"Franchement, c’est la période que tout le monde attend, on a tous envie d’y arriver." Ce n’est pas de Noël dont parle Simone del Dio, l’entraîneur de l’équipe de France de slalom. Mais bien de janvier. Le premier mois de l’année est traditionnellement celui des rois du piquet, avec une abondance d’épreuves comme autant de cadeaux à ouvrir. L’impatience est toujours grande dans les semaines et les jours qui précédent. Et cette année, elle n’a jamais sans doute été aussi importante.
Le Covid-19 est encore coupable dans cette histoire. La pandémie a pénalisé les slalomeurs plus que n'importe quelle autre catégorie de skieurs. Ils ont dû stopper leur saison en premier, le 8 février dernier, à Chamonix… Et ils ont été les derniers à démarrer la suivante, les 21 et 22 décembre à Alta Badia puis Madonna di Campiglio, puisque leur traditionnelle reprise à Levi, mi-novembre, leur a été confisquée. Un vrai paradoxe alors que le slalom est la discipline la plus représentée au calendrier.

Henrik Kristoffersen

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Zagreb
Solide sur le premier tracé, Noël n'y était plus : sa seconde manche décevante
06/01/2021 À 15:45
Au final, 317 jours se sont écoulés entre les deux épreuves de coupe du monde, dix mois et demi d'abstinence, soit trois de plus par exemple qu’un Alexis Pinturault, qui a repris le 18 octobre au géant de Sölden après avoir été stoppé dans sa quête du gros globe à l’issue de la descente de Kvitfjell, le 7 mars.
"Cette attente a été lourde", reconnaît Simone del Dio, qui, compte tenu de l'impossibilité d'effectuer le stage à Ushuaïa, a notamment emmené ses troupes à Kåbdalis, en Suède, pour briser la monotonie du gros de la préparation effectuée sur le glacier de Tignes. "C'est sûr que la programmation de la FIS n'a pas été géniale, concède le technicien italien. Les purs slalomeurs ont dû ronger leur frein tandis que leurs copains, qui font le même travail, ont pu prendre 2, 3, 4 voire 5 départs."

L’attente du plaisir

Même si les épreuves de Coupe d'Europe de Val di Fassa, les 17 et 18 décembre, ont donné l’occasion de remettre un dossard, ce décalage dans la reprise a pu être un désavantage au moment de repointer sur le circuit principal. A Alta Badia, on a d'ailleurs observé l'élimination en 1re manche de Clément Noel, Julien Lizeroux et Théo Letitre, la modeste 24e place de Jean-Baptiste Grange, alors que les polyvalents Victor Muffat-Jeandet (5e) et Alexis Pinturault (11e) ont bien figuré. Question de rythme, peut-être. "Victor et Alexis ont abordé le premier slalom de la saison avec déjà 4 géants dans les jambes", pointe le technicien italien.

Clément Noël peut sortir le champagne après sa victoire à Chamonix, le 8 février 2020

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Mais janvier s'apprête à remettre le piquet au centre de la piste. Et si le plaisir est l’attente du plaisir, alors celui-ci va atteindre son zénith : c'est une véritable orgie qui attend les slalomeurs à partir de mercredi à Zagreb, première des 7 étapes qui leur sont consacrées jusqu’à la fin du mois.
  • Les slaloms de la saison 2020-2021
21 décembre - Alta Badia (ITA)
22 décembre - Madonna di Campiglio (ITA)
6 janvier - Zagreb (CRO)
10 janvier - Adelboden (SUI)
17 janvier - Wengen (SUI)
24 janvier - Kitzbühel (AUT)
26 janvier - Schladming (AUT)
30 janvier - Chamonix (FRA)
31 janvier - Chamonix (2) (FRA)
21 février - Championnats du Monde à Cortina d’Ampezzo (ITA)
14 mars - Kranjska Gora (SLO)
21 mars - Lenzerheide (SUI)
Sept slaloms en 26 jours. C'est du jamais vu dans l'histoire de la Coupe du monde, créée en 1967. La moyenne s’est longtemps située autour de 4 épreuves en janvier avant qu’une bascule ne s'opère dans les années 2000 avec l’apparition des slaloms d’Adelboden (février 2000, mais fixé en janvier à partir de 2002) puis de Zagreb (février 2008, puis recalé en janvier dès 2009). Le standard actuel se situe donc désormais autour de 6, qui fut d’ailleurs le total de l’an dernier.
"Qu'il y ait un slalom de plus cette année ne change rien dans l’approche", relativise Julien Lizeroux, qui avait débuté sa carrière un mois avant la première édition du slalom "d’Adel" en 2000, et a donc vu janvier se densifier petit à petit au fil des hivers. "Si vous leur demandez, une grande majorité des slalomeurs vous diront : 'On est contents de pouvoir courir, nous avons été sevrés de compétitions pendant plus de 10 mois, donc on ne va pas se plaindre d’avoir plein de courses en janvier.' Cette densité est peut être juste un peu anxiogène par rapport au Covid ou à la perspective d’attraper une 'simple' maladie. Car une chose est sûre, il ne faut pas tomber malade en janvier !"

Julien Lizeroux

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Le mois le moins fatigant de l'année
L’enchaînement, brutal sur le papier, serait paradoxalement bien moins éprouvant qu’il en a l’air. "Janvier est quasiment le mois le moins fatigant, le plus facile de l’année, assure Simone Del Dio. C’est une question de rythme. La course, la prépa’ de la course, c’est une logistique très simple finalement. Je trouve qu’il est plus difficile de préparer les Mondiaux qui surviendront trois semaines après la dernière course. C'est dur d’attendre autant. Alors qu'en janvier, tu enchaines tellement vite que tu n’as pas le temps de te dire que tu es fatigué. Surtout que tu évolues dans des endroits fantastiques, Wengen, Kitzbühel, Schladming, Chamonix...".
"Les classiques de janvier sont magiques à skier, poursuit Julien Lizeroux. On s'entraîne dur depuis le mois de juin, mais la finalité c’est de courir. C’est à partir de maintenant qu’on peut s’exprimer, se lâcher. Certes, ce sera très particulier cette année. Il manquera l’ambiance et le public dans les aires d’arrivées. Mais le fait de courir une à deux fois par semaine nous oblige à être éveillé et concentré en permanence. Si je regarde mes dernières saisons, je suis toujours performant à Kitzbühel et Schladming alors que je finis le mois très éprouvé. L’envie prend le dessus sur la fatigue."
"Si les résultats sont là, c’est toujours plus facile, sourit Simone Del Dio. Mais d'un autre côté, si tu n’en as pas, tu peux te dire : 'demain, j'ai une autre chance pour réussir la course.'" L’entraîneur pointe l’exemple de Clément Noël, parti à la faute lors de la première manche à Alta Badia et qui a pu rebondir dès le lendemain à Madonna di Campiglio (5e). "S’il y avait eu un mois un à attendre, mentalement, ça aurait été plus compliqué."

Filip Zubcic

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Plus compliqué à digérer pour les "polyvalents"

"C'est plutôt cool d'enchaîner les courses, j'aime bien ça, disait d’ailleurs le Vosgien dans L'Equipe, le 21 décembre. Janvier est très dense mais ça peut pénaliser ceux qui font aussi du géant, ils auront un programme hyper lourd." Ce sera le cas d'Alexis Pinturault et Victor Muffat-Jeandet. Moins de 48 heures après Zagreb, ils débuteront un infernal triptyque à Adelboden (deux géants vendredi et samedi, puis un slalom dimanche). Dans sa quête du gros globe, "Pintu" pourrait même prendre le départ du super-G de Kitzbühel, le 22 janvier, ce qui ferait alors 10 courses en 26 jours. Un véritable marathon auquel il semble préparé.
"Alexis est une machine de guerre, comme Victor d'ailleurs, juge Simone Del Dio. Ils ont la capacité et l’expérience pour enchaîner, on l’a déjà vu à Wengen (combiné et slalom) ou sur des Mondiaux. Après, c’est vrai, les courses de deux manches sont plus fatigantes, les journées sont plus longues, et sur trois jours d’affilée, il faudra savoir garder de l’énergie."

Une manche maitrisée pour égaler Tomba : la victoire de Pinturault en vidéo

Le Covid-19 les y "aidera" un peu, "grâce" aux contraintes sanitaires qu’il implique. "On perd moins de temps sur le tirage au sort et la remise des prix, explique encore Simone Del Dio, qui précise aussi qu’un vol charter doit assurer leur transfert de Zagreb à Adelboden afin de préserver la bulle sanitaire. C’est toujours mieux que de faire la route dans le camion (1000km) ! S’ils ne servent jamais d’excuse à une mauvaise course, les voyages sont une vraie problématique qu’il faut savoir gérer." Surtout en janvier.
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