Le sourire jusqu'aux oreilles à haranguer la foule. C'est sans doute l'image qui restera de Frances Tiafoe cette semaine à Vienne. Et pour cause, l'Américain, 49e joueur mondial, a pris un plaisir fou en Autriche. Du premier point disputé dans l'anonymat des qualifications face au Slovaque Alex Molcan à la balle de match remportée en demi-finale face à Jannik Sinner samedi en finale. De match en match, il n'a fait que monter en puissance, charmant les spectateurs avec son jeu offensif de puncheur, un brin déstructuré. Véritable coupeur de têtes, il est incontestablement la surprise de ce tournoi.
Homme de coups, Frances Tiafoe l'a toujours été. Grâce à sa qualité de frappe, à son toucher de balle, à son tennis qui ne donne pas de rythme à ses adversaires. En 2017, il avait bien failli faire tomber un certain Roger Federer (certes diminué par une blessure au dos) dès le 1er tour de l'US Open (défaite en 5 sets finalement). Un an et demi plus tard, une victoire face à Grigor Dimitrov à l'Open d'Australie 2019 avait fait de lui le plus jeune quart-de-finaliste américain en Grand Chelem depuis Andy Roddick à Wimbledon en 2003. Le potentiel n'a jamais été remis en cause, mais la régularité lui a toujours manqué.
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Nadal, Kyrgios, Berrettini and co. tapent la balle avant Wimbledon
25/06/2022 À 11:48

Match dingue, points de fous : comment Sinner a finalement déraillé face à Tiafoe

Comme Monfils, Tiafoe a besoin du public pour s'épanouir et performer

"Après ce quart de finale à Melbourne, je me suis installé dans un certain confort : vous gagnez beaucoup d'argent, votre famille va bien. J'ai levé le pied, jusqu'à ce que finalement je ne m'améliore plus. L'année était faite de hauts et de bas, puis la pandémie s'est déclarée. Et depuis, ça a été une bataille ardue pour en arriver où je suis maintenant. Mais je suis content d'avoir traversé ça, je pense que j'en avais besoin, ça a façonné complètement la personne que je suis maintenant", a concédé l'intéressé cette semaine devant la presse.
Et indéniablement, quelque chose a changé en cette fin de saison. Déjà vainqueur de Stefanos Tsitsipas au 1er tour de Wimbledon (avant de récidiver face au Grec cette semaine), d'Andrey Rublev à l'US Open où il a atteint les huitièmes de finale, Tiafoe a retrouvé la joie de jouer. A l'instar des autres showmen du circuit Gaël Monfils, Benoît Paire, Nick Kyrgios et Alexander Bublik, il n'est jamais plus redoutable que quand il parvient à rallier la foule à sa cause. C'est ce qui lui a permis de renverser des montagnes à Vienne contre Jannik Sinner qui restait sur 23 sets gagnés sur dur indoor et servait pour le match à 6-3, 5-3.

Frances Tiafoe à Vienne en 2021

Crédit: Imago

"J'ai essayé de m'amuser et de faire participer le public. Et j'ai pu voir qu'il était un peu nerveux, a-t-il expliqué après avoir battu l'Italien. Je sais comment m'attirer les faveurs du public, faire quelques blagues ici et là, et j'ai commencé à jouer incroyablement. Le public a fait la différence. Grâce à eux, j'ai senti que j'étais encore plus concentré." Et pour cause, Tiafoe a atteint une sorte de "zone", alors même qu'il a fait sortir Sinner de sa bulle.

Un nouveau coach et l'envie de "tirer le maximum de son potentiel"

La même mésaventure était d'ailleurs arrivée à Stefanos Tsitsipas en huitième de finale. Le Grec était sorti K.O. debout de son duel face à Tiafoe, se demandant comment il avait pu dilapider son break d'avance au 3e set (il menait 3-0, NDLR). Bien que compréhensible, l'incrédulité du Grec fait fi de la capacité de son adversaire à transformer un match classique en duel épique dans une arène surchauffée. Si l'Américain n'a peut-être pas la capacité de concentration du Grec, il sait brutalement hausser son niveau quand il y a de l'électricité dans l'air. Et c'est une force, aussi.
"J'adore jouer dans une salle pleine à craquer comme ça. Je me sens chez moi. Le résultat n'est presque pas important. Il y a des parents qui emmènent leurs enfants et dépensent une partie de leur argent durement gagné pour me voir jouer. Il y a des gosses qui crient 'Big Foe' (son surnom, NDLR), et c'est pour ça qu'on joue. Je veux que les gens s'amusent comme je m'amuse… Je ressens ça un peu comme un devoir : tout donner et m'assurer que tout le monde prenne du plaisir. Je veux que ces gosses rentrent chez eux des souvenirs plein la tête après m'avoir vu jouer", a-t-il encore assuré.

Le Tiafoe show ! En finesse puis en force, l'Américain a bien eu Sinner

Combiner plaisir, spectacle et efficacité, c'est le nouveau défi auquel Tiafoe semble s'être attelé en cette fin de saison. L'Américain l'a compris, avec le feu qu'il a dans la raquette, il serait dommage de se contenter d'une place dans le Top 50. Dimanche, il regoûtera enfin aux joies d'une finale sur le circuit, la troisième de sa carrière, lui qui n'était plus allé aussi loin dans un tournoi depuis plus de trois ans (Estoril 2018). Et ce résultat n'est pas le fruit du hasard.
"La question n'était pas de savoir si je pouvais battre ces gars. C'était : est-ce que je peux le faire régulièrement ? J'ai fait des changements, quelques sacrifices. Je mûris. Je vais avoir 24 ans. C'est une question de mentalité, à 100 %. Et de continuer à être soi-même sur le court. Il ne faut pas changer votre nature pour avoir du succès. Je pense que j'ai serré la vis. Engager Wayne Ferreira comme coach a été important. Je me suis dit : 'Prends cette carrière au sérieux lors des 6-7 prochaines années pour tirer le maximum de ton potentiel.' Il s'agit de voir ce que vaut Frances Tiafoe au quotidien, sur le long terme", a-t-il promis. S'il tient la barre, les résultats pourraient être aussi spectaculaires que son tennis.
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