ATP MARSEILLE - Et maintenant, Ugo Humbert gagne aussi sans bien jouer : « je suis super fier de ça »

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Connu pour être un joueur brillant mais pas forcément un joueur constant, Ugo Humbert a démontré cette semaine à l’Open 13, où il a remporté le septième titre de sa carrière en battant ce dimanche Hamad Medjedovic, qu’il était aussi capable de gagner sans avoir les meilleures sensations. Et c’est bien ce dont il était le plus satisfait.

Ugo Humbert

Crédit: Getty Images

Puisque Ugo Humbert est un jeune homme avisé qui apprend de ses erreurs, soyons clair : il y a à peu près zéro chance qu’on le voie la semaine prochaine à Doha, où il est censé disputer son premier tour dès mardi face à Nuno Borges. Après avoir conservé son titre à l’Open 13 face à Hamad Medjedovic, ce dimanche (7/6(4), 6/4), le numéro 1 français a expliqué qu’il n’avait pas envie de « faire le con » comme l’an dernier en tentant un enchaînement aventureux dur indoor/dur extérieur (assorti de deux heures de décalage horaire) qui a toutes les chances de se solder par une défaite d’entrée et, pire encore, par une blessure.
Sauf revirement de dernière minute, on ne reverra donc Humbert que la semaine d’après, à Dubaï, où il s’était également imposé en 2024. Voilà qui lui laissera le temps de savourer un peu le moment, et de réfléchir sur l’art et la manière de défendre un titre, ce qu’il vient de faire pour la première fois à Marseille. Un nouveau cap important dans sa carrière encore jeune, à 26 ans, même si sur le plan purement sportif, cet Open 13 ne restera pas comme son titre le plus prestigieux puisqu’il n’y a pas battu le moindre joueur du top 30.
Pour Ugo Humbert, cette semaine, la difficulté était ailleurs. Même s’il répétait à juste titre, avant d'attaquer son tournoi, que la pression inhérente à la défense d’un titre (et de ses points associés) n’existait pas vraiment à ses yeux dans le sens où, d’une année sur l’autre, les compteurs sont remis à zéro, le gaucher tricolore a bel et bien été gagné par la tension tout au long du tournoi.
Et comme si cela n'était pas suffisamment compliqué à gérer, il a en plus été rattrapé en début de semaine par un virus gastrique qui l’a mis sur le flanc pendant deux jours. Et rendu son entrée en lice, face à cet empoisonneur public qu’est Alexander Bublik, d’autant plus compliquée. La suite, face à respectivement Lorenzo Sonego, Zizou Bergs et donc Hamad Medjedovic, n’a pas été un long fleuve tranquille non plus, malgré la différence de classement entre le Français, qui vaut mieux encore que sa 17e place mondiale (et même 14e lundi) en indoor, et ses adversaires.
Même en étant tendu, je me suis prouvé que j’avais les ressources pour aller chercher des victoires.
"Franchement, c’était sûrement un de mes titres les plus difficiles et même si je n’ai pas perdu un set de la semaine, ce n’était vraiment pas facile à gérer, souriait le vainqueur en conférence de presse. Je n’ai jamais eu la sensation de jouer mon meilleur tennis. Encore aujourd’hui (dimanche), ce n’était pas fabuleux. Mais même en étant quasiment toujours tendu, je me suis prouvé que j’avais les ressources pour aller chercher des victoires. Je suis super fier de celle-là."
Il peut l’être. Encore une fois, Ugo Humbert ne bouleversera pas l’histoire du tennis avec ce titre dans un Open 13 qu’on a connu plus prestigieux, en termes de plateau. Mais aux côtés de Fabrice Martin, qui a pris le relais de Jérémy Chardy dans sa box, il s’est inscrit dans la continuité des énormes progrès réalisés depuis l’an dernier, en termes de constance et de régularité. Huitième de finaliste à l’Open d’Australie, vainqueur du « joyau » Fonseca début février en Coupe Davis, il signe un début de saison solide qui vient confirmer une très agréable impression : le Messin se « troue » de moins en moins, signe d’un niveau moyen en amélioration permanente.
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Humbert, les promesses d'une rouste ?

Video credit: Eurosport

On connaissait depuis longtemps le Ugo Humbert joueur de « coups », celui capable de dégommer les meilleurs dans un bon jour mais capable aussi de passer complètement à côté dans ses mauvais jours. On l’avait encore vu la saison dernière, globalement très riche mais marquée aussi par de gros passages à vide, conséquences tout à la fois de la pression qu'il se met(tait) par rapport au classement, d’une programmation pas toujours judicieuse et d’un physique qui peut encore poser questions sur la durée, notamment sur terre battue. Mais depuis quelques mois, ces contre-performances se raréfient. Conséquence logique : le voilà qui gagne même sans bien jouer. Or, il n’y a pas de meilleur indicateur sur la valeur d’un joueur que son niveau le plus bas, et sa capacité justement à savoir gagner dans ces jours moyens.

Le retour, un axe clé de sa progression

Sur le plan purement tennistique, si Humbert a triomphé cette semaine, il l’a fait bien sûr grâce à son énorme service de gaucher, toujours aussi efficace en indoor. Mais il l’a fait aussi grâce à une arme moins connue de son arsenal mais qui est en train de devenir de plus en plus létale : son retour de service.
Après l’avoir battu en quatre sets lors de leur duel en huitième de finale de l’Open d’Australie le mois dernier, Alexander Zverev, le numéro 2 mondial, soulignait déjà la qualité de retour par moments déconcertante du Français. A Marseille, ce dernier a pu encore compter dessus quand il s’est agi d’aller chercher des jeux qui comptaient double. Notamment en finale, contre Medjedovic, mais aussi un peu plus tôt dans la semaine, contre Lorenzo Sonego.
"J’essaie de retourner assez tôt pour prendre du temps. Dès que je 'contacte' bien la balle, je sais que c’est super chiant car il peut servir à 200 km/h, la balle revient aussi vite, avait-il expliqué après ce succès contre l’Italien. Après, je ne cherche pas forcément à breaker sur tous les jeux, il y en a où je ne vais pas mettre un retour dedans. Et puis, à d’autres moments, je sens que c’est le moment de mettre un peu la pression et là, je vais m’appliquer davantage (rires). Mais oui, je sens que c’est un secteur du jeu où j’ai énormément progressé." Il l'a rappelé en finale, notamment sur la balle de match.
Ce dimanche, Humbert a remporté 61% des points sur la deuxième balle de Medjedovic, qui n’a pourtant pas le service le plus faiblard du circuit. C’est énorme, surtout en indoor, quand on sait qu’Alex de Minaur, Jannik Sinner et Novak Djokovic, qui sont les trois meilleurs relanceurs dans ce domaine sur les 52 dernières semaines écoulées (selon les statistiques de l’ATP), culminent à respectivement 56,3%, 56% et 54,8%. Or, on a là trois profils de "counterpunchers" différents de celui d’un Humbert, qui était pour sa part à 49,9% avant sa semaine marseillaise. Le signe concret de ses progrès, dans un secteur du jeu qu’il travaille beaucoup par le biais de l’acuité visuelle, et qui pour certains est devenu le plus important du tennis moderne.
L’an dernier, j’étais outsider, je n’avais rien à perdre. Là, il y a plus de stress, mais c’est le jeu.
Des progrès qu’Ugo Humbert va devoir continuer d’étalonner dans ses prochaines semaines, même en quittant l’indoor qui lui est si cher. On devrait donc le revoir à Dubaï, où l’expérience de ce titre défendu à Marseille pourra lui servir. "Défendre victorieusement un titre, c’était une nouvelle expérience pour moi, s’est-il également satisfait avant de partir fêter sa victoire avec les siens au restaurant. L’an dernier, j’étais outsider et je n’avais rien à perdre. Là, il y a plus de stress, mais c’est le jeu : quand tu fais une bonne saison, l’année d’après, c’est différent. Maintenant, je préfère quand même être dans cette situation-là, celle d’être top 20 et d’avoir un titre à défendre. Encore une fois, je suis fier d’avoir trouvé les solutions en étant tendu."
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