Dans le sport, il est coutume de dire qu’un match n’est jamais fini. Et s’il est difficile de le croire en football quand une équipe est menée 5 à 0 à la 80e minute, en snooker tout est différent car chaque frame est un nouveau match. Il faut alors tout recommencer et oublier ce qu’il s’est passé avant. Si bien que l’on peut être mené 11 frames à 5 comme c’est le cas pour David Gilbert face à Judd Trump avant la dernière session qui débute ce lundi à 14h et espérer encore l’emporter.
Il faut dire que David Gilbert le sait mieux que quiconque qu’un match n’est jamais fini avant la fin de la dernière frame. Il l’a d’ailleurs appris à ses dépends à plusieurs reprises aux Championnats du monde. Il y a d’abord eu ce match face au septuple champion du monde Stephen Hendry pour ses débuts dans la compétition en 2007 où l’Anglais menait 5-1 avant de s’incliner 10-7. Puis ce Championnat du monde 2014 où David Gilbert encaisse 8 frames consécutives face à Barry Hawkins pour passer de 4-2 à 4-10. Avant cette fameuse demi-finale ici-même à Sheffield en 2009. Opposé à John Higgins dans un match au meilleur des 33 frames, “The Angry Farmer” mène 8-3, puis 11-6 et semble se diriger vers une première finale. C’était sans compter sur la remontada de l’Écossais qui finit par l’emporter 17-16. Cruel.
Alors oui, remonter un 11-5 face au champion du monde 2019 Judd Trump au meilleur des 25 frames serait un exploit considérable. Mais rien n'est impossible en snooker. D’autant plus que David Gilbert sait aussi faire des remontadas folles. C’était le cas lors du dernier tour des qualifications aux Championnats du monde 2017 où il était mené 6-1 face à Fergal O'Brien avant de revenir à 9-9. Et même s’il s’est finalement incliné 10-9 après une frame finale qui a duré 123 minutes et 41 secondes - un record dans l’histoire du snooker -, l’Anglais avait prouvé qu’il avait la capacité de renverser une tendance. Judd Trump est prévenu.
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La ferme des célébrités

Venu au snooker grâce à son grand-père qui l’amenait le dimanche avant le dîner familial taper quelques billes, avant que son père lui installe une table de billard dans le garage, David Gilbert a pourtant failli tout arrêter. C’était après le passage en l’an 2000. L’Anglais a alors 19 ans et voit des joueurs plus jeunes que lui atteindre le circuit principal quand, lui, manque le coche à chaque fois. Et de très peu. De quoi démoraliser le garçon qui reçoit alors un coup de fil de son paternel qui lui propose de venir bosser dans la ferme familiale.
Fauché, David Gilbert met alors son rêve de côté et retourne à Staffordshire comme il le raconte au journal Metro : “Je pense que j’étais à 5£ de l’heure. Je faisais du débroussaillage, je conduisais le tracteur, je coupais l’herbe. Mais le premier jour il faisait très chaud et je me sentais horriblement mal pendant les 8 heures de travail. Mais mon père m’a donné 40£ à la fin de la journée et je me suis dit ‘Putain de merde c’est bien 40£ !’”.
Ce retour aux sources qui explique son surnom “The Angry Farmer” ne va pourtant pas durer longtemps. David Gilbert ne quitte jamais sa queue de snooker et retourne se bagarrer pour une place sur le main tour. Mission accomplie en 2002. Un bonheur qui va durer seulement deux ans avant de retourner à l’échelon inférieur. Et alors qu’il aurait pu tout abandonner et retourner conduire un tracteur, celui qui entre dans l’enceinte sur le son “Insomnia” de Faithless garde son costume et obtient de nouveau sa place sur le circuit principal en 2005. Pour ne plus jamais la quitter.

David Gilbert et son adversaire Judd Trump

Crédit: Getty Images

L'appel à un psychologue

C’est peu dire que les débuts ont été difficiles pour David Gilbert qui a dû attendre 2015 - soit 10 ans après son retour sur le main tour - pour dépasser enfin le troisième tour d’un tournoi classé. C’était lors de l’International Championship et l’Anglais s’était incliné en finale contre John Higgins. Le début d’une seconde carrière. Si David Gilbert n’a toujours pas gagné le moindre tournoi classé, ses dernières années sont bien plus réjouissantes sur le plan sportif. Il y a notamment cette demi-finale des Championnats du monde en 2019, ou encore la finale de l’Open d’Angleterre perdue la même année. Ou bien ces deux places dans le dernier carré du Masters en 2020 et 2021.
Ce déclic, David Gilbert le doit en partie à Nick Davies, un psychologue sportif qui l’a aidé à surmonter des problèmes de dépression comme bon nombre de joueurs de snooker. “Ma femme en avait assez de moi, je n’étais pas très gentil à la maison et elle m’a dit d’aller parler à quelqu’un. J’étais contre ce genre de choses, je savais que je n’étais pas bien mais je pensais qu’un jour je me réveillerais et tout ira bien, confie Gilbert à Metro. J’ai appelé ce type et je me suis senti beaucoup mieux dès le premier jour. Je suis à nouveau le Dave d’avant, je rigole, je souris. Et j’ai gagné en confiance dans mon jeu.”. Et un David Gilbert en confiance peut retourner des montagnes. Même celles qui se prénomment Judd Trump.
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