Finale du Masters 2025 - Jannik Sinner ne nourrit peut-être pas un complexe Carlos Alcaraz, mais il a un vrai problème

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Jannik Sinner a acquis ces deux dernières saisons la dimension dont il rêvait. Mais cet épanouissement s'est paradoxalement accompagné d'une ombre au tableau : la dégradation de son rapport direct avec Carlos Alcaraz, lequel prend désormais nettement le dessus sur lui. L'Italien a perdu sept de ses huit derniers matches contre son rival. Il a besoin de la victoire dimanche en finale du Masters.

Carlos Alcaraz & Jannik Sinner

Crédit: Getty Images

Pour Jannik Sinner, c'est presque à n'y rien comprendre. Longtemps, il y a eu une forme d'équilibre dans son rapport direct à Carlos Alcaraz. Fin 2023, c'est même lui qui menait dans leurs confrontations directes, 4-3. C'était pourtant avant la mue définitive de l'Italien en grand champion. En 2024 et 2025, il est entré dans la cour des grands, celle des vainqueurs en Grand Chelem. Il est devenu numéro un mondial. Avec Alcaraz, il a pris le pouvoir et, ensemble, ils n'ont plus rien laissé. Derrière ce partage du gâteau en parts égales pour ce qui est des grands titres, une autre réalité s'est imposée : l'Espagnol s'est mis à prendre le dessus sur son rival.
Au cours de ces deux dernières saisons, ils se sont croisés à huit reprises. Le bilan a quelque chose d'implacable. Alcaraz l'a emporté à sept reprises, avec pour seule exception la finale du dernier Wimbledon. 3-0 en 2024, 4-1 en 2025. Tout ceci doit finir par s'ancrer dans la tête du Transalpin. Même s'il peut aussi s'appuyer sur certains éléments à la fois pour relativiser ce différentiel et pour y trouver certains motifs d'espoir. D'abord parce que certains de ces duels sont aussi le fruit de leurs circonstances du moment. La finale de Rome, où Sinner revenait tout juste à la compétition, ou celle de Cincinnati où, malade, il a dû rapidement abandonner.
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Auger-Aliassime préfère en rire, comment Alcaraz l'a écœuré pour le premier set

Video credit: Eurosport

Puis il a rarement été surclassé. On ne parle pas ici d'un écart de niveau abyssal qui rendrait définitive la supériorité de l'Espagnol. À certains égards, ce 7-1 sur deux ans apparaît même disproportionné. Sinner a d'ailleurs perdu certains matches où non seulement il n'était pas dominé, mais où il a eu la main sur des débats. La finale de Pékin l'an dernier et, bien sûr, celle de Roland-Garros au printemps 2025, qu'il aurait pu gagner en trois sets, qu'il aurait dû gagner en quatre, avant de la perdre en cinq.
Je ne pense pas qu'il soit question de complexe
"Il faut toujours prendre un peu de hauteur, plaide ainsi Justine Henin. On est quand même passé très près d'une victoire de Sinner à Roland-Garros. Paradoxalement, celui qui en est sorti avec un petit désavantage psychologique, c'est Alcaraz. L'autre lui en a tellement mis en finale à Roland, à être à un point du titre… Il a beau dire qu'à ce moment-là, il y croyait encore dur comme fer, il était quand même plus qu'au bord du gouffre. Et il l'a bien senti. Son impuissance en finale à Wimbledon, qu'il a exprimée, elle était liée à la finale de Roland-Garros, même s'il la gagne. Donc ces histoires-là, ça va très vite."
Mais si le fait que leur récent bilan commun ne reflète pas tout à fait la nature exacte du rapport de forces entre les deux champions est de l'ordre du possible, cette réalité n'en reste pas moins présente. Ce constat est d'autant plus prégnant aujourd'hui que, lors de leur dernier duel en date, en finale de l'US Open, Alcaraz a cette fois pris sèchement et nettement le dessus. Là, il n'y avait plus de contexte, de circonstances, ou quoi que ce soit. Il y avait juste Alcaraz, un cran voire plus au-dessus d'un Sinner réduit à une forme d'impuissance.
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"Dépassé et frustré, Sinner a vécu à l’US ce qu’Alcaraz a vécu à Wimbledon"

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"On ne peut pas nier les résultats du passé, reprend Justine Henin. Il y a des raisons à ça. Clairement, Alcaraz vient bousculer Sinner sur des zones où il n'est pas habitué à être perturbé." Alors, l'Italien court-il le risque de nourrir un vrai et profond complexe vis-à-vis de son alter ego des sommets ? La question ne se pose pas en ces termes. Pas encore, en tout cas. "Je ne pense pas qu'il soit question de complexe, estime la consultante d'Eurosport. D'abord parce que ce n'est pas dans son profil. On ne le sent pas monter sur le court en tremblant."

Les 10 dernières semaines doivent prendre du sens maintenant

Ce qui n'exclut pas l'existence d'un réel problème : "On parle souvent du mariage des jeux. L'impact qu'il a contre tous les autres joueurs se trouve diminué contre Alcaraz. C'est aussi vrai dans l'autre sens, mais avec ce côté déroutant d'Alcaraz qui vient perturber la machine Sinner, tout simplement. La magie Alcaraz, c'est très dur de la contrer." Le Murcien propose et impose une équation si différente de toutes les autres, y compris à Sinner, lequel doit parfois se dire que si Alcaraz n'existait pas, sa vie serait tellement simple. "C'est le seul qui lui pose des problèmes, mais ce n'est pas neutre, parce qu'ils sont appelés à beaucoup se rencontrer", ajoute Henin.
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Alcaraz et sa relation "saine" avec Sinner : "Les gens pensent que nous devons nous haïr"

Video credit: Eurosport

Des solutions, Jannik Sinner en cherche, bien entendu. Sans toujours les trouver, jusqu'ici. "On dit qu'il faut essayer de surprendre Alcaraz, de varier, glisse encore l'ex-numéro un mondiale. Mais il s'est beaucoup adapté. Quand Sinner est amené dans des zones plus courtes, par exemple avec un slice, il est aujourd'hui capable de suivre au filet avec plus d'aisance. Le problème, c'est qu'Alcaraz, il va le faire rentrer, puis lui décrocher derrière une accélération monstrueuse. Ce n'est pas seulement le fait de l'attirer dans le court, c'est aussi ce qu'il va lui proposer derrière, puis peut-être encore sur le coup suivant. Ça n'arrête pas, à une intensité folle, avec un mélange de puissance, de vitesse et de finesse qui est unique."
L'Italien a pleinement conscience de tout ceci. Il l'avait verbalisé dès sa conférence de presse après la finale de l'US Open, il y a un peu plus de deux mois, se promettant de modifier son jeu, d'y apporter des nouveautés. Depuis, en dehors de son abandon contre Tallon Griekspoor à Shanghai, il n'a plus connu la défaite. Mais il n'a pas non plus recroisé Alcaraz. Tous les axes sur lesquels il a pu travailler ces 10 dernières semaines avec Darren Cahill et surtout Simone Vagnozzi, doivent prendre du sens ici et maintenant, dans cette finale du Masters contre Carlos Alcaraz.
"Contre tous les autres, il n'en a pas véritablement besoin, acquiesce Justine Henin. Avec sa solidité, l'impact qu'il a sur chaque frappe, ça suffit. Face à Alcaraz… Il sait qu'Alcaraz a des réponses, on ne va pas dire à tout, mais à beaucoup de choses. A Pékin, on avait vu qu'il se cherchait un peu par rapport à ça, depuis, il y a quand même une maîtrise. On l'a vu ajouter des petites choses, même si on n'a rien vu non plus de majeur, parce que ça ne peut pas être majeur. Il ne va pas y avoir une transformation."
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Sinner peut-il vraiment changer son jeu ?

Video credit: Eurosport

Ce serait costaud d'Alcaraz de venir le chercher dans ces conditions-là
À ses yeux, il n'existe pour l'heure que des questions : "On l'a vu ajouter des petites choses. On l'a vu sur des amorties qu'il a vraiment bien distillées sur l'ensemble du tournoi. Mais Alcaraz va mieux les lire que n'importe qui d'autre. Donc est-ce que ça va suffire ? Est-ce qu'il va le faire au bon moment ? Avec le bon dosage ? Quid de son service-volée qu'il essaie d'amener ? Il a très bien volleyé contre De Minaur, mais parce qu'il avait la place. Est-ce qu'il pourra arriver au filet dans d'aussi bonnes conditions avec la vitesse de réaction d'Alcaraz, sa qualité de passing ? Oui, c'est aujourd'hui qu'on va avoir ces réponses."
Il en ira de même pour son service, quasiment imparable cet automne. On l'a beaucoup dit, sa première balle a atteint des niveaux de performance remarquables ces dernières semaines. Il reste sur 59 jeux de service sans avoir été breaké. Mais il y a un mais. Toujours le même, pour notre consultante. "Ce sont les conditions indoor qui lui permettent vraiment de pouvoir s'exprimer pleinement au niveau de son service, mais en face, ça retourne, on l'a encore vu contre Auger-Aliassime, juge-t-elle. S'il doit être breaké, ce sera aujourd'hui. Les balles de break qu'il a dû jouer ici et qu'il a sauvées, elles auront une importance autre en finale."
Parce qu'il est devant son public et dans son jardin intérieur où il s'exprime si bien, cet indoor qui épanouit son jeu, Jannik Sinner joue beaucoup plus gros que Carlos Alcaraz dimanche. Sur le papier, il est dans les meilleures dispositions possibles pour reprendre la main. "Ce serait costaud d'Alcaraz de venir le chercher dans ces conditions-là", conclut Justine Henin. Et ce serait douloureux pour Sinner. Une manière de mettre encore un peu plus la tête sous l'eau de son grand (et unique) rival. En ce sens, c'est plus que le trophée du Masters qui se joue à l'Inalpi Arena même si cette histoire, quoi qu'il arrive, ne s'achèvera pas à Turin. Un complexe Alcaraz ? Peut-être pas, non. Mais Jannik Sinner a un problème, un vrai. Il a besoin d'apporter un début de solution.
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