ATP Finals 2023 - Carlos Alcaraz est-il condamné au syndrome Rafael Nadal en fin de saison ?

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Carlos Alcaraz entame lundi face à Alexander Zverev à Turin son premier Masters (ou ATP Finals) avec des ambitions légitimes liées à son statut mais une condition physique qui interroge. Contraint de déclarer forfait l'an dernier, le Murcien semble avoir du mal à terminer ses saisons à l'image de son glorieux aîné et compatriote Rafael Nadal. Comment pourrait-il corriger le tir à l'avenir ?

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Entre les deux hommes forts en 2023, le contraste est saisissant. L'un, Novak Djokovic, semble inarrêtable, prêt à dévorer tout sur son passage et frais comme un gardon, malgré le poids de ses 36 ans. L'autre, Carlos Alcaraz, marque clairement le pas, souffre physiquement et a perdu de sa superbe malgré la fougue de ses 20 printemps. Comme l'an dernier déjà à pareille époque, le prodige murcien a bien du mal à terminer sa saison. Et si cette fois, il n'a pas déclaré forfait pour le Masters – première participation à sa deuxième qualification – sa dernière sortie au Rolex Paris Masters où il a été éliminé d'entrée n'a pas rassuré.
Est-ce à dire qu'Alcaraz n'a aucune chance d'aller au bout de ces ATP Finals à Turin ? Avec un tel phénomène, il serait bien hasardeux de se montrer catégorique. Mais vu sa dynamique des dernières semaines, il ne serait pas non plus très étonnant qu'il ne passe pas la phase de poules. Depuis sa demi-finale de l'US Open, "Carlitos" est clairement rentré dans le rang, et à ceci une explication évidente : il lui manque son explosivité si caractéristique en cette fin de saison. Son corps, qu'il ne ménage pas à l'image de Rafael Nadal (jamais titré ni à Bercy ni au Masters), est l'un de ses plus précieux atouts et il lui envoie régulièrement des signaux d'alerte.

Sur l'année écoulée, une accumulation de petits pépins

Si les blessures qui s'accumulent ne sont pas graves, leur liste s'allonge et interpelle à un si jeune âge. Sur la dernière année écoulée, il a souffert d'une déchirure abdominale (forfait au Masters 2022), d'une lésion à la cuisse droite à cause d'un entraînement trop intensif (forfait à l'Open d'Australie 2023), d'arthrite post-traumatique à la main gauche et d'une gêne musculaire à la colonne vertébrale (forfait à Monte-Carlo), et plus récemment d'un problème à la voûte plantaire du pied gauche ainsi que d'une fatigue musculaire dans la zone lombaire (forfait à Bâle).
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"Jusqu'ici à chaque fois qu'il avait été blessé, il revenait et gagnait le tournoi suivant, constate Jean-Bernard Fabre, docteur en physiologie. Et là, c'est la première fois que ce n'est pas le cas. Si la multiplication des pépins peut inquiéter, paradoxalement, c'est le signe qu'il fait assez attention. Dès qu'il a une petite alerte, il prend soin de lui et il s'arrête." Aussi dur au mal et peu avare d'efforts soit-il, "Carlitos" a donc déjà conscience de certaines de ses limites. A son retour de New York en septembre, il avait d'ailleurs fait une croix sur la Coupe Davis, n'enchaînant pas comme il l'avait fait en 2022.
Dans son approche de la compétition, il y a à ce niveau une légère différence avec son illustre aîné majorquin, peut-être d'ailleurs liée à leurs styles de jeu. Si Nadal avait besoin de batailler sur le court et de multiplier les matches pour prendre confiance, Alcaraz a des armes plus définitives – il est capable de finir le point plus vite – qui lui permettent d'être plus sûr de lui. Lui l'hybride du "Big 3" peut s'inspirer des deux monstres qui ont su le mieux finir leurs saisons.

S'inspirer de Federer et Djokovic pour mieux finir

D'abord et de la manière la plus évidente, il y a à retenir chez Roger Federer la gestion de sa programmation annuelle : avec la marge dont dispose déjà Alcaraz sur la plupart des joueurs du circuit, il aurait tout intérêt à s'aménager régulièrement des plages de repos et blocs d'entraînements pour atteindre plusieurs pics de forme à des moments de l'année choisis à l'avance. Même si sa jeunesse et sa fougue lui donnent certainement envie de jouer toutes les semaines, le Murcien peut déjà planifier sa carrière à long terme comme le Suisse dont l'obsession a rapidement été de durer.
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D'ailleurs, Djokovic lui-même s'en est inspiré, comme sa reprise de la compétition à Bercy après une pause d'un mois et demi l'a encore montré. Mais du Serbe, Alcaraz peut tirer d'autres enseignements. "Djokovic a une approche corps-esprit et esprit-corps du tennis. Il travaille profondément sur ses états émotionnels, avec des exercices de pleine conscience, de méditation, tout un tas de techniques de respiration dont la cohérence cardiaque, note Jean-Bernard Fabre. Cela l'aide beaucoup à rester dans le moment présent et à garder son sang-froid quand il est sous pression. Il y a les matches et ce qui se passe entre les matches. Et l'intérêt de bien maîtriser cela, c'est que ça réduit son anxiété quotidienne quand il est en tournoi."
Le poids de la tension, des attentes, des sollicitations médiatiques et du public tout au long d'une saison est loin d'être anodin. Sa gestion pèse sur les organismes. Alcaraz a déjà appris de ce point de vue : entre ses crampes de stress en demi-finale de Roland-Garros et sa finale de Wimbledon, il y avait un monde. Mais si le protégé de Juan Carlos Ferrero se blesse autant, il y a un autre facteur à prendre en compte : il n'a peut-être pas totalement fini de se développer physiquement.

Une croissance et une transformation physique à digérer

Au-delà de sa fin de croissance, "Carlitos" doit digérer sa transformation athlétique impressionnante ces dernières années. A l'hiver 2021-2022, il avait pris 3 kilos de muscle, avec un régime alimentaire impressionnant de 4500 calories par jour comme le confiait son préparateur physique Alberto Lledó. De ce point de vue aussi, Djokovic peut tracer une voie à suivre désormais.
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"Au-delà de son fameux régime sans gluten, Djokovic consomme beaucoup d'aliments de qualité, non transformés, très riches en nutriments et fibres. Et ça l'aide pour sa santé et surtout sa récupération. Le fait de connaître ses intolérances limite les risques inflammatoires sous-jacents. Parfois, on ingère des aliments sans savoir qu'ils génèrent des micro-inflammations, surtout quand on est jeune. Et on crée ainsi de la fatigue de façon insidieuse qui peut conduire à des blessures", observe encore notre docteur en physiologie.
Les pistes sont donc nombreuses à explorer pour éviter la surchauffe en fin de saison. A 20 ans, Alcaraz a encore bien du temps devant lui pour progresser et c'est sans doute l'élément-clé. Débordant d'énergie sur un court, il en dépense parfois à l'excès sur des points qui ne le méritent pas. Avec l'expérience, il devrait moins se disperser et mieux s'économiser pour finir comme "Nole". En boulet de canon.
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