Shanghai en est la preuve : comment le format sur 12 jours a appauvri les Masters 1000

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Censée renforcer le prestige des Masters 1000 (et les bénéfices de ses organisateurs), la généralisation cette année du format sur 12 jours a provoqué l'effet inverse. On le constate encore à Shanghai, où seulement deux joueurs du top 10 (Novak Djokovic et Alex de Minaur) ont atteint les quarts de finale. Une "désertion" des meilleurs qui s'est répétée en 2025.

"Même sur parquet, pas sûr que Zverev gagne face à Alcaraz et Sinner"

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Parce qu'il n'était sûrement pas la bonne personne pour le dire, et qu'il l'a fait sans doute ni au bon moment ni de la bonne façon, Alexander Zverev s'est fait tomber dessus à bras raccourcis, il y a quelques jours, lorsqu'il a dénoncé l'uniformisation et le ralentissement des surfaces constatés ces dernières années, un tournant pris selon lui par les organisateurs pour favoriser la victoire finale d'un Carlos Alcaraz ou d'un Jannik Sinner.
Les propos étaient un peu maladroits, mais il y a une part de vrai dans la réflexion de l'Allemand : dans le sport en général et dans le tennis en particulier, depuis pas mal d'années maintenant, tout est fait pour s'assurer de la présence des meilleurs le plus longtemps possible (et, tant qu'à faire, jusqu'au bout), source pour les sponsors et les télévisions d'un succès garanti. Les surprises, jusqu'à un certain point, ont leur charme. Mais ça n'est pas, apparemment, ce qui fait rentrer le plus d'argent.
Or, l'homogénéisation des surfaces qui s'est opérée grosso modo au début de ce siècle, d'abord pour freiner les ardeurs des servebots qui devenaient injouables (et inregardables) sur les surfaces ultra-rapides encore en vigueur jusqu'alors, est effectivement un facteur qui, volontairement ou non, a favorisé la protection des meilleurs dans les plus grands tournois. Concomitantes à l'homogénéisation des styles, elle a participé à un climat d'uniformisation générale du jeu et c'est d'une logique confondante : plus on joue partout de la même façon, plus on a de chances de retrouver les mêmes à la fin.
Les Masters 1000 en ont d'ailleurs largement profité puisque, à eux quatre, Novak Djokovic (40), Rafael Nadal (36), Roger Federer (28) et Andy Murray (14) ont compilé 118 succès dans la catégorie reine des tournois ATP entre 2002 et aujourd'hui. Réformés en 2009 au début de l'ère hégémonique du Big Four, les 1000 ont fait dans le mille pendant des années, en assurant quasiment à chaque fois la victoire d'au moins l'un d'entre eux. Rendez-vous compte : entre début 2011 et mi 2017, seuls quatre Masters 1 000 sur 58 disputés leur ont échappé !
Les temps ont bien changé depuis, et le moins que l'on puisse dire est que les Masters 1000 ont largement appris à partager les parts du gâteau. Depuis le début des années 2020, correspondant à la fois à la fin de l'ère Big Four et au début des années post-covid, seuls deux joueurs ont réussi à remporter au moins trois Masters 1000 (un score déjà plus qu'honorable) dans la même saison : les inévitables Jannik Sinner et Carlos Alcaraz, en 2024 pour l'Italien et 2025 pour l'Espagnol, qui visera la passe de quatre au Rolex Paris Masters.

trois néophytes ET Seulement deux top 10 en quarts à Shanghai

Pour le reste, la politique de l'alternance prévaut, et pas seulement quant à l'identité du vainqueur final. De plus en plus, les Masters 1000 ressemblent à des tournois aléatoires où, au gré du contexte et de l'état de fraîcheur des uns et des autres, on retrouve des joueurs différents dans les derniers tours.
Shanghai 2025, marqué par le forfait de Carlos Alcaraz et l'abandon précoce de Jannik Sinner, pousse le concept à son extrême : sur les huit quarts de finaliste, on retrouve seulement deux top 10 (Novak Djokovic, Alex de Minaur) et surtout trois néophytes (Arthur Rinderknech, Zizou Bergs, Valentin Vacherot). Avec, aussi, l'assurance d'avoir un sixième vainqueur différent en huit Masters 1 000 disputés en 2025. Une variété au palmarès devenue la norme depuis plusieurs années maintenant.
On peut subodorer que cette situation n'est pas celle que recherchait l'ATP en généralisant cette année le format sur douze jours, désormais commun à tous les Masters 1000 sauf ceux de Monte Carlo et de Paris. Censée au contraire renforcer le prestige (et les caisses) de son produit phare, cette extension de durée, à peu près unanimement décriée y compris par les joueurs et pas les moins importants (Novak Djokovic notamment), cultivait probablement l'envie secrète, elle aussi, de voir encore et toujours les meilleurs à la fin. À commencer par Sinner et Alcaraz, les deux joueurs les plus "bankable" du moment.
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"Entendre Alcaraz se plaindre du calendrier, ce n'est pas crédible"

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Ce n'est pas ce que l'on constate, loin s'en faut. L'Italien n'a toujours pas remporté le moindre Masters 1 000 en 2025 (il en a certes manqué cinq, dont quatre en raison de sa suspension en début de saison). Et si l'Espagnol, vainqueur à Monte-Carlo, Rome et Cincinnati, a assuré l'hégémonie de leur duo sur le reste de la meute, celle-ci est bien moindre en Masters 1000 par rapport aux Grands Chelems. Shanghai en est le parfait symbole et le numéro 1 mondial, pour justifier son forfait annoncé dans la foulée de son titre à Tokyo, a d'ailleurs porté une lourde charge contre le calendrier, dénonçant "le nombre de tournois obligatoires" et se réservant, dans le futur, la possibilité d'en "manquer davantage, pour [s]a santé physique mais plus encore [s]on bien-être mental."
Les joueurs sont cupides. Ils viennent, ils se plaignent mais ils sont quand même bien contents de jouer et de prendre l'argent.
Ce que l'on vit cette semaine (pardon, cette douzaine) en Chine ne relève pourtant pas, non plus, de l'exceptionnel. Pas plus de deux top 10 en quarts de finale, c'est très peu, certes. Mais depuis 2009, c'est tout de même la douzième fois que la chose arrive en Masters 1000. Le hic, c'est que ce qui semblait jusque-là relever de l'épiphénomène conjoncturel, lié à un concours de circonstances défavorables ou à un contexte particulier, semble en voie de généralisation : en 2025, c'était en effet déjà le cas à Indian Wells et à Miami, autrefois considérés comme les deux piliers des Masters 1000, quasiment des cinquièmes Grands Chelems. Et ne parlons pas du taux d'abandons : il y en a eu neuf à Madrid (record égalé en Masters 1 000), huit à Cincinnati et sept, pour l'heure, à Shanghai.
Coïncidence ? Évidemment, non. "Le tennis est devenu un sport brutal : le jeu est moins technique, moins tactique mais beaucoup plus physique qu'avant, faisait remarquer dans les colonnes de La Republicca, après l'abandon de Sinner, l'ancien joueur italien Paolo Bertollucci. Et le problème est que les joueurs sont cupides. Alcaraz et Sinner ne sont plus là, mais ce sont les autres qui devraient dire stop. Seulement, ils ne savent pas s'arrêter. Ils se plaignent mais ils sont quand même bien contents de jouer et de prendre l'argent. Sauf que derrière, il y a de la casse. Aujourd'hui, on veut du spectacle à tout prix et les organisateurs font tout leur possible pour avoir les meilleurs. Mais à un moment donné, il faut comprendre qu'on ne peut pas avoir tout le temps du spectacle."
La surcharge du calendrier ne date pas d'aujourd'hui. Mais l'évolution du jeu moderne la rend, c'est vrai, de moins en moins supportable. Surtout dans les conditions étouffantes de Shanghai, où tout le monde est depuis une semaine en mode survie. On en a eu un nouvel aperçu, mercredi, avec le combat de gladiateurs entre Daniil Medvedev et Learner Tien, lors duquel on n'est pas passé loin, encore une fois, de ramasser le Russe à la petite cuillère. Si l'on rajoute à cela le ralentissement des surfaces et des balles, la généralisation du format sur 12 jours a simplement été la goutte d'eau faisant déborder le vase.

Paris 2017, Indian Wells 2021, Shanghai 2023 : trois Masters 1000 de sinistre mémoire

Dans ces conditions, les Masters 1000 les moins bien placés sont évidemment les premiers à trinquer. On pense notamment à celui du Canada, qui a lieu à une période où les meilleurs émergent à peine de leur mini-trêve estivale, et bien sûr à ceux situés en fin de saison, le Rolex Paris Masters et, donc, Shanghai.
Le RPM a souvent été sacrément touché et on lui décernera sans doute la palme de la finale la plus improbable de l'histoire des Masters 1000, avec son tue-l'amour Jack Sock-Filip Krajinovic en 2017 – quoi qu'il y a match avec le Cameron Norrie-Nikoloz Basilashvili d'Indian Wells 2021, placé cette année-là en fin de saison en raison de la pandémie du coronavirus. Mais à Shanghai, passez-nous l'expression, on a bien "morflé" aussi.
L'épreuve chinoise détient même une sorte de record puisqu'il lui est arrivé à quatre reprises de ne pas réussir à placer plus de deux joueurs du top 10 en quarts de finale : avant cette année, ça avait déjà été le cas en 2011, 2016 et 2023. Cette dernière année 2023, pour son retour au calendrier après trois saisons d'absence en raison (là encore) de la crise sanitaire, le Rolex Masters Shanghai avait même fait "fort" puisque Andrey Rublev était le seul top 10 à avoir atteint le "last 8". Le Russe avait alors été battu en finale par Hubert Hurkacz.
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Du beau jeu, des rebondissements et... des crampes : Medvedev a tout vécu face à Tien

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De là à en faire le cancre des Masters 1000, il y a un pas que l'on ne franchira pas si vite. D'abord parce que, Hurkacz mis à part, il n'y a que des top 3 (et aucun intrus) à son palmarès. Ensuite parce que cette édition 2025, si elle n'a pas échappé à la casse, n'est pas dénuée d'intérêt, loin de là. De la résilience de Djokovic, qui tient peut-être sa dernière chance de vaincre en Masters 1 000, aux retours en forme de Daniil Medvedev et de Holger Rune, en passant par la course au Masters relancée par Felix Auger-Aliassime ou encore à la belle histoire familiale incarnée par les cousins Vacherot-Rinderknech, il y a même eu pas mal de raisons de s'enthousiasmer, déjà. Et c'est loin d'être fini. On n'est pas sur une purge comme on a pu en connaître parfois, par le passé…
De la même raison qu'on a pu constater une énième fois, grâce à Valentin Vacherot, combien la marge est ténue entre un 204e mondial et un top joueur, la ligne peut bien souvent être étroite, elle aussi, entre un spectacle ennuyeux et un spectacle intéressant, sinon captivant. Quelques beaux matches par-ci, de belles histoires par-là, et on se rappelle que oui, même si ces deux-là restent seuls sur leur planète, il existe aussi un tennis derrière Carlos Alcaraz et Jannik Sinner. Finalement, merci à Shanghai – et aux Masters 1000 sur douze jours – de nous avoir permis de se rappeler ce qu'on avait peut-être un peu oublié aussi, ces derniers mois.
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