Masters 1000 Shanghai - Jannik Sinner, monsieur 90%
Par Laurent Vergne
Mis à jour 12/10/2024 à 18:06 GMT+2
Jannik Sinner n'est pas numéro un mondial pour rien. Non seulement il remporte des grands titres, mais l'Italien ne connaît quasiment aucun coup de mou depuis plus d'un an. Il oscille entre le très bon et l'excellence absolue. Résultat, il vient de remporter 90 de ses 100 derniers matches. Un pourcentage de victoires remarquable. Pas encore historique, mais il entre dans une zone intéressante.
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Samedi, contre un Tomas Machac pourtant percutant (6-4, 7-5), Jannik Sinner a fait ce qu'il sait faire de mieux ces temps-ci. Gagner. La victoire est devenue à ce point une norme chez lui que, dès ce 12 octobre, le voilà d'ores et déjà assuré de finir l'année 2024 à la première place mondiale. La défaite est rarissime chez lui. Non seulement cette saison, où il affiche désormais un bilan de 64 victoires pour 6 défaites en 70 rencontres. Mais on peut même remonter au cœur de l'été 2023 pour épingler le début d'une série assez folle.
Car l'Italien avait déjà bouclé en trombe la précédente campagne. Tout avait commencé avec son titre en Masters 1000 à Toronto. Ensuite, en dépit d'un US Open un peu décevant (élimination en huitièmes de finale contre Alexander Zverev), il y avait eu un titre à Pékin, un autre à Vienne, une finale au Masters et un one man show lors de la phase finale de la Coupe Davis. Au total, il avait donc achevé 2024 en remportant 26 de ses 30 derniers matches.
Faites les comptes : entre le 26-4 de la fin 2023 et le 64-6 de 2024 jusqu'à présent, Jannik Sinner affiche donc un bilan extravagant sur ses 100 derniers matches joués sur le circuit : 90 victoires, 10 défaites. 90% de succès sur un échantillon aussi important, c'est absolument colossal. Pas loin, même, d'un bilan historique. Il est en tout cas à rapprocher des périodes les plus fastes de quelques-uns des plus illustres champions qui ont peuplé l'ère Open.
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La meilleure saison de Novak Djokovic, dans ce domaine, reste sa saison 2015, avec 82 victoires pour 6 défaites. Soit 93,2% de victoires. Si l'on s'écarte un peu de 2015, en amont comme en aval, ses statistiques sont plus impressionnantes puisqu'il avait fini 2014 sur un 18-1 avant de commencer 2016 sur 28 victoires en 29 matches. Au total, de l'automne 2014 à Roland-Garros 2016, le "Djoker" avait donc gagné 127 matches sur 135, pour un ratio à peine croyable de 94,1% de victoires. Jannik Sinner n'en est pas encore là.
Federer, Djoko, McEnroe, ces monstres…
Roger Federer a lui aussi connu une euphorie statistique supérieure, par son ampleur et sa durée, à celle de Sinner. On peut la faire débuter à la fin de l'année 2003, par son premier titre au Masters, et l'étirer jusqu'au début de l'année 2007, lorsqu'il avait débuté sa saison par 18 succès de rang avant de s'incliner. Ce qui donne l'extravagance suivante :
Fin 2003 : 5-0
2004 : 74-6
2005 : 81-4
2006 : 92-5
Début 2007 : 17-0
2004 : 74-6
2005 : 81-4
2006 : 92-5
Début 2007 : 17-0
En quasiment 40 mois (!), le Suisse n'a donc été battu que 15 fois, sur un total de… 284 matches. 94,7% de victoires. Non pas sur une saison, ni deux, mais plus de trois années. La période où, selon les propres termes de Federer, qu'il utilisera début 2008, il avait "créé un monstre".
Si l'on s'en tient non pas au volume mais au pourcentage de victoires, impossible toutefois de faire mieux que le John McEnroe de la plus grande époque. L'Américain a signé ce qui est sans doute la plus exceptionnelle saison de l'histoire, en 1984 (82 matches gagnés et seulement 3 perdus). Le génial gaucher américain avait aussi bouclé 1983 au presque-parfait (19-1) et entamé 1985 de manière encore plus spectaculaire (29-1). Soit cinq minuscules défaites sur 135 matches : 96,3% de victoires. Jamais personne n'a semblé s'approcher davantage sur un court de tennis de la définition de l'invincibilité.
Si Jannik Sinner n'a pas encore tout à fait tutoyé ces hauteurs, le plus grand défi pour lui sera non seulement d'augmenter encore son pourcentage de victoires mais surtout de le faire sur une durée plus importante encore. Il a pour lui son extraordinaire niveau plancher, en-dessous duquel il ne semble plus redescendre, peu importe ses dispositions du jour. Et comme il ne perd plus jamais face aux joueurs situés en-deçà de la 20e place (la dernière fois, c'était à Cincinnati en août 2023, juste avant le début de cette fenêtre de 100 matches évoquée plus haut), ses statistiques sont par définition très élevées.
Sans être inédite, la saison 2024 du Trentinois se place dans une catégorie à part. Avec, déjà, deux titres du Grand Chelem, deux Masters 1000 (peut-être trois dimanche) et six tournois gagnés au total. Un parcours de patron pour monsieur 90%.
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