Le long chemin de Matteo Berrettini
Publié 15/06/2024 à 00:16 GMT+2
A 28 ans, Matteo Berrettini peut-il encore se réinventer un avenir ? Il n'est plus l'épicentre du tennis italien désormais, mais à la faveur de la saison sur gazon, l'ancien finaliste de Wimbledon espère retrouver quelques couleurs. Pour peu que son corps, meurtri de blessures, veuille bien le laisser tranquille, il en a sans doute les moyens.
Matteo Berrettini.
Crédit: Getty Images
Matteo Berrettini a salué publiquement, et directement auprès de l'intéressé, l'accession de Jannik Sinner à la place de numéro un mondial. Une page remarquable pour le tennis italien. Il n'y a absolument aucune raison de douter de la sincérité du Romain, réellement heureux pour son jeune compatriote. Mais au fond de lui, peut-être doit-il penser que lui aussi aurait pu s'offrir cette part de gloire. Ou une autre. Un titre en Grand Chelem par exemple. Après tout, il n'y a pas si longtemps, c'est lui qui incarnait la relève transalpine et les espoirs de son tennis.
Il y a trois ans, sa place de finaliste de Wimbledon contre Novak Djokovic (une première pour l'Italie chez les hommes depuis Adriano Panatta à Roland-Garros en 1976...), précédée par une demie à l'US Open (2019) et suivie d'une autre à l'Open d'Australie (2022), avait installé le grand Matteo parmi ceux qui comptent dans la nouvelle génération. Depuis, Daniil Medvedev, né comme lui en 1996, et surtout Carlos Alcaraz et Jannik Sinner, des bambins à côté d'eux, ont rejoint le clan des vainqueurs sur les plus grandes scènes. Pas Berrettini. Pour lui, depuis, ce serait plutôt descente aux enfers et galère.
C'est le corps du colosse qui a appelé au secours. Une blessure à la main, suivie d'une opération, au printemps 2022. Puis le Covid, qui l'a contraint à renoncer à Wimbledon juste avant le 1er tour, cette même année. En 2023, une déchirure abdominale a ruiné son printemps, puis sa cheville droite a lâché en plein US Open, contre Arthur Rinderknech. Abandon, fin de saison et forfait début 2024 à l'Open d'Australie. Cela fait beaucoup et on ne l'a guère vu sur les courts au premier semestre.
Berrettini n'a disputé que trois tournois sur le circuit principal (plus un challenger) cette saison. Dans le lot, il a tout de même trouvé le moyen de décrocher un titre, sur terre battue, à Marrakech, au milieu de deux sorties au 1er tour en Masters 1000, à Miami puis Monte-Carlo. Cette semaine, il est de retour à la compétition, sur le gazon de Stuttgart. Après trois victoires, dont une sur Denis Shapovalov, le voici en demi-finales.
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Un cri qui fait froid dans le dos : la blessure et l'abandon de Berrettini face à Rinderknech
Video credit: Eurosport
"Quand j'ai joué cette année, j'ai plutôt bien joué. Ce n'est pas tellement une question de niveau de jeu, a-t-il estimé cette semaine. La difficulté, c'est l'enchaînement des matches." D'où l'importance pour lui de pouvoir retrouver le rythme avant Wimbledon, où il espère secrètement faire du grabuge. Après son premier tour contre Roman Safiulin, qui s'est étalé sur près de trois heures (7-6, 5-7, 7-5), il avouait être complètement cuit. "Je n'avais plus d'énergie, mais c'était mon premier match depuis deux mois." Mais après cela, enquiller avec un succès contre Shapovalov (6-4, 6-4) puis Duckworth lui a ouvert quelques perspectives.
Retrouver le rythme
Le gazon, c'est son truc, à Matteo. L'an passé, au cours d'une saison complètement pourrie par les blessures, son huitième de finale à Wimbledon (victoires sur De Minaur et Zverev, défaite contre Alcaraz) avait constitué une rare éclaircie. Pourtant, juste avant cela, il avait dû abandonner, en larmes, à Stuttgart, contre son compatriote Lorenzo Sonego, avant de renoncer au Queen's. L'enjeu, pour lui, cet été, sera de pouvoir multiplier les matches et les tournois sans avoir besoin de passer par la case infirmerie.
Retombé à la 154e place au mois de mars, l'Italien a réintégré le Top 100 depuis. Le chemin sera long jusqu'à un éventuel retour au sommet et ne sera possible que s'il parvient à se stabiliser physiquement. Mais à court terme, sur herbe, il peut faire des dégâts. C'est la surface de son meilleur résultat en Grand Chelem, de son dernier résultat significatif dans un Majeur, et c'est aussi là qu'il a remporté la moitié de ses titres (quatre sur huit, deux à Stuttgart et deux au Queen's).
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Fond de court et amortis : le cocktail à nouveau gagnant de Berrettini
Video credit: Eurosport
Son jeu a encore besoin de se reconstruire, mais son service reste à lui seul une arme de dissuasion massive, à l'image des 27 aces déversés sur Safiulin en début de tournoi. "Je m'appuie beaucoup sur mon service, surtout sur gazon, dit-il. C'est important pour moi de faire sentir à mon adversaire que je lui mets la pression et que si je le breake, il va se retrouver dans une situation compliquée." Cela ne fait pas tout, mais cette première balle est son arme première ici, même s'il met aussi en avant son "revers slicée à une main, qui est très utile sur herbe".
Gardez donc un œil sur Matteo Berrettini ces prochaines semaines. Il n'est plus celui qu'il fut il y a deux ou trois ans, à savoir un des principaux candidats au titre à Wimbledon. Mais s'il n'a pas de souci d'ici là (un grand "si", tout de même), il sera comme un épouvantail au moment du tirage au sort de Wimbledon...
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