Rolex Paris Masters 2025 - L'anomalie Valentin Vacherot

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Un fabuleux "one shot" ? Un tournoi hors du temps ? Un exploit sans lendemain ? La victoire improbable de Valentin Vacherot à Shanghai a sidéré tout le monde. C'était, pensait-on, une forme d'anomalie de voir le 204e joueur mondial consacré dans un tel rendez-vous. Mais le Monégasque, quart de finaliste à Paris, confirme. En réalité, l'anormalité était ailleurs, dans son éclosion tardive.

Valentin Vacherot

Crédit: Getty Images

"Je pense que s'il a réussi à gagner un Masters 1000, c’est de notre faute, à nous les joueurs. Nous avons échoué, nous n’avons pas su nous préparer suffisamment pour ce tournoi." Alexander Bublik donnait davantage dans l'autocritique collective que dans le décernement d'un mérite particulier à Valentin Vacherot après le sacre pour le moins surprenant du Monégasque à Shanghai. Le 204e mondial qui remporte un tournoi de cette envergure, ce n'est pas normal. Vacherot, ou l'anomalie de l'automne. Voilà ce que beaucoup ont pensé et, pour être clair, il n'y avait rien de choquant ni d'illégitime à raisonner de la sorte. Bublik n'était probablement pas seul sur ce coup, ni sur le circuit ni au sein du grand public.
D'autant qu'on ne parle pas là d'un minot de 18 ans, d'un gamin surdoué mais encore méconnu qui serait venu s'annoncer au grand monde, imposant son talent comme une forme d'évidence. Valentin Vacherot aura 27 ans dans quinze jours. Un peu tard, tout de même, pour une éclosion aussi soudaine. Autre pensée "logique" : si, à 26 piges, on navigue encore dans les limbes du circuit secondaire sans jamais avoir signé de coup d'éclat, ce n'est pas pour rien. La thèse du moment de grâce, inexplicable, entre hasard, coïncidence et chance, pouvait tenir la route pour justifier le sacre chinois du brun de Roquebrune.
Je savais que je jouais mieux que ça
Sauf que. À le regarder jouer, à voir ses armes, tellement compatibles avec le très haut niveau, son physique (à Shanghai, tout le monde a fini rôti, cuit à l'étouffée par la chaleur et l'humidité à la limite du supportable quand lui a systématiquement fini plus fort que ses adversaires), peut-être faut-il inverser le postulat de départ : et si l'anomalie, ce n'était pas que Valentin Vacherot ait gagné un Masters 1000 en étant aussi mal classé, mais qu'il fut justement aussi loin dans la hiérarchie. Quand on a son tennis, on n'a rien à faire à la 200e place mondiale. Alors qu'il frappe à la porte du Top 30, on se dit que c'est ici, et maintenant, que le bonhomme est à sa juste place.
Après sa victoire contre Cameron Norrie jeudi, nous lui avons soumis l'idée. Oui, il y a bien eu une anomalie Vacherot, mais pas celle à laquelle tout le monde a pensé. Pour faire une réponse de Normand, plus que de Monégasque, il oscille entre les deux. "À vrai dire, convient-il avec nous, l'anomalie était peut-être un peu plus que je sois 204e, je savais que je jouais mieux que ça." Pour autant, personne, même les âmes les plus rêveuses, ne pouvait évidemment envisager qu'il décroche une timbale aussi grosse qu'un Masters 1000.
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Rinderknech dans les bras de Vacherot en pleurs : fin de demi-finale irréelle à Shanghai

Video credit: Eurosport

"De là à me dire que j'allais faire ça (remporter un tournoi aussi important que Shanghai, NDLR), non, je n'y pensais pas, poursuit-il. Mais je savais que mon niveau était aux alentours du Top 100, que j'avais le niveau pour entrer dans le Top 100, puis dans le futur, essayer de rentrer dans les 50." 200e, il ne se sentait pas à sa place. Il n'envisageait pas forcément que la sienne serait, en tout cas aussi vite, de battre Djokovic, d'enquiller les victoires contre les membres du Top 10, 20 ou 30, comme une nouvelle routine. Mais il se sentait plus proche du second cas de figure que du premier.

Le ressenti et les résultats, deux choses différentes

Son émergence tardive aura sans doute été en partie le fruit de son parcours atypique, avec ses quatre années passées à l'université aux Etats-Unis. Vacherot le rappelle, l'an dernier, il se sentait déjà proche d'une percée significative. Il ne parle pas là d'aller claquer un 1000, mais d'une progression plus linéaire. 280e début 2024, il s'était hissé au 110e rang au moins de juin, tout près de la barre du Top 100. Une avancée prometteuse, avec au passage deux titres sur le circuit ITF. Une sale blessure à l'épaule l'a ensuite freiné avant de le pousser à mettre un terme à sa saison dès l'US Open. Il a perdu des mois. "J'avais déjà très bien joué l'année dernière. Avec tous les points à défendre, j'étais un peu redescendu cette année", évoque-t-il.
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Video credit: Eurosport

Même si cela ne semble pas très intuitif, la corrélation entre niveau de jeu et résultats connaît parfois un décalage. Des signes avant-coureurs, Valentin Vacherot en a connu tout au long de l'année 2025. Il avait la conviction de progresser dans le jeu, d'avancer dans son tennis. Mais ça ne suivait pas en matière de performances. "Ce qui était fou et ce qu'on se disait avec toute mon équipe, c’était que je jouais bien mieux cette année que l'année dernière, alors que j'avais tellement mal à passer les quarts de Challenger, constate-il aujourd'hui avec un peu de recul. J'avais fait énormément de quarts de finale, mais peu de demies et de finales." Une anomalie, une vraie.
Tout ceci est souvent générateur d'incompréhension et de frustration pour le joueur, qui n'a d'autre choix que de prendre son mal en patience en espérant que le boulot finisse par payer. Que le ressenti se matérialise. "On continuait à y croire", dit-il. Puis, à Shanghai, tout a fini par se mettre en place. "Comme si tout le travail que l'on avait accompli pendant des mois prenait son sens à ce moment-là", expliquait-il sur Eurosport juste après son sacre. Pourquoi là ? Pourquoi à ce moment ? "C'est devenu une évidence", sourit-il. Entre évidence et mystère.
"Deviens ce que tu es", selon le précepte de Nietzsche. Valentin Vacherot avait tout ça en lui. Il était ce joueur que l'on a vu à Shanghai, que l'on revoit à La Défense, et qu'il espère voir et revoir encore et encore dans les mois et les années à venir. À présent, il est devenu ce qu'il était. C'est la fin de l'anomalie. L'avènement de sa vérité.

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