Parfois, le Père Noël arrive dès la fin de l'été. Si, si. Hugo Grenier pourra vous le confirmer. Jeune joueur français de 20 ans, il a été contacté début septembre par son équipementier, Tecnifibre. La marque française, dans le cadre de son programme d'accompagnement des jeunes espoirs du tennis, baptisé "On the road to the ATP World Tour", lui a déposé un joli cadeau au pied de son sapin avec quelques mois d'avance. "Ils m'ont demandé si je voulais être sparring-partner des qualifiés pour le Masters, raconte le Stéphanois. J'ai donné très vite une réponse positive. Pour moi, c'est incroyable de venir ici et de pouvoir taper avec les meilleurs joueurs, surtout dans un cadre comme ça."

Hugo Grenier compte parmi la kyrielle de joueurs cherchant à percer dans cette jungle qu'est le concert du tennis international. En un an, il a gagné 200 places à l'ATP pour atteindre en ce mois de novembre son meilleur classement (447e). "J'ai fait une bonne saison dans l'ensemble, juge-t-il. J'avais des objectifs plus élevés mais j'ai perdu trois mois à cause d'une blessure, qui est tombée à un moment où j'étais dans une bonne dynamique. Après, c'est dur de revenir. Mais j'ai quand même avancé, que ce soit au classement ou en termes de jeu. Je pense que c'est aussi pour ça, pour me récompenser, que Tecnifibre a pensé à moi pour faire le sparring."

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J'ai un peu découvert un autre monde

Voilà comment, depuis dix jours, le jeune Grenier navigue avec des yeux écarquillés sur les courts et dans les entrailles de l'O² Arena de Londres, au milieu des Djokovic, Murray et autres Wawrinka. "J'ai un peu découvert un autre monde, admet-il. Moi, je joue des Futures et des Challengers, ça n'a rien à voir en termes de conditions par rapport au grand circuit. Mais là, c'est vraiment le top du top, que ce soit le stade, le players lounge, la nourriture, tout. C'est incroyable." Mais s'il est un peu comme un gosse à Disneyland, l'espoir tricolore n'en oublie pas pour autant qu'il est là pour bosser. Et faire bosser.

Hugo Grenier, sparring-partner de Novak Djokovic à Londres - Copyright : Antoine Couvercelle

Crédit: Eurosport

A deux exceptions près, Hugo Grenier a tapé la balle avec tous les protagonistes du Masters. Son baptême du feu a été avec un bizuth d'un autre genre, Dominic Thiem. "Au début, raconte le natif de Montbrison, il y avait un peu de stress. Une petite appréhension. Puis au bout de cinq-six minutes, c'est passé et je suis vraiment rentré dans le truc. Mais c'était nouveau pour moi, je n'avais jamais eu l'occasion de taper avec des joueurs du Top 10 ou même du Top 20." Comme il n'avait jamais non plus endossé ce rôle particulier de sparring-partner, il lui a fallu trouver sa juste place en face de ses illustres partenaires de jeu de la semaine.

Taper à fond ou ne pas taper à fond, that is the question

Du coup, sans véritable repère, Hugo s'est posé des questions toutes bêtes : est-ce que je dois envoyer à fond ? Est-ce que je dois taper plus fort, moins fort ? "Au début, j'hésitais un peu à envoyer", avoue-t-il. "Au début, coupe en souriant son entraineur, Olivier Thomas, il avait même peur de gagner des points". "C'est vrai", confirme l'intéressé, avant de justifier cette "crainte" : "Dès fois ils servent, tu retournes, ils ne jouent pas le point. Certains m'ont dit 'on joue le point derrière après le service'. Ça varie selon les joueurs, alors moi je m'adapte, c'est le job du sparring de répondre aux besoins du joueur en face. Mais il y en a deux-trois qui ne m'ont donné aucune indication, alors du coup, je ne savais pas trop, j'étais entre deux eaux."

S'il a fait le sparring pour beaucoup de "Maîtres" cette semaine, il aura surtout été celui de Novak Djokovic, quadruple tenant du titre ici à Londres. " J'ai fait toute la semaine avec lui. J'aurais pu tomber plus mal, non?", rigole Hugo Grenier, qui a visiblement beaucoup apprécié la compagnie de la star serbe. "On a pas mal discuté, dit-il. Il a été très sympa avec moi. Franchement, il est super cool, très ouvert, tu peux parler avec lui, il ne se prend pas la tête. C'était super agréable pour moi. Mais on n'a pas parlé de mon jeu, il ne m'a pas donné de conseil particulier."

Hugo Grenier - Copyright : Antoine Couvercelle

Crédit: Eurosport

Les bons conseils de Tonton Boris

Pas grave, une autre légende s'en est chargée, à savoir le coach de Djokovic, Boris Becker en personne. "C'est lui qui est venu me voir. Il m'a donné deux-trois conseils. Il m'a demandé sur quoi il fallait que je m'améliore selon moi. Je lui ai répondu 'le travail sur les jambes, surtout'. Je lui ai dit 'et toi tu en penses quoi?' Il m'a dit qu'il était d'accord et il trouve aussi que je ne me lâche pas assez. 'Tu as de la puissance, il faut que tu envoies davantage'. C'était chouette d'avoir son opinion."

Hugo Grenier en est persuadé, cette semaine va beaucoup lui apporter. A l'O² Arena, il a allié l'utile à l'agréable. "On emmagasine de l'expérience dans ces moments-là, assure-t-il. Je les observe, on voit l'intensité qu'ils mettent dans les entrainements, les discussions avec leur coach, j'essaie d'écouter un peu ce qu'ils se disent. C'est très instructif et je pense que tout ça me fera progresser. Ça m'aura été très utile."

Début 2017, le grand Hugo (1,96m) repartira écumer les Futures, en France ou en Europe, loin du luxe et du confort hors normes de l'enceinte londonienne. Mais il n'oubliera pas. Et si jamais on repense à lui dans un an, il remettra ça. "Faire le sparring-partner, c'est super intéressant. Après, dans un ATP250, je ne sais pas si je le referais. Mais ici, au Masters, je n'hésiterais pas une seconde à revenir !"

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