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Pour son dernier mandat, Noah a fait le job, mais pas de miracles

Pour son dernier mandat, Noah a fait le job, mais pas de miracles

Le 26/11/2018 à 15:07Mis à jour Le 26/11/2018 à 15:13

COUPE DAVIS – Revenu à la tête de l'équipe de France il y a trois ans, Yannick Noah a achevé dimanche ce troisième et dernier mandat de capitaine sur un bilan contrasté. Oui, il a guidé la France vers un nouveau Saladier d'argent et une autre finale. Mais il aura manqué un exploit, une performance sportive d'envergure pour placer ce troisième acte à la hauteur des deux précédents.

Pour Yannick Noah, c'est encore l'heure du bilan. Pour la troisième fois, la figure la plus emblématique du tennis français quitte son fauteuil de capitaine de l'équipe de France de Coupe Davis. L'au revoir a cette fois des allures d'adieu. C'est juré, il ne re(re-re)viendra pas. Il l'a dit dimanche soir, c'est terminé. On peut le croire sur parole, tant il a en détestation la nouvelle formule de la Coupe Davis. Après trois années de son troisième mandat, Noah laisse derrière lui un dernier bilan. Contrasté, sur bien des points.

Au plan purement comptable, la copie est plus que présentable. Après trois finales perdues et près d'une décennie et demie d'insuccès, la FFT était d'abord allée chercher l'ancien vainqueur de Roland-Garros pour ramener à nouveau le Saladier d'argent à la maison. C'est chose faite. En trois campagnes, les Bleus de Noah ont un titre, une finale et une demie. C'est plus que présentable. Mais difficile de ne pas lire entre les lignes du palmarès. Et là...

Yannick Noah et le Saladier d'argent

Yannick Noah et le Saladier d'argentGetty Images

Aucune perf' majeure en simple

La France version 2017 est probablement le vainqueur le moins impactant du XXIe siècle, pour ne pas remonter plus loin. Il ne s'agit pas de le reprocher aux joueurs. Leur joie était légitime. Mais qui ont-ils battu au cours de cette édition ? Personne ou presque en simple. Le samedi soir de la finale contre la Belgique, l'an passé, j'avais écrit que, pour ce qu'ils laisseraient à la postérité, il était important que ce titre soit obtenu via une victoire de Jo-Wilfried Tsonga dans le match des leaders, le dimanche, face à David Goffin. Tsonga a pris trois sets. Derrière, Lucas Pouille a achevé un Steve Darcis blessé. Le résultat final était le même : le Saladier était à eux. Eux s'en foutaient (encore que Tsonga, sans doute pas), mais si cette victoire a fait leur bonheur sur le fond, elle a, par sa forme, fait beaucoup de mal à une Coupe Davis autour de laquelle les croque-morts affluaient déjà.

Bien sûr, Yannick Noah n'y est pour rien. Mais cette campagne victorieuse plus que glorieuse reste le symbole de son dernier mandat : les Français ont fait ce qu'ils avaient à faire. Ni plus ni moins. Ils ont gagné les matches qu'ils devaient gagner. Il y a eu très peu de contre-performances et c'est cette régularité qui leur a permis de figurer trois fois dans le dernier carré et deux fois en finale. Mais sur ces trois années, quel match reste vraiment dans les mémoires ? En simple, quelle victoire pourrait spontanément venir à l'esprit ?

Voici la liste des joueurs battus en simple par les Français dans des matches à enjeux de 2016 à 2018 : Dancevic, Pospisil, Vesely (x2), Coric (alors âgé de 19 ans et 45e mondial), Daniel, Nishioka, Edmund, Evans, Djere, Lajovic, Darcis (x2), Haase (x2), Seppi, Fognini, Bautista Agut et Carreno Busta.

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Pour battre Darcis et Nishioka, il n'y avait pas besoin du grand Yann

C'est finalement cette année que les Bleus auront épinglé les adversaires les plus huppés. Mais aucun joueur majeur. En termes de classement, la plus grosse performance d'un joueur français en simple au cours de ces trois dernières années reste le succès de Lucas Pouille contre Fognini au printemps 2018. L'Italien était alors 20e à l'ATP. Le seul Top 20 battu en trois saisons de Coupe Davis par un Tricolore. Difficile de crier au génie, quand même. A l'inverse, chaque fois qu'ils ont eu à croiser le fer avec une pointure, ils ont perdu. Que ce soit face à Marin Cilic (quatre victoires en quatre matches), David Goffin, voire Borna Coric version finale 2018, ils n'ont pas existé.

Là encore, est-ce vraiment la faute de Yannick Noah ? Pas vraiment. Comme n'importe quel capitaine, il fait avec ce qu'il a sous la main. Le problème, c'est justement que Noah est un capitaine comme les autres. S'il y a eu maldonne, c'est dans le regard porté par certains sur lui à son retour. Il n'était ni un sauveur ni un génial gourou. Juste un capitaine, arrivant avec ses idées, sa passion et son amour pour la Coupe Davis (inégalable). Mais sans baguette magique.

Noah avait placé la barre très haut lors de ses deux premiers passages à la tête de l'équipe de France. Et je ne parle pas tant des résultats que de l'empreinte émotionnelle. Rien ne peut égaler Lyon 1991 et, à un degré moindre, Malmö 1996. Au fond, ce qu'on demandait à Noah, ce n'était pas tant de regagner la Coupe Davis que de nous resservir, avec ces joueurs-là, des souvenirs pour plus tard. Sincèrement, sur ces trois années, sur ces deux finales, l'une gagnée, l'autre perdue, j'ai beaucoup de mal à me dire qu'un match me cognera régulièrement dans la mémoire dans dix, quinze ou vingt ans. C'était peut-être injuste de lui demander ça, mais pour battre Darcis et Nishioka, il n'y avait pas besoin du grand Yann, ce motivateur hors normes, capable de vous transcender un joueur comme personne.

France Coupe Davis 2017

France Coupe Davis 2017Getty Images

Goût d'inachevé

Son autre demi-échec restera son incapacité à fédérer l'ensemble d'une génération avec laquelle il aura entretenu des relations sinusoïdales. Comme un symbole, Gaël Monfils et Gilles Simon furent ses deux premiers joueurs de simple, début 2016. Deux ans et demi plus tard, ils ont été les deux grands absents du dernier week-end lillois. Yannick Noah l'a dit sans se cacher, il considère son incapacité à entraîner Monfils derrière lui comme son plus gros regret. Torts évidemment partagés. Noah n'est pas le premier et peut-être pas le dernier à se casser le nez sur le cas Monfils. Mais dans les années 90, je ne connais pas un joueur qui ne se serait pas jeté dans le vide si le capitaine Noah le lui avait demandé pour le bien de l'équipe.

Pour toutes ces raisons, cette fin de troisième règne est enveloppée d'un drôle de sentiment. Un goût d'inachevé, de "oui mais". Des victoires, mais pas d'exploit. Un titre, mais sans l'envergure de ceux du passé. De la passion, mais pas de folie. Un groupe, mais des fissures.

Il y a trois ans, lors de sa nomination à la place d'Arnaud Clément, j'avais écrit "Noah est de retour, gare à la fausse bonne idée". J'étais plus sceptique que séduit, même en ayant grandi au rythme de ses exploits ou peut-être, justement, à cause de ça. J'avais tort. C'était une bonne idée. Parce que pas un type n'a davantage de charisme que lui dans le tennis français et il s'en faut de beaucoup. Parce que personne n'avait plus d'amour à donner que lui pour la Coupe Davis. Et parce que personne n'est plus attaché aux aventures humaines. Or, la Coupe Davis, c'est (ou c'était) d'abord ça. Simplement, il a manqué des ingrédients dans la recette pour que ce troisième acte soit à la hauteur des deux premiers.

Yannick Noah

Yannick NoahGetty Images

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