ATP Monte Carlo - Ricardo Piatti raconte son Sinner : "Quand je l'ai vu, je l'ai immédiatement comparé à Novak"

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Entraîneur italien de renom, Riccardo Piatti a eu Jannik Sinner sous ses ordres de ses 13 à ses 20 ans, avec cinq titres et deux quarts de finale de Grand Chelem à la clé. Dans le cadre d'un entretien accordé à Eurosport, le coach de 67 ans raconte "son" numéro 2 mondial, celui qui lui a très vite rappelé un certain Novak Djokovic.

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Riccardo Piatti, vous avez vu des milliers d'enfants défiler à votre Académie. Qu'est-ce qui vous a frappé chez Jannik lorsque vous l'avez vu pour la première fois ?
Ricardo Piatti : Je l'avais déjà vu à la Coppa Lambertenghi, un tournoi de tennis juniors à Milan, mais je ne savais pas qui il était. Il avait perdu son match. Ensuite, ils ont amené ce gamin à Bordighera (lieu de son Académie, ndlr). Il avait encore perdu un match, 6-1, 6-1. Il était roux, alors difficile de ne pas le reconnaître. Il frappait déjà bien la balle, il avait déjà une certaine technique, il devait juste peaufiner certains aspects. Ce qui m'a le plus frappé, c'était sa façon de se déplacer.
Quelles étaient ses faiblesses à ce moment-là ?
R.P : Il était petit, il fallait donc lui laisser le temps de grandir. Ensuite, il a dû comprendre le tennis, car il jouait très peu. Notre principe était avant tout de progresser, c'est-à-dire de travailler dur sur sa technique et de veiller à ce que ses coups de base soient très réguliers. Lors de son premier Roland-Garros, il a perdu contre Nadal en quarts de finale. Statistiquement, son coup droit et son revers étaient plus puissants que les sept autres du tableau des quarts. Un de mes objectifs était de développer ces deux coups de base, qu'il ne puisse même pas les rater.
Qui vous a-t-il rappelé à ses débuts ?
R.P : Quand je l'ai vu, je l'ai immédiatement comparé à Nole (Novak Djokovic, ndlr). J'avais déjà travaillé avec Nole pendant un an, quand il avait 17 ans, et j'avais toutes les vidéos ; Jannik lui était très similaire. L'idée que j'ai toujours eue dans mon travail est la suivante : quand je repère des joueurs, je veux voir comment ces joueurs, surtout les bons, peuvent battre le numéro 1 ou le numéro 2 mondial. À cette époque, Rafa, Roger et Nole dominaient le tennis. Jannik est un joueur qui ressemble davantage à Nole qu'à Rafa ou Roger. J'ai donc cherché à comprendre le jeu de Novak, comment il avait structuré et développé son tennis, et j'ai concentré tout mon travail sur cet aspect.
Vous avez évoqué sa technique. Quand on parle de Sinner, on parle aussi de force mentale. Comment l'avez-vous trouvé à son arrivée ? Comment décririez-vous Jannik l'adolescent ?
R.P : J'insiste toujours sur le fait que lui, et ce genre de joueurs, ont deux choses fondamentales. Premièrement, le tennis est leur priorité. J'ai vu que ce type ne pensait qu'au tennis. J'avais déjà compris ça de Novak et de Maria Sharapova. Il a eu de la chance d'être à Bordighera lorsque j'entraînais Maria, il pouvait voir, avoir beaucoup d'informations. Je l'ai fait jouer avec Milos Raonic, qui était troisième mondial. Toutes ces situations lui ont été utiles ensuite.
Au début, il ne gagnait pas car il était petit
Et quelle est cette deuxième chose fondamentale ?
R.P : La gagne. Il veut gagner. Il voulait gagner. Le problème, c'est qu'au début, il ne gagnait pas car il était petit. Alors, on a fait un choix, de le faire s'entraîner avec des plus vieux dans un groupe à Bordighera, même si je n'avais pas encore le centre que j'ai aujourd'hui. Quand les plus vieux allaient en tournois l'été, je ne pouvais pas mettre un coach derrière Jannik, donc il devait aussi aller à ces tournois. Il y est allé avec Andrea Volpini, a perdu 6-1, 6-0. Mais Andrea l'a toujours fait jouer contre les plus forts. À un moment, il m'a appelé et m'a dit qu'il ne voulait plus jouer en juniors. Je lui ai dit 'c'est bien, je suis très heureux, mais sache que ce ne seront pas des années faciles, tu vas perdre plus souvent'. Sa priorité à ce moment était de comprendre comment évoluer techniquement.
Comment expliquez-vous qu'Alcaraz soit arrivé au top avant lui ?
R.P : Lorsque je travaillais avec Jannik, nous consultions un médecin, ainsi que Dalibor Sirola, pour la préparation physique. Car c'était le plus important. Jannik était un athlète en pleine croissance. Sa structure physique n'était pas encore achevée. Dalibor et Claudio Zimaglia avaient donc pris la décision – que j'ai approuvée à juste titre – de ne pas le surcharger physiquement, car cela aurait pu entraîner des problèmes physiques. Carlos, d'après ce que je sais, semble naturellement beaucoup plus enclin à se surpasser, et c'est un joueur qui a atteint sa pleine maturité physique plus tôt.
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Il y a un épisode que beaucoup oublient lorsqu’ils parlent de votre collaboration, c'est savoir cette bulle sanitaire créée en 2021 à Adélaïde avant l'Open d'Australie, où Jannik a joué et s’est entraîné intensivement avec Nadal et Carlos Moya.
R.P : On devait s'entraîner pendant 14 jours. Le premier jour d'entraînement, au bout d'une demi-heure, Rafa a eu la diarrhée, et donc on s'est dit, bon, l'entraînement est terminé. Eh bien non. Rafa allait aux toilettes à chaque fois, puis revenait, retournait aux toilettes et revenait, et c'est comme ça qu'il a passé les trois heures d'entraînement. On a aussi beaucoup appris sur Rafa là-bas, que même si ces situations arrivent, la priorité, c'est de s'entraîner. Sur les derniers jours, ils ont joué beaucoup de matches, et Jannik a commencé à s'améliorer et à gagner des sets contre Rafa. Le kiné de Rafa a regardé Jannik et m'a dit : 'Ce gamin sera dans le top 10 d'ici la fin de l'année'. Je lui ai répondu : 'S'il termine dans le top 10, je vous offre à tous un dîner à Melbourne l'année prochaine'. Jannik est devenu numéro 9 mondial, et cette année-là à Melbourne, j'ai eu le plaisir d'offrir le dîner à tout le monde - Rafa, Carlos, Jannik, tout le monde - car nous avions franchi cette étape formidable.
Cette même année, en novembre, il a également joué ses premières ATP Finals. Cette bulle d'Adélaïde a-t-elle était un tournant ?
R.P : C'était très facile avec lui car chaque tournoi était un tournant. Il était comme une éponge ; enfant, il n'y avait pas une minute de perdue. Imaginez qu'à la fin de la saison, je crois qu'on avait fait le calcul, il avait joué dans 15 endroits différents. J'ai dû lui expliquer : 'tu sais, si tu vas à Indian Wells pour la première fois, ne t'attends pas à atteindre la finale, c'est un peu difficile, puis tu dois aller à Miami, c'est tout aussi difficile'. Il fallait prendre cette année-là comme un modèle.
"Si je suis le joueur que je suis maintenant, c'est grâce à Riccardo", a dit Sinner. C'est le meilleur compliment possible ?
R.P : Il a eu la chance d'être entouré de nombreuses personnes qui l'ont aidé à progresser. J'étais la personne en qui il avait une confiance absolue à cette époque, car j'avais une certaine expérience et je pouvais éveiller sa curiosité. Il était convaincu que je pouvais avoir une influence bénéfique. Votre question et sa belle réponse le confirment. Il a pris ce que je pouvais lui donner. D'autres personnes ont également contribué à faire de lui le joueur qu'il est aujourd'hui.
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