Il aurait dû constituer à lui seul l'événement de la semaine, mais l'exemption médicale accordée à Novak Djokovic et les débats qui l'accompagnent l'ont presque éclipsé. Jeudi, Rafael Nadal fait son grand retour en simple en compétition, lui qui n'a plus été vu raquette en main dans ces conditions depuis une défaite en huitième de finale du tournoi de Washington contre Lloyd Harris (6-4, 1-6, 6-4) au début du mois d'août dernier. C'est donc un test important qui se présente à moins de deux semaines de l'Open d'Australie (17-30 janvier prochains) pour le Majorquin de 35 ans qui a fait l'impasse sur les deux derniers Majeurs (Wimbledon et US Open 2021).
Pour cette rentrée attendue, Nadal aurait pu plus mal tomber puisque c'est le Lituanien Ricardas Berankis, "modeste" 104e joueur mondial qui lui sera proposé. Mais tout "Taureau de Manacor" qu'il est, le principal enjeu pour l'Espagnol ne se situera ni de l'autre côté du filet ni dans le résultat brut. Il lui faudra avant tout tirer des enseignements physiques de ce premier match de compétition : pourra-t-il jouer à une intensité maximale ? Le fera-t-il de bout en bout ? Comment réagira son pied gauche, responsable de l'arrêt prématuré de sa saison 2021 et qui lui cause tant de soucis depuis le début de sa carrière (syndrome de Muller-Weiss) ?
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Rafael Nadal à l'entraînement à Melbourne en 2022

Crédit: Getty Images

Plus que sur son niveau, Nadal espère trouver des réponses sur sa forme physique

Les interrogations sont donc nombreuses, mais l'intéressé n'est pas totalement dans le flou. Nadal a ainsi participé à la mi-décembre à l'exhibition d'Abu Dhabi d'où il est reparti avec deux défaites contre Andy Murray (6-4, 7-5) et Denis Shapovalov (6-7, 6-3, 10-6) et avec le Covid-19. Un test positif qui lui a valu une bonne semaine d'isolement avant de pouvoir partir en Australie.
Malgré ce contretemps et ces revers aux Emirats arabes unis, le Majorquin s'est prouvé par séquences qu'il pouvait vite revenir à un haut niveau, enchaînant deux matches de deux heures en deux jours. De bonnes sensations confirmées mardi à Melbourne où il s'est imposé avec son compatriote Jaume Munar au 1er tour du tableau de double contre la paire Baez/Etcheverry (6-3, 3-6, 10-4).
Reste que la capacité de Nadal à enchaîner constitue une autre inconnue. S'il s'était plutôt bien déplacé lors de l'exhibition d'Abu Dhabi, il avait abrégé certaines courses lors de son second match contre Shapovalov comme pour économiser son pied. Une prudence qui avait d'ailleurs déteint sur ses propos après la partie. "J'ai besoin de parler avec mon équipe. Pour être tout à fait honnête, je ne peux pas garantir à 100 % que je jouerai l'Open d'Australie. L'idée est d'aller en Australie et de faire de mon mieux. C'est l'objectif, mais je dois voir comment mon corps réagit", avait-il indiqué.

Le spécialiste des "comebacks" face au temps qui passe

Depuis, Nadal a débarqué aux antipodes, ce qui est indéniablement un signe positif : il n'aurait pas fait tout ce voyage pour se tester seulement sur un tournoi ATP 250. L'intensité de ses séances d'entraînement, notamment face à Grigor Dimitrov et Andy Murray - même si celui-ci a été éliminé dès le 1er tour ensuite par Facundo Bagnis -, a de quoi rendre optimiste. Il ne lui manque donc plus que le rythme de la compétition, ce qui explique sans doute son choix de ne pas faire face à la presse avant son entrée en lice. Sa prestation et ses sensations lorsqu'il sera confronté au stress du haut niveau lui donneront des informations essentielles.
Le Majorquin peut également tirer des enseignements et de la confiance des nombreux "comebacks" qui ont jalonné sa carrière. Dans une position comparable voici cinq ans, il était parvenu en finale de l'Open d'Australie face à un autre revenant à l'époque, Roger Federer. Mais le temps passe et Nadal en est plus que conscient. "A ce stade de ma carrière, je prends les jours comme ils viennent. Et après tout ce que j'ai traversé, il faut que je réfléchisse très bien à tous mes choix. Je sais que ce retour ne sera pas facile, je n'ai pas de grandes attentes pour le moment", avait-il prévenu à Abu Dhabi.

Poser sur dur les fondations d'un retour en force au printemps sur terre

Dans la course à un 21e titre du Grand Chelem record qui l'oppose à Novak Djokovic, l'Open d'Australie semble arriver bien trop tôt. Mais qui sait ? Cette semaine à Melbourne pourrait permettre à Nadal de revoir ses ambitions à la hausse dans un tableau débarrassé d'un Nick Kyrgios qui aurait pu se dresser sur sa route s'il n'avait pas déclaré forfait pour maladie. S'il venait à gagner cet ATP 250 ou à enchaîner les succès, un monstre de l'envergure de l'Espagnol reprendrait (très) vite confiance.
Reste que ses espoirs sont plus étroitement liés que jamais à ce que lui permettra son corps. "J'espère vraiment que le pied ira de mieux en mieux pour être à nouveau au niveau où je veux être", affirmait-il encore à Abu Dhabi. Dans cette perspective, une reprise sur surface dure n'est peut-être pas idéale pour se ménager. Mais elle pourrait constituer les fondations solides d'un printemps 2022 aux allures de grande revanche sur sa terre chérie. Tout l'enjeu cette semaine sera donc de remettre la machine en route. Et une fois l'engrenage lancé, on connaît les dégâts que peut causer le rouleau compresseur de Majorque.
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