de Val Gardena) où il a fait de bons entraînements et qu’il part un peu plus derrière, il y a vraiment moyen de faire un gros coup, rêve déjà le coach tricolore. Il faut se faire confiance et s’engager énormément, prendre des risques et réussir la course la plus propre possible. Après, il faut un brin de réussite. Les meilleurs sont toujours devant mais c’est le petit plus qui peut lui permettre d’aller plus haut". Mais, à force de travail, Nils Allègre a déjà atteint le stade où il côtoie les meilleurs. En attendant d’atteindre celui où il sera le meilleur. Vu ses progrès, il pourrait arriver plus tôt que prévu.
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