"Ça m'intéresse de voir s'il peut titiller un peu les deux monstres" : Jakub Mensik, l'an II
Par Laurent Vergne
Mis à jour 13/01/2026 à 18:00 GMT+1
Suite de notre tour d'horizon des jeunes stars du circuit à suivre de près en 2026, avec le coup d'oeil de nos consultants. Après Learner Tien (Camille Pin), Nicolas Escudé évoque le cas de Jakub Mensik. Le Tchèque a signé un coup d'éclat colossal en s'imposant à Miami. Maintenant, peut-il confirmer, mais aussi assumer un statut et montrer davantage de constance ?
Jakub Mensik.
Crédit: Quentin Guichard
Dans une année qui n'a pas manqué de sensations, à l'image de Joao Fonseca ou Valentin Vacherot, Jakub Mensik a causé au mois de mars une des plus marquantes de toutes en triomphant à Miami. Il est rare, pour ne pas dire rarissime, d'accrocher un Masters 1000 à son palmarès à moins de 20 ans. C'est ce qu'a réussi le Tchèque, rejoignant ainsi, au XXIe siècle, Rafael Nadal, Carlos Alcaraz et Holger Rune. On le savait doué et dangereux, mais sans doute pas aussi vite.
Le tout, en prime avec un parcours loin d'avoir ressemblé à une autoroute puisqu'en chemin, il a scalpé Jack Draper, fraîchement auréolé de son titre à Indian Wells, puis Arthur Fils, Taylor Fritz ou encore Novak Djokovic en finale. "C'est une grosse performance d'aller gagner pour la première fois un Masters 1000 à l'âge qu'il avait, en allant battre en plus un Novak Djokovic en finale qui était son idole", souligne Nicolas Escudé. Si, aujourd'hui, il mise sur lui à l'heure de choisir son jeune pari 2026, c'est clairement sur la base et sur la foi de cette aventure floridienne.
Jeunesse et puissance
Car pour le reste, le parcours de l'ami Jakub s'est avéré plutôt sinusoïdal et la confirmation a été laborieuse : après Miami, il n'a atteint que trois fois le cap des quarts de finale d'un tournoi, sans jamais le dépasser. Il a connu, il est vrai, pas mal de petits pépins physiques qui peuvent, en partie, expliquer ce rythme mollasson. "Ça n'a pas confirmé derrière en termes de résultats, de ce qu'on pouvait attendre d'un vainqueur de Masters 1000. Il va lui falloir gérer un petit peu les blessures, car il a été enquiquiné sur cette année 2025", appuie le consultant d'Eurosport.
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Video credit: Eurosport
Son profil n'en reste pas moins séduisant et intrigant. Ce qu'il a accompli à Miami, il semble en mesure de le reproduire n'importe où. Jusqu'où peut-il aller ? "C'est difficile de leur fixer des limites, mais il est jeune, extrêmement jeune, très puissant, complet dans tous les secteurs du jeu, rappelle Escudé. Coup droit, revers, c'est un joueur extrêmement puissant, qui sert aussi très bien, et quelqu'un qui paraît costaud, voire très costaud au niveau physique." Le prototype du joueur moderne, en somme.
Mais il demeure aussi très perfectible, la moindre des choses pour un jeune homme de tout juste 20 ans. "Il faut qu'il développe certains aspects. Il n'est pas le seul, mais il va falloir qu'il se mette à travailler la transition entre le jeu de fond de court et cette projection vers l'avant, un peu plus à l'intérieur du terrain", suggère le héros de la Coupe Davis 2001 avec la France. Mensik est en pleine phase d'apprentissage et de découvertes. Son titre à Miami n'est pas un cadeau. Il peut ou a pu donner le sentiment qu'il était prêt. Un produit fini. Or c'est très loin d'être le cas. Le 19e mondial (il a grimpé jusqu'au 16e rang) doit non seulement étoffer sa palette technique et tactique, mais aussi mieux gérer ses efforts et son calendrier. Il a fini 2025 sur les rotules. "Je suis épuisé, j'ai trop joué", a-t-il admis.
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Video credit: Eurosport
Il doit digérer et s'adapter à ce nouveau statut
Après un coup d'éclat ou une période faste, tous les jeunes joueurs, même les plus doués, connaissent un contrecoup. C'est le cas de tous ceux évoqués ici, à commencer par Joao Fonseca. En 2026, c'est surtout dans la faculté à progresser sur tous les plans qu'ils seront attendus. Avec, pour chacun, toujours la même question en filigrane : sont-ils capables d'aller chercher Carlos Alcaraz et Jannik Sinner ou, a minima, de réduire l'écart avec eux ? "Ah, le troisième homme... sourit le 'Scud'. On a ce débat, cette discussion depuis le milieu de saison 2025, à se demander quel serait éventuellement ce troisième larron. On a parlé pendant tant d'années de ce fameux Big 3… Mais pour l'heure, personne n'a pu se frotter à eux sur les grands rendez-vous."
Pour y parvenir, il faut être capable d'atteindre un niveau de jeu au moins comparable à ce que fut celui de Jakub Mensik à Miami, mais aussi de dupliquer cela semaine après semaine, sur l'ensemble de la saison. Et ça... "Mensik fait partie de ce pool de joueurs qui pourraient arriver à aller les challenger un petit peu, mais après, c'est toujours pareil, quand on regarde la saison que les deux ont fait cette année sur les Majeurs, c'est juste dantesque."
Pour le Tchèque, comme pour tant d'autres, cela semble un peu trop haut et/ou un peu trop tôt. D'autant que l'effet de surprise ne jouera plus. C'est aussi ce qui a été compliqué pour lui dans la seconde moitié de la saison. "Il doit digérer et s'adapter à ce nouveau statut, car il va forcément être beaucoup plus attendu. Mais quand on voit le niveau de jeu qu'il a pu atteindre sur Miami... Avec le profil de jeu qui est le sien, ça m'intéresse quand même de voir s'il peut aller titiller un petit peu plus les deux monstres devant", conclut tout de même Nicolas Escudé.
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