Il voit la vie en rose. Comme en 2011, sa première saison hégémonique sur le circuit, ou en 2013, Novak Djokovic s’est offert le doublé Open d’Australie-Dubaï et débarquera donc dans des conditions optimales à Indian Wells pour le premier Masters 1000 de la saison. Et si on élargit un peu la perspective, le tableau est même plus idyllique. Vainqueur de l’ATP Cup avec la Serbie pour se lancer, il comptabilise donc six succès de plus en simple en 2020, ce qui porte son total à 18 victoires d’affilée, série en cours.

Son record de 2011 – invaincu pendant 41 matches jusqu’à une épique demi-finale perdue contre Roger Federer à Roland-Garros – est encore très loin. Mais l’appétit vient en mangeant et le "Djoker" n’a pas pu s’empêcher de glisser une petite boutade lors de son interview d’après-match sur le court. "L’un de mes grands objectifs maintenant, c’est de rester invaincu toute la saison. Non, je plaisante…", s’est-il amusé, sourire en coin, avec son interlocuteur. Avant de semer le doute, toujours hilare : "Non, je ne plaisante pas, en fait !"

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29/02/2020 À 17:55

Djokovic, le roi des séries

Même pour un Djokovic aussi dominateur qu’en ce moment, le défi semble fou, et plus sérieusement, l’intéressé a tempéré ses propos plus tard en conférence de presse. "J’essaie de profiter du moment, et d’apprécier le chemin parcouru. Je pense que c’est l’un de mes meilleurs débuts de saison. Je me sens très bien sur le court, je joue du super tennis sur dur. J’ai gagné tant de matches d’affilée maintenant. Je vais essayer de poursuivre ma série. Il est bien trop tôt pour se demander jusqu’où elle pourrait aller, pour entrer dans des calculs. J’essaie de me concentrer sur ce que je dois faire, avec mon équipe, pour essayer de jouer aussi bien que je peux chaque match."

Le Serbe ne s’enflamme donc pas, d’autant qu’il est en terrain connu. Si on ajoute ses trois victoires lors de la phase finale de la nouvelle Coupe Davis en fin de saison dernière, il en est même à 21 succès d’affilée à cheval sur 2019 et 2020. C’est ainsi la septième fois de sa carrière que Djokovic réalise une série de plus de 20 matches gagnés consécutivement sur le circuit. Comme souvent lorsqu’il s’agit d’évoquer ses accomplissements, le numéro 1 mondial affole les chiffres et banalise l’exceptionnel. Doté d’une confiance en soi hors norme, il ne peut qu’être conforté par cette semaine qu’il termine toujours invincible alors qu’il n’a pas systématiquement joué son meilleur tennis.

AnnéesSéries d'invincibilité (nombre de matches gagnés consécutivement)
2010-201143
201528
2013-201428
201523
201822
2012-201322
2019-202021

"Ce dont je suis le plus fier cette semaine, c’est de ma constance du fond du court. Bien sûr, il y a eu des hauts et des bas, mais c’est normal. A un point près, j’aurais pu ne pas être là", a-t-il néanmoins fait observer, rappelant les trois balles de match sauvées la veille, en demi-finale face à Gaël Monfils, pour relativiser sa marge actuelle. Lucide, il a aussi concédé que son début de finale n’avait pas été idéal. "Ce n’est jamais facile contre Stéfanos qui est numéro 6 mondial. J’ai eu de la chance de tenir mon service en début de match, puis un break a décidé du premier set. J’ai senti que j’avais pris un petit avantage mental sur le court. Je ne voulais pas perdre cet élan."

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Tsitsipas face à la réalité du moment

Et une fois aux commandes, Djokovic n’est pas du genre à les lâcher, même si la perte de son break d’avance dans la deuxième manche aurait pu immiscer un petit doute dans son esprit. Mais il en faut plus pour déstabiliser le Serbe. "J’étais à l’aise à l’échange en fond de court. Il semble que Stéfanos ait un peu baissé en intensité par rapport à ses matches précédents…", a-t-il analysé avec lucidité. Titré la semaine dernière à Marseille, Tsitsipas a échoué à une marche du doublé, comme l’année dernière face à Roger Federer sur la même scène. Un échec frustrant pour le Grec, si ambitieux et prêt – en tout cas dans le discours – à renverser la table.

Mais pour le moment, à l’évidence, c’est bien Djokovic qui tient la barre, et plutôt fermement. "Stéfanos est plus qu’un grand joueur de tennis, c’est une belle personne et il est très charismatique. Ce sera assurément l’une des grandes stars de notre sport dans les années à venir", a-t-il encore déclaré, élogieux à l’égard de son adversaire, tout en renvoyant ses hypothétiques succès à un futur plus ou moins proche. Car à Dubaï, il a consolidé son trône, obtenant même un statut privilégié de la part de son hôte royal : désormais titulaire d’un "golden visa", le numéro 1 mondial a d’ores et déjà annoncé qu’il reviendrait en 2021, avec la ferme intention de défendre son bien.

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