Gaël Monfils déconstruit le mythe du fainéant : "Oui, je me fais des kebabs ou je joue à FIFA jusqu’à 2h du matin…"

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26e mondial à la Race, 8e de finaliste à Melbourne, Gaël Monfils réalise une saison très sérieuse en 2025. À 38 ans, le Français est encore une bête physique redoutée de tous. Rencontré à Nîmes dans le cadre de l'UTS, il revient pour Eurosport sur ses prédispositions mais aussi sur le travail invisible qu'il a fourni pour en arriver là. Quitte à jouer avec son image.

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Video credit: Eurosport

Propos recueillis par Frédéric VERDIER
Puisque Gaël Monfils aime les Etats-Unis, autant utiliser une expression anglophone. Le Français est-il le plus gros "What If ?" de la génération dorée du tennis tricolore, incarnée par ses Mousquetaires qui ne voulaient pas être appelés ainsi ? Sur le circuit, dans les vestiaires, en salle de presse, tout le monde s'est posé la question, encore très récemment. 
Rencontré le week-end dernier à Nîmes, dans le cadre de l'UTS, "la Monf" a accepté de revenir en longueur sur sa carrière mais aussi sur son image, parfois troublée par certaines déclarations, attitudes ou "provocations", comme il l'avoue lui-même. À 38 ans, il refait le fil de son histoire et tord le cou aux idées préconçues.
Depuis le début d'année 2024, on vous voit profiter comme rarement sur le court. C'est rare aussi que vous lâchiez des matches ou des tournois. Est-ce que c'est parce que vous savez que ça peut s'arrêter demain ?
Gaël Monfils : Il y a de ça mais il y a aussi beaucoup de taff derrière…
C’est-à-dire ?
G.M : En 2022, je me suis pété le pied, je ne pouvais plus courir, donc je n'avais plus de confiance. Ma force, ça reste le déplacement quand même. Et donc, à partir du moment où tu ne peux pas le faire pendant 7 mois… Quand je reprends, je n'ai pas confiance en mes appuis, je me mets la pression. Et, en plus de ça, j'ai les gens qui me disent 'arrête, arrête, arrête’. Même si tu as une confiance en toi, tu peux vaciller un petit peu. À ce moment-là, il ne faut pas avoir peur de se dire : "j'ai besoin d'aide".
Vous en demandez à qui ?
G.M : Les premières personnes vers qui tu te tournes, c'est assez simple : famille, amis, ma femme. Qui de mieux que ta femme pour t'aider à essayer de surmonter ça ? À ce moment-là, tu passes forcément par une grosse phase de travail acharné. Tu ne reviens pas "par magie".
Mais ce n'est pas quelque chose que vous mettez souvent en avant, si ?
G.M : Non, je n'aime pas trop en parler de ça (rires). Parce que j'aime bien qu'on garde cette image, ce petit côté 'je ne m'entraîne pas, c'est au talent'. J'aime bien qu'on pense qu'il n'y a pas d'entraînement, que c'est la génétique, que je cours vite naturellement. Mais non ! 
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Dans ces moments-là, de doute ou de reconstruction, que faites-vous ?
G.M : Je peux vous le dire, ce n'est pas une phase facile. Beaucoup de sportifs de haut niveau vont comprendre ce que je vais dire : Se faire mal, au fond, ce n'est rien. Il faut aller plus loin, il faut aller chercher le diable en soi, pour que ça brûle de nouveau. Si tu veux redémarrer un vrai feu, ce n’est pas avec une petite allumette que tu vas réussir. C'est ce qu'on a fait avec toute l'équipe, et j'aimerais bien que vous mettiez tous les noms : Mikael Tillström, Blaz Kamin, Kevin Ferreira, et Yannick Limer. On est allé loin, pour, à mon petit niveau, revenir à un niveau correct.
Avant cette interview, nous avons passé une heure ensemble pendant votre routine physique. Ce sont des moments que vous avez aussi commencé à partager au grand public récemment avec vos vlogs…
G.M : J'ai commencé un petit peu avant. L'idée, c'était de montrer ma préparation, mes journées type, quel type d'entraînement je fais. Je suis en fin de carrière, autant ouvrir un peu plus, soyons dans le partage avec les fans. Je reste un gars normal. Oui, tu peux me voir sur la PlayStation à 17h, mais par contre, j'ai bossé avant et ça tu peux le voir. Avec le live, tu ne mens pas. J'essaie de vraiment montrer une partie de l'iceberg que les gens ne voient pas. Je l'avais déjà fait, plus jeune (en 2012, NDLR), mais ça n'avait pas pris, les gens n'avaient pas trop suivi. Mais maintenant, le monde a changé.
Mais c'est assez paradoxal : vous semblez aimer jouer du fait qu'on dise de vous que vous êtes un peu léger dans la préparation, presque "branleur"…
G.M : Pas presque. Notez "très" dans l'interview s'il vous plait (rires) !
Mais donc c'est du pipeau ?
G.M : Les nuits blanches à jouer à la Playstation, on m'a aussi parlé du poker parfois… Le mythe, c'est un peu ça. Oui, je me fais des McDo ou des kebabs ou je joue à FIFA jusqu’à 2h du matin avec mes potes. Oui, ça m'est arrivé. Mais une fois ! (Il répète et insiste) Mais même si je ne le fais qu'une fois, ça devient un mythe, une légende et les gens ont du mal à prendre leur distance avec ça, ils sont toujours dans l'abus. Oui, je kiffe me faire un McDo, mais comme n'importe qui.
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Donc il y a aussi eu des soirées moins sérieuses ?
G.M : Mais bien sûr ! Oui, ça m'est arrivé de kiffer dans ma vie. Mais ce n'est qu'une fois. Je me souviens d'une fois, à 23 ans : je suis jeune, j'ai envie de me faire un FIFA, je suis avec mes potes jusqu'à 2-3h du matin, on mange McDo. Le lendemain, il y a entraînement. Bah je n'y vais pas, j'assume. Tu peux te permettre de le faire quand tu sais que ton prochain tournoi est dans quinze jours, tu ne fais jamais ça la veille d'un tournoi. Tu sais quand tu peux le faire. Donc j'ai toujours kiffé ce mythe : je mange McDo. Personne ne court plus vite que moi sur le circuit mais, oui, je mange McDo.
Cette fausse légende, justement, elle ne vous pèse pas ? On arrive à l'heure des bilans de chacun et, vous concernant, on entend souvent que vous aviez le plus gros potentiel de tous mais que vous n'avez pas assez travaillé…
G.M : La vérité, elle est simple mais les gens ne veulent pas l'entendre : je n'ai pas été assez fort. Je vais parler pour mon cas, mais j'ai le sentiment que les gens me "maxent" dans tout. C’est-à-dire qu'au service, en coup droit, en revers, ils pensent que je suis à 99 et que le mec en face est à 70. Mais tu ne peux pas "maxer" quelqu'un. J'ai beaucoup bossé mon revers mais mon revers, au départ, il était pourri. Pareil pour la volée, je ne savais pas volleyer. Thierry Champion me disait souvent de monter à la volée mais je lui disais 'je ne sais pas volleyer !'. Donc on a bossé. Mais il faut trouver un juste milieu, tu ne peux pas bosser que tes faiblesses, il faut aussi améliorer tes points forts. Il y a plein d'ingrédients, plein de petites choses spécifiques mais les gens n'ont jamais vraiment voulu mettre le doigt dessus. J'ai l'impression que, pour ma part, les gens ont cru que parce que je courais vite, c'était bon. Oui, j'ai sans doute un talent mais on a bossé, on a bossé (il répète). J'avais plein de lacunes physiques, j'ai bossé ma vitesse, mon endurance, la force… Il y a tellement de paramètres. Ton talent peut masquer des défauts. Si tu n'es pas bon en revers, tu décales en coup droit et tu commences à gagner des matches. Là, personne ne dit rien. Et puis le jour où tu ne te décales plus, pour une douleur au genou ou autre, on te dit 'ah putain, mentalement, t'es moins bon !'. Le raccourci est hyper rapide. La vérité, c'est ça : je n'étais pas assez fort sur plein d'aspects. 
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Gaël Monfils à Miami

Crédit: Getty Images

Il y a autre chose dans ce mythe qui vous a agacé ?
G.M : Je crois que mon truc préféré dans ce mythe, ce sont les entraînements le matin. Je n'aimais pas m'entrainer le matin, c'est vrai. Tout de suite, on m'a qualifié de branleur etc… Mais, à chaque fois que j'allais en tournoi, je jouais en night session. Je joue mes matches à 19-20h, pourquoi j'irais m'entraîner à 8h ? Très jeune, je trouvais ça bizarre, je ne comprenais pas trop. J'ai vu rapidement que, sur les tournois, les premiers matches débutaient à 11h. Donc je me suis adapté, j'allais m'entraîner à ce moment-là, je ne gênais personne. Il y a des mecs qui font leur boulot de 8h à 14h. Moi, je faisais peut-être de 11h à 17h. Je faisais autant de travail, mais différemment. Mais, forcément, le fait de ne pas m'entraîner à 8h, on me catégorisait comme fainéant.
Pourquoi le garder à tout prix et en jouer parfois ?
G.M : Parce que c'est cool. C'est comme le mythe des nuggets avec Usain Bolt. Les gars, s'ils ne mangeaient que des nuggets… Donc forcément, il y a une part de provocation. Tout le monde le sait mais tout le monde ne le comprend pas. Si tu ne travailles pas, tu ne peux pas gagner.
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