ATP Finals 2025 - Masters turin - Il ne manquait plus que ça : et maintenant, Jannik Sinner est un serve bot
Par Laurent Vergne
Publié 14/11/2025 à 00:56 GMT+1
Jannik Sinner déroule à Turin, comme il le fait depuis le début de la campagne automnale en indoor. L'Italien s'appuie notamment derrière un service encore en progrès, tout particulièrement sa première balle, laquelle prend un caractère injouable ces derniers temps. Après sa révolution de 2023, il a procédé à de nouveaux ajustements qui, chiffres à l'appui, semblent porter leurs fruits.
"Savoir qui s’accroche à Sinner-Alcaraz, c’est l’histoire de ces Masters"
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"Je vais changer deux ou trois choses dans mon service. Juste des petits détails, mais ils peuvent faire une grande différence. On verra comme ça se passe." Bien, ça se passe bien. Ainsi parlait Jannik Sinner juste au soir de sa défaite en finale de l'US Open contre Carlos Alcaraz. Désireux d'explorer de nouvelles options dans son jeu dans le sillage de cet échec, l'Italien avait notamment pointé sa mise en jeu. Deux mois plus tard, il est encore un peu tôt pour juger des effets exacts de ces ajustements, ces choses-là s'évaluant sur la durée, mais en cet automne 2025, Jannik Sinner a bel et bien un côté Jannik … Isner.
Un peu comme un Novak Djokovic, auquel il a souvent été comparé, son service est une arme pas toujours considérée à sa juste valeur. Le vrai grand changement dans ce domaine était survenu courant 2023, sous la houlette de son coach, Darren Cahill, convaincu que son protégé devait faire évoluer en profondeur ce coup si déterminant. "Cela a été le plus gros chantier dans notre travail avec Jannik", avait évalué l'Australien l'an dernier, une fois le Trentinois devenu numéro un mondial.
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Comment Sinner a maté Zverev : les temps forts de la rencontre
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Sinner avait alors considérablement modifié sa posture, sa technique de préparation et son lancer. Le pied moins en arrière. Un écart plus important entre les deux pieds. Un mouvement un brin plus classique aussi, plus fluide. La simplicité, c'est l'efficacité, en somme. Tel était son nouveau credo. Après un temps d'adaptation, ce service 2.0 à la sauce Sinner avait produit ses premiers effets à l'automne 2023, tout particulièrement lors du Masters : 79% de points gagnés derrière sa première balle contre Stefanos Tsitsipas lors de son premier match puis 79% face à Novak Djokovic, le meilleur relanceur de l'histoire. La machine était lancée.
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3 balles de break sauvés, 5 points de suite, un ace pour finir : Sinner a écoeuré Zverev
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Une première crescendo
Mais comme tous les grands champions, le Transalpin est perpétuellement en quête d'avancées. Le dernier US Open a agi comme un révélateur pour lui, d'autant qu'en la matière, Carlos Alcaraz s'était montré redoutable tout au long du tournoi. "Le service n'a clairement pas fonctionné aujourd'hui, avait-il regretté après sa finale contre Alcaraz, mais ça avait déjà été le cas à plusieurs reprises pendant le tournoi, vous savez". Plutôt que de se dire que tout allait se remettre en place tout seul, il a donc décidé d'envisager de nouveaux ajustements. "Des détails", comme il l'avait dit à New York.
Rien à voir donc, cette fois, avec 2023. La base est trop solide pour s'attaquer dangereusement aux fondations. Il s'agit davantage de fignolage. Il y a deux ans, les modifications dans son mouvement et sa technique étaient visibles à l'œil nu. Pas cette fois. Mais à Vienne, il avait évoqué son lancer de balle. Clairement, il a retrouvé une totale confiance en ce coup, notamment derrière sa première balle, plus efficace que jamais. Alors qu'il avait gagné 77,5% cette saison des points derrière sa première balle jusqu'à l'US Open (ce qui le plaçait déjà dans le haut du panier), il tourne depuis le début de la saison indoor à... 83,1% (358 points gagnés sur 431). Plus ça va, mieux ça va :
Vienne : 80,7% (150 sur 186)
Rolex Paris Masters : 84,5% (136 sur 161)
Masters Turin : 85,7% (72 sur 84)
Rolex Paris Masters : 84,5% (136 sur 161)
Masters Turin : 85,7% (72 sur 84)
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6e balle de break manqué et une raquette avalé : Zverev sans solution face à Sinner
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Des statistiques dignes des plus gros serveurs du circuit. Ces derniers temps, il est devenu injouable derrière sa première. Une arme de destruction massive, qui le tire des rares mauvais pas sur son chemin, comme mercredi contre Alexander Zverev où, sur les sept balles de break qu'il a eues à défendre (alors qu'il n'en avait concédé que quatre sur ses six matches précédents !), il a sorti six premières et a écarté le danger à chaque fois. "Il a énormément progressé au service, a jugé l'Allemand. Parfois, quand il sert comme ça, ça devient extrêmement difficile (de le battre)".
Pour moi, Jannik, c'est la meilleure combinaison service-retour du circuit
Félix Auger-Aliassime est plutôt bien placé pour témoigner, lui aussi. En finale à La Défense ou à l'Inalpi Arena, il a gagné quatre petits points sur la première balle de l'Italien à chaque fois. Soit huit points sur… quatre-vingts. 10%. "Je n'ai jamais joué contre quelqu'un comme Roger (Federer) à son apogée. Mais oui, pour moi, Jannik, c'est la meilleure combinaison service-retour du circuit, a-t-il estimé à Turin. Regardez la façon dont il commence un match. 'Allez, servez', et là, il a sorti quatre premières balles, quasiment sur les lignes. Je crois qu'il a servi près de 80 % de ses balles dans le premier set."
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Tranquille comme Sinner : le résumé de sa victoire face à Tien
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Battu en finale à Pékin fin septembre, le jeune Learner Tien avait éprouvé le même sentiment d'impuissance de l'autre côté du filet au retour. "Dans les quelques jeux de service où j’étais plutôt en position de le menacer, il a réussi à s’en sortir grâce à son service, constatait l'Américain, à l'instar de ce qu'a vécu Zverev à Turin. Il a marqué beaucoup de points faciles sur son service. Je n’arrivais pas vraiment à lire son service et ça a mis beaucoup plus de pression sur mes propres jeux de service. Il y avait cette pression supplémentaire, cette incertitude quant à ma capacité à vraiment faire la différence sur ses jeux de service." L'effet domino fatal. L'effet Sinner.
Sur la route d'un possible deuxième sacre au Masters, cette première balle sera sans conteste un des principaux atouts de l'Italien. Il sera difficile à battre tant qu'il servira de la sorte. À Paris et Turin, il a remporté 96% de ses jeux de service, dont les 39 derniers. Et depuis quatre matches, sa première balle est simplement incontrôlable : 88% de points gagnés. Un bémol, toutefois : Zverev, Auger-Aliassime, Shelton, ses derniers adversaires, ne sont pas les meilleurs relanceurs du circuit. A confirmer, donc. De toute façon, comme toujours, le seul véritable révélateur, dans ce domaine comme dans tous les autres, se nomme Carlos Alcaraz. C'est là, si les deux hommes se retrouvent, que tout ajustement prendra ou non le sens que l'Italien souhaite lui donner.
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Alcaraz vs Sinner : "Ce combat est crucial dans notre rivalité"
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