Laver Cup, l'âge de raison
Mis à jour 23/09/2024 à 16:57 GMT+2
La Laver Cup 2024 a rendu son verdict dimanche soir avec la victoire de l'Europe sur le "Team World", 13-11, grâce au succès décisif de Carlos Alcaraz sur Taylor Fritz. La rivalité entre les deux camps semble désormais bien ancrée. La Laver Cup grandit, et plutôt bien, en prouvant qu'elle pouvait survivre à son créateur, Roger Federer. C'est peut-être sa plus grande victoire.
Alcaraz : "'Federer 05' ? Je suis trop loin de ce niveau"
Video credit: Eurosport
Quand la Laver Cup est arrivée en 2017 dans le paysage tennistique il y a maintenant sept ans, elle a fait du bruit. Parce que Roger Federer était derrière (surtout), qu'elle faisait souffler un certain parfum de nouveauté, que son packaging était remarquablement pensé et que les stars du circuit semblaient prêtes à suivre le mouvement, justement parce qu'il était initié par l'idole de Bâle. A l'époque, mi-emballé, mi-interrogatif, je ne m'étais senti ni l'âme d'un procureur ni celle d'un avocat de la défense. Je demandais à voir et à comprendre où tout cela allait nous mener.
Ma seule conviction était celle-ci : on ne pourrait vraiment juger que dans la durée si cette nouvelle épreuve (ou exhibition, comme vous voulez, puisque l'ambiguïté de naissance était là) avait des chances de devenir pérenne. Tant qu'elle vivrait par la présence sur le terrain d'une icône aussi puissante que Federer, à la fois à la manœuvre en coulisse et sur scène, elle ne risquerait rien. L'événement serait massif.
Quand, en prime, Federer était accompagné d'un Rafael Nadal ou d'un Novak Djokovic, n'en parlons pas. La Laver Cup devenait alors une sorte de festival de Cannes du tennis, le concept atteignant son paroxysme en 2022 lors de la retraite de "Rodgeur" entouré de tous ses rivaux habituels sans parler des anciennes légendes présentes tels que McEnroe, Borg ou Laver. Le tout dans une collective célébration lacrymale qui avait emporté le monde entier.
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Une baisse de régime et une démonstration : les Temps forts de la victoire d'Alcaraz
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Mais après cela ? Plus de Federer. Pas davantage de Nadal ou de Djokovic ces deux dernières années. L'Espagnol était initialement prévu à Berlin mais il s'est lui-même déclaré insuffisamment préparé, ce qui tend à démontrer qu'à ses yeux, la chose est un peu plus qu'une plaisanterie destinée à distraire spectateurs et téléspectateurs.
Mais même sans lui (Federer), même sans eux (le Big 3), cette édition 2024 a n'a pas eu à avoir honte d'elle-même. Ce n'est peut-être plus tout à fait le clinquant des strass cannois, mais on dirait presque "tant mieux". Le test a été réussi : la Laver Cup parvient à survivre et même à vivre sans les figures tutélaires du circuit. Comme si elle atteignait l'âge de raison en se suffisant à elle-même. Le concept reste suffisamment attrayant pour générer attention et intérêt.
Tant que certaines vedettes du moment viennent, tout ira bien. Et tant que les joueurs jouent le jeu, le risque de dépréciation est limité. Or ils le jouent, peut-être même plus que jamais. Medvedev a fondu quelques fusibles en Allemagne, Tiafoe s'est énervé, Fritz a fait la tronche d'avoir perdu, Alcaraz assure avoir été nerveux avant le match décisif et même Borg est apparu un peu plus vivant sur sa chaise de capitaine qu'au cours des six éditions précédentes, peut-être parce qu'il faisait ses adieux.
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Bras de fer, pétage de plomb, fautes en cascade : un tie-break de feu entre Medvedev et Shelton
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Il ne faut pas prendre la Laver Cup pour ce qu'elle n'est pas. Elle reste une exhibition, idéalement calée dans le calendrier car elle tombe dans un des rares temps faibles de la saison, après le dernier tournoi du Grand Chelem et avant le coup d'envoi des rendez-vous importants de l'automne. Elle n'est ni la Coupe Davis de la grande époque ni la Ryder Cup du tennis. Elle est ce qu'elle est mais en l'état, elle a sa place. Elle l'a gagnée. Il ne faut pas tomber en pamoison devant elle mais pas davantage lui rire au nez par snobisme. Juste prendre ce long week-end pour ce qu'il est : un moment plutôt bien foutu, différent, et pas désagréable du tout.
Bien sûr, chacun est libre de ne pas y trouver son compte. Il est même possible d'uriner glacé dessus mais sauf à le faire pour des questions de principe ou de posture, difficile de ne pas admettre qu'elle évolue de manière plutôt futée. A court terme au moins, elle vient de prouver qu'elle pouvait continuer d'avancer indépendamment de son créateur si imposant et encombrant. Or ce n'était pas gagné initialement.
Comme souvent, tout était entre les mains des joueurs. Qu'est-ce que la Laver Cup ? C'était à eux de nous le dire. Ils en avaient la clé. C'était leur liberté, leur choix et leur désir d'en faire ce qu'ils en feraient. C'était une sacrée question. Leur réponse doit faire plaisir à Roger Federer. Elle est son héritage.
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Un ultime service gagnant : Alcaraz et l'Europe peuvent exulter
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