Masters Turin 2025 - "En indoor, c'est un lance-balles" : Jannik Sinner, le parfait homme d'intérieur
Par Laurent Vergne
Publié 09/11/2025 à 23:31 GMT+1
26 victoires de suite. En indoor, Jannik Sinner est intouchable depuis deux ans. C'est son terrain de jeu favori et il sera donc à nouveau le grand favori du Masters, chez lui, à Turin. Son attirance pour ces conditions en salle remonte à la fois à l'enfance et à son style de tennis. L'indoor, ou la combinaison parfaite de tout ce qui convient au numéro un mondial.
Alcaraz vs Sinner : "Ce combat est crucial dans notre rivalité"
Video credit: Eurosport
Quand Novak Djokovic a battu Jannik Sinner en finale du Masters le 19 novembre 2023, le Serbe n'imaginait sans doute pas qu'il serait le dernier à dominer l'Italien en indoor avant très, très longtemps. Quasiment deux ans plus tard, il n'a d'ailleurs toujours pas trouvé de successeur. Titré à Vienne et Paris cet automne, Sinner a porté à 26 son nombre de victoires consécutives en salle. La sixième plus longue série de l'histoire en la matière chez les hommes, même s'il demeure encore (très) loin du phénoménal record de John McEnroe, invaincu de 1978 à 1987 en indoor, soit 47 matches.
- Le programme de lundi : Le remake de Paris, ça sera en night session
- Suivez les ATP Finals en intégralité sur Eurosport via HBO Max
Tout de même, 26 rencontres, cela commence à faire. Elle a débuté fin 2023 lors de la phase finale de la Coupe Davis (3 victoires) puis s'est poursuivie à Rotterdam (5), le Masters (5) et à nouveau en Coupe Davis (3) en 2024 et enfin, cet automne, Vienne (5) et le Rolex Paris Masters (5). Depuis l'entame de la saison 2023, en indoor, son bilan est de 42 victoires en 44 matches. Autant dire que personne ne fait mieux sur le circuit. Souvent comparé à Novak Djokovic, Sinner a vraiment suivi ses traces dans ce domaine, tant le "Djoker" a été le maître incontesté du jeu en salle. Là aussi, il est son digne héritier.
C'est d'ailleurs dans ce contexte qu'il avait signé ses premiers faits d'arme. Sa victoire au Masters Next Gen, chez lui, à Milan, en 2019, à tout juste 18 ans. En novembre 2020, c'est aussi en indoor, à Sofia, qu'il décroche le tout premier titre officiel de sa carrière, à Sofia. L'indoor pèse d'un poids particulièrement important dans son palmarès. L'actuel numéro un mondial a gagné 23 tournois, dont huit en indoor. Plus d'un tiers. Un ratio exceptionnellement élevé. Seul Daniil Medvedev a une appétence encore plus prononcée pour la victoire en intérieur (9 titres sur 21). À titre de comparaison, sur les 24 titres de Carlos Alcaraz, un seul a été remporté dans ces conditions, soit 4,1%. Sans parler d'un Rafael Nadal, dont un seul des 92 titres n'a pas été glané en extérieur !
En salle, il n'y a que la balle et le court
Oui, Jannik Sinner est un homme d'intérieur. Il aime ça. Même s'il serait évidemment ridicule de le résumer à cette seule caractéristique ("Franchement, il est fort partout", rappelait dimanche dernier sa dernière victime en date, Félix Auger-Aliassime), c'est un marqueur très prononcé chez lui, et ce depuis… l'enfance. Certains grandissent sur terre battue. D'autres évoluent naturellement d'abord sur dur. Dans son cas, plus que de surface naturelle, on parlera d'environnement initial : celui du tennis sur court couvert. Ni trio chaud, ni trop froid, ni trop sec, ni trop humide. Tout ce qui sied à son tennis rectibiligne et au cordeau.
/origin-imgresizer.eurosport.com/2025/11/04/image-d378ed32-7ad6-4881-acf3-9b3de449a525-85-2560-1440.jpeg)
Qui va finir N°1 mondial ? "Des matches comme à Paris, Alcaraz n'en fera pas deux au Masters"
Video credit: Eurosport
En octobre 2021, alors qu'il venait de triompher à Anvers, déjà son troisième tournoi gagné en salle sur ses cinq premiers titres, il rappelait avoir grandi dans ces conditions. Il est un enfant du Tyrol italien. Il a vécu à Sesto (ou Sexten, en allemand, et c'est d'ailleurs ainsi que Sinner prononce le nom de son village), petit bourg de moins de 2000 âmes à proximité de la frontière autrichienne. "Là-bas, expliquait-il, l'hiver, il y a cinq mètres de neige. Donc, enfant, je ne pouvais jouer au tennis qu'en indoor. C'est aussi simple que ça. Donc oui, c'est ma surface préférée".
Pour résumer son attirance pour le jeu en salle, Jannik Sinner a une phrase joliment tournée qui résume bien le tout : "En salle, il n'y a ni vent ni soleil. Il n'y a que la balle et le court". Et ça lui plait. Rien qui ne vienne potentiellement polluer son jeu. Comme s'il pouvait exprimer la plénitude de son talent et surtout tout maîtriser, de A à Z. "En indoor, c'est un peu un lance-balles, salue Auger-Aliassime. Il sert très bien, il fait tout bien. Quand il n'y a pas de vent, quand la surface reste régulière et pas de conditions climatiques qui viennent le déranger, c'est dur de le déstabiliser."
Equilibre. Voilà sans doute le maître-mot du tennis de Jannik Sinner. Il est perpétuellement en quête de cette notion. Or, il ne la trouve jamais aussi vite qu'en indoor. "Je pense que la surface indoor l'aide à trouver un équilibre tout au long d’une semaine et à ne jamais vraiment se sentir en danger, ajoute FAA. Même en défense, il est équilibré. Parfois, j’ai fait des smashs, des volées (en finale à La Défense, NDLR), mais il reste équilibré et tranquille. J’ai l’impression qu’au retour de service, il est aussi équilibré partout." Voilà pourquoi même quand il n'a pas mis les pieds en salle pendant des mois (c'était le cas à Vienne puisqu'il n'avait plus joué en salle depuis onze mois), le naturel revient au galop.
/origin-imgresizer.eurosport.com/2025/11/02/image-4ae72e58-ae63-45dc-b36b-08ba24353f79-85-2560-1440.jpeg)
Sinner : "J'ai joué du grand tennis dans le tie-break"
Video credit: Eurosport
Tennistiquement et… humainement, il est fait pour ça
Dans son podcast "Served", Andy Roddick avance une théorie complémentaire, d'ordre plus psychologique. L'indoor, c'est une approche particulière. On vit loin de la lumière du jour. "A cette période de l'année, on ne la voit que quatre minutes par jour ! On entre dans la salle, il fait jour et quand on en sort, il fait nuit, dès 16h15", évoque l'Américain, convaincu que c'est une des raisons pour lesquelles Carlos Alcaraz peine autant à s'exprimer en salle. "Carlos a besoin de l'énergie du public. Il aime l'ambiance, le spectacle, être un artiste", dit-il. Rien ne lui interdit de trouver ou de générer tout ceci en indoor, mais l'Espagnol aurait davantage de difficulté à être "inspiré" dans ces conditions, quand, chez Sinner, la chose viendrait mécaniquement.
"J'ai l'impression, et j'espère que je m'exprime correctement, ajoute Andy Roddick, que Sinner est peut-être plus apte, grâce à sa personnalité, à assurer le show et à trouver de l'inspiration dans ce contexte, tandis que Carlos a peut-être besoin d'un petit coup de pouce. C'est peut-être une comparaison un peu tirée par les cheveux, je ne sais pas." Que l'argument soit un brin capillotracté n'est pas impossible, mais disons que l'on voit l'idée et qu'elle n'est peut-être pas si absurde. Surtout côté Sinner. Oui, l'indoor, c'est aussi une affaire de confort et d'état d'esprit. Il y a passé tant d'heures, de mois et d'années en grandissant qu'il s'y épanouit aisément. Tennistiquement et humainement.
La semaine prochaine, à Turin, le lance-balles de Sexten va donc à nouveau se sentir comme chez lui, et pas seulement parce que les ATP Finals ont lieu à Turin, devant son public. Heureusement pour les autres, il n'y a pas de Grand Chelem en salle…
/origin-imgresizer.eurosport.com/2025/11/02/image-28ca4164-1e05-4e6a-b2e4-71d113c02a62-85-2560-1440.jpeg)
Solide et en maîtrise, Sinner domine Auger-Alliassime : le résumé de la finale
Video credit: Eurosport
Sur le même sujet
Plus de détails
/images.sports.gracenote.com/images/lib/basic/geo/country/flag/large/2210.png)
/images.sports.gracenote.com/images/lib/basic/geo/country/flag/large/2231.png)
7
6
5
1
Commenté
Publicité
Publicité