Au revoir Wilson, bye bye Asics. Désormais, Gaël Monfils passe à fond chez Decathlon et sa marque spécifique pour le tennis, Artengo. Raquette, chaussures, textile, et même un projet en gestation qui lui tient à cœur pour développer de nouvelles balles, le numéro un du tennis français a décidé de se lancer à 35 ans dans une nouvelle aventure pour la fin de sa carrière et même potentiellement au-delà, puisqu'il s'est engagé pour les cinq prochaines années avec la marque française.
Le plus gros changement, un vrai pari même, tient au fait de jouer avec une nouvelle raquette. Une décision jamais anodine pour un joueur de haut niveau. Pourtant, il n'avait pas spécialement envisagé de quitter Wilson, même s'il arrivait en fin de contrat à l'issue de la saison 2021. C'est une discussion avec son agent, Nicolas Lamperin, qui a engendré ce processus. "Nico m'a dit 'J'ai reçu un ou deux coups de fil de marques, est-ce que tu as envie de tester d'autres raquettes ?', nous explique Monfils. Pour être honnête, je n'étais pas trop partant. Il y a deux ans, j'avais changé de cordage, je cherchais d'autres choses, mais pas de changement de raquette."

Gaël Monfils, qualifié pour le 2e tour à Bercy - 02/11/2021

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Je ne connaissais personne qui jouait en Artengo
Le 21e joueur mondial a alors demandé à son agent de lui organiser une session de tests à l'aveugle, avec des raquettes noires, neutres, sans marque apparente. Sans le savoir, sa préférence se porte alors sur une Artengo. "Mais je ne l'ai pas aimée tout de suite, avoue la Monf'. J'ai fait un premier retour en disant que c'était une très bonne raquette, mais qu'elle ne me convenait pas." Qu'à cela ne tienne. Nicolas Lamperin effectue un premier retour à Artengo et un nouveau test est mis en place avec une raquette "améliorée".
Là, le coup de cœur n'est pas loin : "Je la trouvais vraiment pas mal, maintenant il fallait juste la 'customiser' comme moi je la voulais. J'ai dit à Nico 'Ne me parle pas trop de partenariat, dis-moi juste la marque'. Quand il m'a dit Artengo, j'ai été choqué. Pour moi, Artengo, c'était Dorian Descloix, mon partenaire de double. Je ne connaissais personne qui jouait en Artengo. J'ai demandé à Nico le numéro du type qui était derrière parce qu'il fallait que je lui dise que sa raquette, c'est du sérieux. J'étais hyper content d'appeler Cyril pour lui dire : 'Bravo, je ne sais pas si je vais jouer avec ta raquette, mais sache que ce que tu fais, c'est top.'"
Cyril, c'est Cyril Perrin, directeur d'Artengo. La marque a été lancée en 2006 par Decathlon, pour une gamme de produits dédiés à la pratique du tennis. "On est une petite marque toute jeune encore si on prend l'histoire plus que centenaire du tennis, explique-t-il. Au début, nous nous sommes attachés à rendre la marque accessible à tous, aussi bien en termes de technicité et d'apprentissage que de prix. Progressivement, on s'est intéressé aux joueurs de clubs et depuis cinq six ans on est assez focalisé sur des produits experts pour les joueurs passionnés de très bon niveau." Puis, en 2021 est venu le moment de passer à l'étape suivante en touchant le très haut niveau, le monde professionnel.

Aller au-delà de ses propres préjugés

Mais pour un joueur avec le pedigree et l'expérience de Gaël Monfils, faire confiance à un fournisseur aussi peu installé contient une réelle part de risque. D'autant qu'il y a aussi l'image de Decathlon, celle d'une marque très grand public, qui aurait pu constituer un frein. Monfils lui-même a dû passer par-delà certains préjugés. "Forcément, concède-t-il, au début, tu es sceptique. Tu leur dis, 'Pourquoi personne ne joue avec vos raquettes ? Vous achetez où vos fibres ? Vous n'avez pas les bonnes fibres."
Sur le fond comme sur la forme, des éléments de design ou de cosmétique (la couleur, notamment), le Français avait donc besoin d'être convaincu. Il l'a été au fil des échanges. "Chaque fois que je faisais une critique, poursuit-il, le lendemain j'avais le truc parfait. La fibre, la couleur... En une semaine, ils ont réussi à me changer la raquette. Il y avait une réactivité exceptionnelle. Lors des quelques semaines où on a bossé ensemble, j'ai trouvé ça incroyable. Ils ont aussi un mec, qui s'appelle Paul, qui est un génie."
"Ce switch de matériel ne se fait pas du jour au lendemain, rappelle Cyril Perrin. Ça fait quelques mois qu'on travaille ensemble. On a fait plusieurs salves de tests, nous sommes tombés d'accord d'entrée sur un moule et une raquette qui était déjà en gamme chez nous, même si, bien sûr, on lui apporte des modifications et qu'il y aura une raquette spéciale Gaël. Après ce sont des petits ajustements que l'on fait, des allers-retours pour permettre à Gaël d'avoir l'arme idéale."
L'équipe d'Artengo est venue chez lui pour deux jours de tests, mais ce n'est vraiment que lors de son stage de préparation à Tenerife à l'intersaison que Monfils s'est décidé. Il avait besoin d'une prise en mains à 100% sur le court, et d'obtenir aussi l'aval de son entraîneur, Gunther Bresnik. "C'était important qu'il valide, précise le joueur. Gunther m'a dit : 'Franchement, c'est parfait. On a gagné sur des choses qu'on voulait.' Il m'a finalement confirmé ce que j'avais ressenti tout de suite." Voilà comment, au 1er janvier 2022, Gaël Monfils est officiellement passé chez Artengo. L'histoire aurait pu n'être que celle-là, mais elle va au-delà d'un "simple" changement de raquette.

Gaël Monfils et Günter Bresnik à Monte-Carlo en 2021

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Une nouvelle tenue pour Roland

En réalité, quitte à modifier ses habitudes, il avait envie d'un projet beaucoup plus global. "Après les tests, la conversation est devenue plus business, selon Monfils. Je n'avais pas envie de switcher de raquette pour changer de raquette, je voulais une aventure, quelque chose qui me fasse kiffer. Je voulais venir, mais aussi avoir mon mot à dire sur la cosmétique et j'ai ce projet personnel de développer des balles de tennis, un certain type de balles. J'ai expliqué à Cyril ce que j'avais en tête. Comme joueur de tennis et pour ce que j'ai envie de faire pour mon après-carrière." Après la raquette, suivront ainsi les chaussures, sans doute dès le mois de mars, puis les tenues, pour Roland-Garros au plus tard, et, un jour, les balles.
En attendant, Gaël Monfils devient de facto une sorte d'ambassadeur de la marque. En début de saison, quand les joueurs se croisent pour la première fois depuis plusieurs semaines, ce type de changements ne passe jamais inaperçu. En Australie, tout le monde a remarqué le nouveau sac et la nouvelle raquette du Français. Ses compatriotes sont en terrain connu, évidemment. Les étrangers, beaucoup moins.
"Ils ne connaissent pas très bien, mais c'est mieux, ils n'ont aucun a priori, dit-il encore. Mais ils adorent la raquette, le sac, la cosmétique. Alors forcément je m'attends (en France, NDLR) à des commentaires néfastes de beaucoup de personnes sur plein de choses, ça fait partie du jeu. On ne va pas se cacher. Artengo, Decathlon, tout le monde est sceptique. En fait, tout le monde y va sans le reconnaître. Alors ces personnes néfastes, finalement, je suis sûr qu'elles vont chez Decathlon aussi."
En fin de carrière comme moi, pouvoir donner du 'giveback', j'ai trouvé ça chouette
En s'alliant à Gaël Monfils, Decathlon espère à la fois renforcer son image auprès du public français, tout en gagnant en notoriété à l'international. A terme, Artengo vise d'ailleurs "deux joueurs et deux joueuses, à l'horizon 2022-2023", confie Cyril Perrin. Une stratégie du petit nombre, du sur-mesure avec quelques représentants forts plutôt qu'une usine à gaz, qui s'apparente un peu à celle d'une autre marque française, Tecnifibre, qui a bien percé au très haut niveau ces dernières années, notamment grâce à un certain Daniil Medvedev, que Tecnifibre accompagne depuis la fin de son adolescence. Avec un certain succès, et c'est peu de le dire.
Mais le couple Decathlon-Artengo souhaite avant tout travailler avec des champions et des championnes qui comprennent son ADN : l'accessibilité. Ses produits restent moins chers que ceux de ses concurrents. Le prix grand public de la raquette de Monfils est de 120 euros. "Il y a un juste équilibre à trouver entre le développement du très haut niveau chez nous et la volonté de rester hyper accessibles pour éviter d'avoir des raquettes à 250-300 euros. S'il en faut deux ou trois parce qu'on est un joueur de clubs de très bon niveau, le budget explose et ce n'est plus l'identité de Decathlon. C'est aussi pour ça qu'on ne veut pas d'un team de 40 joueurs ou joueuses, sinon le prix montera mécaniquement", affirme Cyril Perrin.
C'est aussi sur ce plan-là que Gaël Monfils a dit oui. Sans doute parce que c'était le bon moment, à 35 ans. S'il se dit heureux de travailler "avec une marque 100% française", sa principale motivation réside dans cette idée de cohabitation entre très haut niveau et bon niveau amateur. "En fin de carrière comme moi, pouvoir donner du 'giveback', j'ai trouvé ça chouette, conclut Monfils. Être accessible tout en étant performant au très haut niveau, c'est un défi et ils m'ont bluffé là-dessus." Pour lui, le premier test grandeur nature aura lieu cette semaine, à Adélaïde, où il débute sa saison.
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