Pour beaucoup, il avait une belle longueur d’avance sur ses concurrents dans ce Masters. Auréolé de sa 6e saison (bien que tronquée) terminée à la place de numéro 1 mondial et d’un bilan flatteur de 39 succès pour 3 défaites – dont une sur disqualification –, Novak Djokovic n’avait pas usurpé, loin de là, son statut de favori logique. Après avoir zappé le Rolex Paris Masters pour recharger les batteries, il semblait même arriver à Londres dans des conditions optimales. Mais après deux journées dans le groupe Tokyo 1970, sa défaite sèche face à Daniil Medvedev, en plus d’affaiblir quelque peu ses statistiques (40-4 désormais), a fait baisser sa cote.

Tennis
Pas de collaboration avec la PTPA : Djokovic déplore la position de l'ATP
19/11/2020 À 07:49

Au-delà du résultat brut, c’est la manière qui a interpellé et l’absence de réaction du Serbe dont on connaît – comme tous les champions de son rang – pourtant l’orgueil. Toujours très lucide après ses rares revers, l’intéressé ne s’est d’ailleurs pas caché derrière d’éventuels calculs : il a bien cédé contre plus fort que lui. "J’ai baissé de niveau tennistique et d’intensité physique en général. J’ai eu des difficultés à retrouver mon rythme pendant 15-20 minutes, et ça a eu pour conséquence cette série de 7 jeux perdus. Je ne peux pas me permettre de laisser ce genre de choses arriver contre l’un des meilleurs joueurs du monde. J’aurais pu et dû faire mieux."

Comment Medvedev a déferlé sur Djokovic

Le spectre de Federer va-t-il le hanter ?

En conférence de presse toujours, Djokovic s’est à nouveau livré sur son engagement au sein de sa nouvelle association des joueurs (la PTPA), dévoilant en partie les coulisses politiques qui animent le circuit. La longueur de son monologue dit beaucoup de son implication sur les sujets qui concernent l’avenir du circuit. Un investissement louable certes, preuve de l'intérêt qu'il porte à son sport, mais qui lui a certainement aussi coûté beaucoup d’énergie ces derniers jours.

Cela étant dit, il ne faut pas douter non plus de la motivation de l’intéressé quant à la perspective de laisser un peu plus son empreinte dans l’Histoire du tennis. Cette défaite contre Medvedev, aussi surprenante soit-elle dans la forme, ne sera peut-être qu’une péripétie si dimanche le numéro 1 mondial soulève le trophée une 6e fois, égalant la marque de référence de Roger Federer. Pour ce faire, il a eu un peu moins de 48 heures pour se remettre les idées en place. L’équation est simple : s’il l’emporte face à Alexander Zverev, il participera bien au dernier week-end du tournoi.

Indubitablement, Djokovic a les armes pour franchir l’obstacle. La question est de savoir dans quel état psychologique il abordera le match. Dans un esprit conquérant ou en tremblant ? Quand on connaît les ressources mentales du bonhomme, l’interrogation a des airs de provocation. Mais à y regarder de plus près, l’histoire récente du Serbe au Masters n’est pas si rose que cela. Dans la même situation, et alors même que le trône en fin de saison était encore en jeu, il avait fléchi l’an passé face à un Federer des grands soirs, il est vrai.

Malgré sa nervosité et ses trous d'air, Zverev a fini fort pour maintenir l'espoir

Pour Zverev, le service sera la clé

Et voici deux ans, c’est un certain Sascha Zverev qui lui avait soufflé le titre dans la même O2 Arena. S’il s’agit de comparer les niveaux de jeu des deux hommes depuis le début du tournoi, le "Djoker" semble au-dessus. Mais l’Allemand, bien qu’encore irrégulier contre Diego Schwartzman, s’est estimé sur la pente ascendante. "C’était bien mieux que lors de mon premier match. C’est aussi un processus pour moi. Vous savez, je ne me suis pas beaucoup entraîné depuis mon arrivée. Après ma finale à Paris, j’étais encore un peu blessé. J’espère que vendredi, je jouerai encore mieux, parce que j’en aurai besoin contre Novak."

Les progrès auxquels Zverev fait référence sont probablement à aller chercher dans l’impression dégagée lors de son troisième set face à "Peque". Il a alors servi un très haut pourcentage de premières balles pour se mettre à l’abri sur ses jeux de service (seulement 2 secondes balles jouées dans la manche !) et a pu davantage lâcher ses coups à la relance. Il le sait, pour avoir une chance contre Djokovic, ses sensations au service seront essentielles. Car le numéro 1 mondial a beau être le meilleur relanceur du monde, il ne peut constamment faire des miracles sur des missiles à 220 km/h dans les coins. Medvedev a d’ailleurs montré la voie à suivre dans ce domaine.

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Le tennis dans les têtes, et uniquement le tennis

Reste à savoir si l’Allemand trouvera la régularité dont il a besoin. Face à Schwartzman n’a-t-il pas mené d’un set et d’un break avant de permettre à son adversaire de se relancer totalement ? A l’instar de Djokovic, sa capacité à se concentrer uniquement sur le Masters a été soumise à rude épreuve dernièrement, mais pour des raisons bien plus sombres. Malgré les allégations de violence domestique dont il fait l’objet, Zverev assure ne penser qu’à ses performances sur le court. "Je pense que j’en ai dit assez sur cette histoire. Je suis ici pour jouer au tennis, comme je l’ai fait les dernières semaines", a-t-il jugé.

Et force est de constater que le garçon se rate rarement face au "Big 3". Plus en difficulté sportivement l’an passé, il avait surpris Roger Federer à Shanghaï notamment. Et pas plus tard qu’il y a deux semaines à Bercy, il a considérablement élevé son niveau pour s’offrir Rafael Nadal sans coup férir en demi-finale. Zverev aime prendre la lumière face aux trois monstres, surtout en deux sets gagnants. Djokovic est donc prévenu. Loin de leur meilleur niveau jusqu’ici, les deux hommes nous ont peut-être réservé le meilleur pour le dénouement de cette poule Tokyo 1970.

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