10-1, 13-7, 13-3. Pour atteindre le dernier carré des Championnats du monde 2021, Mark Selby n’a pas tremblé une seconde, écrasant tour à tour Kurt Maflin, Mark Allen et Mark Williams. Face au Gallois en quart de finale, "The Jester from Leicester" a même réussi l’exploit de plier la rencontre en deux sessions, alors qu’une troisième était prévue au programme. C’est pourtant bien durant cette dernière session que Selby va devoir briller ce samedi à partir de 15h30 pour retourner Stuart Bingham, qui mène 13 frames à 11 dans une rencontre au meilleur des 33 frames.
Remonter un déficit de deux frames à déjà été fait des milliards de fois. Mark Selby a même déjà fait mieux. Que ce soit face à ce même Stuart Bingham à l’European Masters en mai 2020 où il était mené 4-1 avant de s’imposer 5-4. Ou bien aux Championnats du monde, où en 2007 il a enchaîné les remontadas : 0-5 à 10-7 contre Stephen Lee, 8-11 à 13-12 contre Ali Carter et 14-16 à 17-16 face à Shaun Murphy. S’il s’est incliné en finale de cette édition, l’Anglais est bien reparti avec le trophée 7 ans plus tard en s’imposant face à Ronnie O’Sullivan en finale. Et si le score de 18-14 présage d’une victoire facile, il n’en a rien été, puisque Selby était mené 10-5. Bingham est donc prévenu, Mark Selby ne lâchera rien.

Le remarquable "century" de Selby en vidéo

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La défense de fer

Rien lâcher pourrait être la définition du jeu de Mark Selby. Alors que la plupart de ses concurrents abandonnent une frame dès qu’il ne reste pas assez de points sur la table pour s’imposer, celui qui a réalisé le 100e break maximum de l’histoire continue pour tenter de "snooker" son adversaire, et ainsi tenter de le mettre à la faute. Il faut dire que Mark Selby est probablement l’un des meilleurs défenseurs de l’histoire. Cacher la blanche derrière une bille de couleur est d’ailleurs son coup signature. Le meilleur exemple de ce talent défensif est cette finale des Championnats du monde 2014 face à Ronnie O’Sullivan, où celui qui ne sait pas nager s’est contenté de réaliser des petits breaks tout en limitant au maximum les prises de risque. Tout le contraire du jeu de "The Rocket" qui s’est pris les pieds dans la toile défensive de Selby.
Mais résumer "The Jester from Leicester" - surnom donné par le journaliste Richard Beare qui estime que l’Anglais a beaucoup d’humour - à sa défense serait très réducteur. D’autant plus depuis ces dernières années où Mark Selby s’est amélioré sur le plan offensif. Preuve en est avec ses 689 centuries réalisées et ses 3 breaks maximum. Résultat, celui qui aurait pu avoir une carrière en Darts -il a d’ailleurs déjà battu le quintuple champion du monde Eric Bristow- est très vite devenu injouable ces dernières années. Sa place de numéro 1 mondial gardée de février 2015 à mars 2019 peut en attester. Tout comme ses 11 finales consécutives remportées - record de Stephen Hendry égalé - entre octobre 2016 et décembre 2020.

Mark Selby qui réfléchit à son coup de défense

Crédit: Getty Images

Le lien avec Leicester City

Pour comprendre la force mentale et le besoin de ne jamais abandonner de Mark Selby, il faut remonter en 1999. Une année qui aurait dû être la plus belle de l’Anglais qui, malgré ses 16 ans, a arrêté l’école puisqu’il est devenu joueur professionnel en obtenant sa place pour le circuit principal. Pourtant, cette année 99 est restée la pire de Selby qui, quelques semaines avant d’obtenir son sésame, a perdu son père, mort des suites d’un cancer. Un paternel qui a élevé son fils seul, la mère ayant abandonné le petit Mark lorsqu’il avait 8 ans. Mais surtout, un père qui a initié son fiston au pool d’abord, puis au snooker ensuite. Sauf que la famille ne roule pas sur l’or, et celui qui est aussi devenu champion du monde de billard anglais en 2006 et vice-champion du monde de billard chinois dans la foulée ne peut se rendre au club qu’une fois par semaine. Jusqu’à ce que Malcolm Thorne, frère du professionnel Willie, le repère et commence à le sponsoriser pour l’emmener jusqu’au main tour.
Alors quand Mark Selby devient champion du monde pour la première fois en 2014, ses premières pensées et ses premiers mots sont pour son père : "Ses derniers mots ont été ‘Je veux que tu deviennes champion du monde’. Je lui ai alors dit ‘Je le serai un jour’. Et c’est devenu réalité. Cette victoire est pour lui." Tout comme ses deux autres titres de champion du monde (2016 et 2017), ses trois Masters et ses deux sacres au UK Championship, faisant de lui l’un des 6 joueurs à avoir remporté les tournois de la Triple Couronne à deux reprises.
C’est donc en pensant à nouveau à son père que celui qui est connu pour être l’un des joueurs les plus fair-play du circuit va tenter de s’offrir une cinquième finale au Crucible Theatre. Malheureusement pour lui, Leicester City, équipe de football dont il est fan, n’a fait que match nul à Southampton en Premier League ce vendredi. Or, les résultats de Selby sont souvent corrélés avec ceux des coéquipiers de son grand ami Jamie Vardy. Mark Selby est ainsi devenu champion du monde pour la première fois le jour où Leicester a célébré sa promotion dans l’élite dans les rues de la ville. Et l’Anglais a obtenu son second titre à Sheffield, 13 minutes après le premier sacre des Foxes en Premier League. Et si Leicester a réussi à devenir champion d'Angleterre en étant à 5000 contre 1 au début de la compétition, ce n’est pas un 11-13 qui devrait effrayer Mark Selby.
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