Masters 1000 Rome : Alejandro Tabilo, le bond de géant

Une éclosion tardive, des blessures à répétition, un parcours pas comme les autres… Alejandro Tabilo a mis du temps à s'affirmer au plus haut niveau. Mais à bientôt 27 ans, le Chilien né au Canada est peut-être sur le point d'exploser. Après un excellent début de saison, le voilà en quarts de finale à Rome grâce à ses victoires contre Novak Djokovic et Karen Khachanov. Attention à lui.

Double faute pour finir : Djokovic, une balle de match symbolique

Video credit: Eurosport

Il est des performances qui vous changent un statut. Une vie, même, parfois. Mais tous les joueurs vous le diront, le match d'après est toujours le plus dur. Celui des attentes, de la confirmation. Alejandro Tabilo ne pouvait signer victoire plus marquante que celle obtenue dimanche à Rome contre Novak Djokovic. Ce n'était peut-être pas un immense Djoko, mais allez lui dire ça, à lui. Il a battu le numéro un mondial, le joueur le plus titré de l'histoire du tennis et peu importe le visage du jour de ce dernier, c'est la victoire d'une vie.
Mais si elle a moins fait parler, celle contre Karen Khachanov, mardi, est peut-être plus significative encore des progrès du Chilien. Un match au couteau, deux sets et autant de jeux décisifs (7-6, 7-6) pour accéder aux quarts de finale, une grande première pour lui dans un Masters 1000. "C'était fou, cette victoire contre Novak a fait les gros titres au Chili, mais j'ai préféré éteindre mon téléphone pour me concentrer sur moi, sur le truc que je suis en train de faire", a-t-il expliqué.

De Toronto à Santiago en passant par la Floride

"Cette année, j'ai grimpé au classement, souligne-t-il. J'ai affronté plusieurs top joueurs, des top 10, des top 20. J’ai eu un peu de mal à les battre jusqu'ici, donc le simple fait de pouvoir battre Novak, alors qu’il est n°1 mondial, c’est surréaliste." Surréaliste, peut-être, mais finalement dans la continuité de ce qu'il accomplit depuis le début de cette saison charnière pour lui. Vainqueur de son premier titre à Auckland en début d'année, finaliste chez lui, à Santiago, puis lauréat chez Arnaud Clément du Challenger d'Aix-en-Provence, Tabilo gravit les échelons et franchit cap après cap cette saison. Mais Rome pourrait bien marquer un avant et un après pour lui. Devant lui, un quart de finale "jouable" contre un autre invité surprise, le Chinois Zhizhen Zhang.
Assuré d'intégrer pour la première fois le Top 30 avec à la clé un statut de tête de série à Roland-Garros, il a une bonne tête d'empêcheur de tourner en rond à Paris, où il ne fera pas bon traîner dans sa partie du tableau, même s'il lui faudra assumer des ambitions qui lui ont toujours été étrangères jusqu'ici, alors qu'il s'apprête à souffler ses 27 printemps, si tout va bien du côté de la porte d'Auteuil (son anniversaire est le 2 juin).
27 ans, cela peut sembler tard pour percer, mais le parcours d'Alejandro Tabilo a quelque chose d'atypique. Né à Toronto, il aurait pu prendre la nationalité canadienne, ses parents ayant émigré dans le grand Nord avant sa naissance. Mais il s'est toujours senti profondément chilien et, à 18 ans, il a décidé de s'installer à Santiago après un passage par la Floride. Au pays, il a, selon ses dires "tout recommencé à zéro, avec une nouvelle équipe autour de moi." A 21 ans, il n'avait même plus le moindre point ATP au compteur. Il devra attendre sa 25e année pour découvrir le Top 100, brièvement, avant de s'y installer à nouveau cette année, sans doute beaucoup plus durablement.
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Alejandro Tabilo incrédule.

Crédit: Getty Images

Une année pour tout changer

"Ça a été une aventure assez folle, sourit-t-il. Après être rentré dans le Top 100 il y a deux ans, je me suis blessé. Après ça, mon parcours a été assez difficile. J'ai eu pas mal de blessures qui m'ont obligé à arrêter de jouer pendant quelques mois, puis de temps en temps je devais arrêter pendant quelques semaines des trucs comme ça. J'ai eu du mal à trouver de la régularité et de la cohérence dans mes performances."
Il y a un an, à la même époque, Tabilo naviguait entre la 150e et la 200e place au classement ATP. Roland-Garros, les Masters 1000, tout cela lui semblait loin. Sans parler de battre Novak Djokovic. Dans quelques jours, il arrivera à Paris pour sa toute première participation au Grand Chelem parisien. Avec, en prime, un vrai coup à jouer. "Le plus gros changement, ce n'est pas mon jeu, assure-t-il. J'ai surtout beaucoup travaillé mentalement et physiquement."
Ce parcours atypique l'aide à prendre du recul et à ne pas s'enflammer devant ses accomplissements du moment. Ce très bon joueur d'échecs (sur terre battue, une qualité qui ne peut pas faire de mal) qui a longtemps souffert d'un grand manque de confiance en lui offre en tout cas au tennis chilien un deuxième joueur d'envergure aux côtés de Nicolas Jarry. De là à rêver à un destin à la Fernando Gonzalez ou à la Marcelo Rios ? Ses deux ainés lui ont envoyé des messages après sa victoire contre Djokovic. "Leur soutien est important", glisse Tabilo. De Rome à Paris, il tient peut-être une occasion en or de s'ancrer comme la nouvelle gloire du tennis chilien. Mais ne le dites pas trop fort, il serait capable de s'en étonner.
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