Frédéric Fontang, le coach qui a guidé Félix Auger-Aliassime dans la tempête : "Il aurait pu tout jeter, mais il ne l'a pas fait"
Par Rémi Bourrieres
Mis à jour 04/11/2025 à 10:18 GMT+1
Entraîneur de longue date de Félix Auger-Aliassime, Frédéric Fontang a pris le temps, au terme de la finale du Rolex Paris Masters perdue par son poulain dimanche face à Jannik Sinner, de revenir sur la période faste que le joueur canadien traverse actuellement. Mais aussi sur la sévère tempête que les deux hommes ont essuyée ensemble ces dernières saisons, sans jamais perdre le cap.
Shelton pour un millimètre et Norrie plus roublard qu'Alcaraz : Top 5 points de Paris
Video credit: Eurosport
Il avait poliment décliné nos demandes d'interviews effectuées pendant le Rolex Paris Masters, et même un peu plus tôt dans la saison - il s'en explique d'ailleurs ici. Mais il avait promis de parler à l'issue de la première édition du tournoi parisien disputée dans la Paris La Défense Arena, et il a tenu parole. Une petite heure après la défaite de Félix Auger-Aliassime en finale face à Jannik Sinner (6/4, 7/6), dimanche, Frédéric Fontang avait le sourire, malgré tout, pour débriefer la belle semaine parisienne de son poulain, et plus globalement son superbe dernier trimestre, marqué aussi par un titre à Bruxelles et une demi-finale à l'US Open.
Classé 29e mondial en début d'année, le Canadien de 25 ans finira 2025 dans le top 10. Et peut-être même au Masters, pour peu que Lorenzo Musetti ne le coiffe pas au poteau en s'imposant cette semaine à Athènes. C'est, quoi qu'il arrive, un superbe "revival" avec un air de déjà-vu pour un joueur qui était monté jusqu'à la 6e place mondiale en 2022 à la faveur là aussi d'une fin de saison en boulet de canon. Avant de tomber dans un engrenage difficile qui l'a fait replonger au classement, pendant que Jannik Sinner et Carlos Alcaraz s'installaient au sommet.
Mille fois, Felix Auger-Aliassime aurait pu tout envoyer valser. Contre vents et marées, il a choisi de garder le cap aux côtés de celui qui le guide depuis 2017. Une belle re(con)naissance aussi, forcément, pour l'entraîneur palois de 55 ans, lui-même classé 59e mondial en 1991, et désormais apte à s'ouvrir sur ces moments délicats.
/origin-imgresizer.eurosport.com/2025/11/02/image-9f8941de-50f3-4392-9626-54d18e5e7a58-85-2560-1440.jpeg)
Auger-Alliassime : "Jannik, on est devenus meilleurs depuis qu'on jouait à FIFA à 16-17 ans !"
Video credit: Eurosport
Malgré sa défaite en finale du Rolex Paris Masters, Félix est l'un des grands animateurs de cette fin de saison. Comment expliquez-vous ce soudain retour en forme, après des mois de doute ?
Frédéric Fontang : Déjà, la période l'avantage, forcément. Félix est un joueur qui s'exprime naturellement mieux sur dur et en indoor, avec sa qualité de service, son coup droit et son jeu offensif. Il est capable aussi de bien jouer sur terre battue mais, cette année, il n'a pas eu beaucoup de réussite. A Roland-Garros et à Monte Carlo notamment, il a joué tard, dans des conditions froides et lourdes qui ne l'avantageaient pas. Ces défaites l'ont un peu cassé dans son élan, après un bon début de saison.
Derrière, il a eu du mal à repartir. Mais son niveau de jeu était là, son physique aussi puisqu'il est resté en bonne santé tout au long de l'année. On savait qu'il fallait rester patient. Il l'a été Finalement, les choses se sont remises en place à partir de Cincinnati, sans que l'on fasse de changement majeur dans son jeu.
Félix avait fait une première grosse percée en 2022 en atteignant son meilleur classement (6e). Tout le monde le voyait alors aller encore plus haut, plus vite. Avec le recul, quelles sont les raisons de cette traversée du désert ?
F. F. : Après cette saison 2022, il a été confronté à une grosse blessure (une tendinite au genou qui a perturbé sa saison 2023, NDLR), mais cela n'explique pas tout. Cette blessure l'a déstabilisé d'une manière générale, dans son approche de l'entraînement notamment. Il a perdu un peu la flamme, et la confiance qui va avec.
Tout cela a au moins eu le mérite de nous faire poser pas mal de questions. L'avantage est que nous sommes restés soudés dans les moments difficiles. Félix aurait pu tout jeter, mais il ne l'a pas fait. J'ai l'impression qu'aujourd'hui, c'est moins la mode. Les joueurs font davantage attention à la stabilité dans leur structure. Avec toute la connaissance que l'on a à disposition, ils savent mieux comment éviter les grosses erreurs. Donc la tendance est davantage de réfléchir et d'essayer de progresser en équipe. C'est quand même mieux que d'être dans une relation kleenex. Et je pense que pour l'avenir, cela nous rendra plus forts.
A Wimbledon, Felix expliquait avoir eu avec vous une discussion franche qui l'avait soulagé. Ce fut un moment crucial…
F. F. : Sans doute, oui. En tant que coach, quand on commence à travailler avec un très jeune joueur, la mission de départ est toujours la même : le guider vers l'indépendance. Au début, le joueur fait confiance à son entraîneur et puis, un jour, il devient le patron de son projet. La relation, à un moment donné, commence à changer. C'est comme avec ses enfants, finalement.
Mais nous ne sommes pas figés. Si Félix n'a plus envie de travailler avec moi ou avec certaines personnes de son équipe, il le peut. L'important, c'est qu'il trouve son équilibre à lui car c'est comme ça qu'il deviendra le meilleur joueur de tennis possible, ce qui est le but au final. Et si cela doit passer par du changement, eh bien les choses doivent changer. L'avantage dans ce métier, c'est qu'il n'y a aucune illusion possible, seule compte la vérité brute du terrain. Mais parfois, il faut aussi être patient. Cette saison, Félix a eu la lucidité de voir, même si les résultats tardaient à revenir, qu'il était dans la bonne direction.
Vous êtes-vous, vous-même, posé la question de partir quand les résultats étaient moins là, comme Gilles Cervara l'a fait récemment avec Gilles Medvedev ?
F. F. : Oui, bien sûr. De toute façon, cette question-là est permanente. Elle fait partie du métier. On sait très bien que d'une semaine à l'autre, tout peut s'arrêter. C'est important de laisser les entraîneurs de travailler un certain temps. Mais quand quelque chose ne fonctionne pas, automatiquement, les journalistes ou les gens de l'extérieur vont dire qu'il faut changer quelque chose. C'est humain.
Moi, j'aime bien être vrai dans ce que je fais et dans ce que je dis. C'est aussi pour cela que je n'aime pas trop échanger avec les journalistes pendant les tournois. Là, on peut le faire parce que c'est la fin. Mais quand on est au cœur du truc, s'il y a des choses intéressantes à dire, je ne peux en général pas les dire. Le joueur ne va pas vouloir que je parle en profondeur des petites choses sur lesquelles on travaille, ou des questions que l'on se pose. Je pourrais venir dire des choses bateau mais cela n'a aucun intérêt pour moi. En tant que coach, je n'ai rien à vendre. Tout ce que je fais, je le fais pour le joueur, et par amour du métier.
/origin-imgresizer.eurosport.com/2025/11/03/image-1212ceef-bccd-48e0-8264-de57969484b5.jpeg)
Félix Auger-Aliassime à l'entraînement aux côtés de Frédéric Fontang à Roland-Garros en 2024.
Crédit: Getty Images
Entre Félix et vous, en tout cas, la relation va bien au-delà de la relation coach-joueur…
F. F. : C'est cela qui est intéressant dans le coaching. Il faut arriver à dire blanc ou noir à son joueur quelle que soit la relation affective. A la base, nous avons une relation professionnelle mais qui évolue avec le temps et qui implique d'avoir une bonne relation avec le joueur, car on se voit toute l'année. Il y a donc, à un moment donné, ce côté affectif qui s'installe, avec lequel il faut composer.
Dans mes précédentes expériences de coach, notamment avec Jérémy Chardy que j'ai eu tout petit, mais aussi avec Caroline Garcia ou Vasek Pospisil, j'ai toujours su rester longtemps dans les projets. Je progresse d'année en année par rapport à ce juste équilibre. C'est quelque chose que j'arrive à bien faire, je pense. Il est vrai qu'avec Félix, qui est une bonne personne, très bien éduquée et très bien entourée, c'est facile.
/origin-imgresizer.eurosport.com/2025/11/02/image-28ca4164-1e05-4e6a-b2e4-71d113c02a62-85-2560-1440.jpeg)
Solide et en maîtrise, Sinner domine Auger-Alliassime : le résumé de la finale
Video credit: Eurosport
Pour revenir à sa carrière, qu'est-ce qui vous permet de penser que cette fois, sa montée en puissance va s'installer sur la durée ?
F. F. : Rien ! On sait les choses sur lesquelles on travaille, mais on ne sait pas si ces choses-là vont marcher, ni comment elles vont marcher. C'est, là aussi, ce qui fait la beauté du tennis. Il y a toujours cette forme d'instabilité entre ce sur quoi on agit, et ce que l'on ne contrôle pas. On ne peut pas connaître l'avenir.
Bien sûr, il y a beaucoup d'éléments favorables en ce moment. Felix est plus mature aujourd'hui qu'en 2022. Maintenant, il faut continuer à appuyer sur les bons boutons. Après, il y a d'autres éléments qu'on ne peut pas toujours contrôler. Un retour au Masters, par exemple, serait une belle récompense après ce qu'on a traversé, mais on ne le contrôle pas. Cela dépendra de ce qui va se passer cette semaine. Mais quoi qu'il arrive, on ira à Turin, au pire en tant que remplaçant.
Un mot sur Jannik Sinner pour finir. Pourquoi est-il si fort, selon vous ?
F. F. : Il a réussi à trouver une stabilité de jeu, dans les trois compartiments principaux (service, coup droit, revers), qu'il n'avait pas avant. C'est vraiment un métronome. Il répète plus ou moins toujours les mêmes schémas, les mêmes zones croisées et décroisées, et il diffère un peu en ce sens de Carlos Alcaraz, qui est plus dans l'incertitude et les changements de rythme. Mais il le fait avec une vitesse supérieure par rapport aux autres, de façon constante et avec une grande économie d'énergie.
La clé, pour lui, a été d'améliorer son physique. Il a toujours eu cette qualité de balle, ce timing qui lui permet de faire avancer la balle sans effort. Un peu comme Djokovic, mais avec plus de vitesse. Il a toujours été très fort mentalement aussi, avec cette grande stabilité émotionnelle. Mais au début de sa carrière, il était souvent blessé et il avait du mal à finir les gros matches. Il a su considérablement s'améliorer là-dessus. Lui et Carlos restent au-dessus, avec une marge par rapport aux autres pour l'instant. Mais Félix fait partie des joueurs qui peuvent venir le concurrencer. On travaille très fort pour cela.
Sur le même sujet
Publicité
Publicité