C'est probablement le coup droit gagnant le plus célèbre de l'histoire du tennis français. Et peut-être bien le plus moche, aussi. Une petite poussette déposée d'une main tremblotante dans le court vide par Guy Forget, dont l'adversaire, Pete Sampras, était à terre après avoir ramené, au prix d'un plongeon désespéré, une précédente volée de revers. Le n°1 français n'avait "plus qu'à" l'achever pour conclure. Et sceller ainsi une victoire historique pour l'équipe de France de Coupe Davis, 59 ans après son dernier sacre, en 1932, face à ces mêmes Américains battus alors par la glorieuse génération des Mousquetaires.
Ce coup droit, n'importe quel débutant l'aurait mis dans le court. Seulement, dans ce contexte, il pesait des tonnes, d'histoire et de pression. Il ne s'agissait pas tant de le réussir que de ne pas le rater. D'une part pour ne pas "devenir la risée du monde entier", selon l'expression de Forget lui-même. Et surtout pour ne pas s'embringuer dans une éventuelle fin de match à haute tension face à un Sampras visiblement prêt à tout, jusqu'à s’écorcher les genoux, pour effacer son break de retard et revenir au score dans cette fin de 4e set.
Alors, Guy Forget a mis tout son cœur pour déposer cet ultime coup de grâce dont personne du reste, en dehors du stade, n'a jamais pu voir la destination finale : tandis que Jean-Paul Loth s'étouffait en hurlant son (bientôt) cultissime "C'est fini Michel !" à l'attention de son acolyte Michel Drhey, le réalisateur, lui, était en effet déjà focalisé sur le joueur, pour ne surtout pas rater les images qui allaient suivre : des scènes de liesse infinies partagées entre l’équipe et les quelque 8 300 spectateurs qui garnissaient le Palais des Sports de Gerland, parmi lesquels des futurs espoirs du tennis français tels Julien Benneteau ou Nicolas Mahut, qui garderont, comme à peu près tout le pays, des souvenirs gravés à jamais de ces instants d’éternité.
Les grands récits
Ad Vitas aeternam
18/01/2022 À 23:06
Voilà, cette fois, c'était vraiment fini. Les nouveaux Mousquetaires venaient de boucler victorieusement une finale de rêve et mettre ainsi un terme à des décennies de frustration, à une époque où la Coupe Davis, en France du moins, avait encore quasiment valeur d'un Grand Chelem, même si elle était (déjà) remise en cause à l'étranger et parfois boudée par les meilleurs.
Elle venait de gravir son Everest "avec sa bite et son couteau", selon l'expression protubérante de Henri Leconte, l'autre héros de cet inoubliable week-end. Portée, surtout, par une dynamique collective merveilleusement orchestrée par Yannick Noah, le capitaine emblématique d'un groupe qui aura renversé une montagne en transgressant ses codes d'une manière jamais vue jusque-là.

Noah capitaine, qui a eu cette idée folle ?

Un an auparavant, pourtant, cette équipe de France, sauvée de justesse dans le groupe mondial à la faveur d'un barrage remporté en Grande-Bretagne, paraissait moribonde, polluée par un climat loin d'être fluide, des petites tensions çà et là, quelques non-dits et une rancœur sous-jacente entre ses deux hommes forts, Yannick Noah et Philippe Chatrier, l'omnipotent président de la Fédération française.
Un contentieux né en 1983 quand Chatrier, de par ses (autres) fonctions de président de la Fédération internationale, avait été amené à sanctionner le joueur parce qu'il avait séché un match de la Coupe du monde des nations, quelques semaines avant son sacre historique à Roland-Garros.
Mais Chatrier avait su mettre tout ça de côté au moment de valider la nomination de Noah à la tête de l’équipe de France, fin 1990, à la place de Patrice Dominguez. Une nomination pourtant osée sinon risquée, alors que Yannick était encore joueur, qu'il était loin d'avoir eu un comportement exemplaire en Coupe Davis - ses relations avec son ancien capitaine, Jean-Paul Loth, avaient également été tendues - et parce que tout le monde savait qu'il ne serait jamais un capitaine comme les autres. Anticonformiste. Hermétique à toute forme d'autorité. Ingérable, en somme. "Chiant", il reconnaissait volontiers l'avoir été comme joueur. Alors capitaine…

Capitaine charismatique, leader indispensable, capable de fédérer comme personne : Yannick Noah, la pierre angulaire de la victoire en Coupe Davis en 1991.

Crédit: Getty Images

Mais telle était la volonté des joueurs, notamment des deux piliers de ce début des nineties, Henri Leconte et Guy Forget, pour qui Yannick Noah était bien plus qu'un collègue, mais avant tout un grand frère, un modèle, charismatique et protecteur. Lorsque Christian Duxin, responsable logistique au sein de la FFT, fut le premier à émettre l'idée d'une promotion de Noah à ce poste, Chatrier y avait vite vu l'intérêt suprême de la nation avant les siens.
Pour lui, la Coupe Davis, c'était sacré. Il était prêt à tout pour booster la motivation des joueurs, mettant notamment en place un système de rémunération indexé sur les recettes de la billetterie. Alors, va pour Noah. Et pour ce grand plongeon dans l'inconnu.

Leconte repêché du fond de la piscine...

Très vite, Yannick Noah s'était en effet révélé comme un capitaine "free-style", têtu à souhait, refusant par exemple d'aller superviser son groupe en début d'année à l’occasion d'un Open d’Australie qu'il avait également décliné en tant que joueur, parce qu'il souhaitait passer les fêtes en famille.
Après un 1er tour facilement bouclé fin mars à Rennes contre Israël (5-0) - la rencontre, initialement prévue début février à Marseille, avait été différée en raison du déclenchement de la Guerre du Golfe -, il avait ensuite eu le flair et le cran de titulariser un gamin de 18 ans, Fabrice Santoro, pour le quart de finale face à l'Australie, à Nîmes, début mai, en lieu et place de Leconte, touché au genou.
Coup de poker, coup de maître avec un cinquième match décisif finalement remporté par le jeune "Battling Fab'", porté en triomphe par un Noah dont les décisions purement instinctives sinon impulsives, quitte à bousculer les habitudes et prendre tous les risques, deviendront l'une des marques de fabrique, nonobstant les critiques et les pots cassés. Une manière pour lui d'asseoir son autorité, mais surtout de pousser ses hommes dans leurs retranchements en les sortant de leur zone de confort. Force est de reconnaître que son flair, au bout du compte, l'aura rarement trompé.

Fabrice Santoro porté en triomphe par Yannick Noah dans les arènes de Nîmes.

Crédit: Getty Images

Mais la meilleure décision de Yannick Noah en 91 aura sûrement été prise à Pau, fin septembre, en marge d'une demi-finale expédiée par la France contre la Yougoslavie (5-0), malgré l'absence cette fois encore de Leconte, touché au dos lors d'un 3e tour de Wimbledon face à... Guy Forget.
Opéré d'une hernie discale fin juillet à Paris pour la troisième fois, "Riton" était bien là, dans le Béarn, pour encourager ses compatriotes. Mais ça n'était pas vraiment lui : plutôt son fantôme, lesté d'une dizaine de kilos en trop, le souffle court et le moral dans les chaussettes, quasiment bon pour la casse. Comment cet homme à peine capable de monter des escaliers pouvait-il décemment envisager de gravir deux mois plus tard les marches de la gloire ?
Et pourtant, au fil de cette victoire paloise, une conviction s'est dessinée dans l'esprit de Noah, soufflée dans un premier temps par son ancien entraîneur, Patrice Hagelauer, devenu coach de l'équipe de France et son principal homme de confiance : celle que cette finale ne saurait se gagner sans un joueur capable, dans un jour de grâce, d'élever son niveau au diapason de celui des Courier, Sampras, Agassi voire Chang, tous âgés de 20 ans à peine, et déjà solidement installés dans le gotha d'un tennis mondial qu'ils allaient dominer pendant de longues années.

Andre Agassi et Pete Sampras à Lyon lors de la finale de Coupe Davis.

Crédit: AFP

Malgré la solidité de Guy Forget et l'émergence d’une génération assez prometteuse elle aussi, emmenée donc par Fabrice Santoro (encore vainqueur de deux matches contre la Yougoslavie), Arnaud Boetsch (vainqueur du double avec Forget), Olivier Delaître ou Cédric Pioline, la France n'avait alors qu'un joueur véritablement doté de cette folie nécessaire : le seul et unique Henri Leconte. Le vengeur masqué, pas encore surnommé comme tel.
Au soir de cette demi-finale victorieuse, Hagelauer et Noah l'avaient donc pris entre quatre yeux, à l'hôtel, au bord d'une piscine au bleu délavé par la fin de l'été. Et très posément, ils lui avaient expliqué à quel point ils comptaient sur lui pour renaître de ses cendres en vue de la finale. Ils ne s'imaginaient pas à quel point cette marque de confiance allait toucher leur pote.
Ils savaient bien que Leconte avait ce besoin vital d'amour et de reconnaissance pour réveiller le génie sommeillant au fond de lui. Mais là, cela allait au-delà encore. Il était quasiment question de la ramener à la vie, au moins sportivement. Au sortir de cette discussion, l'ancien finaliste de Roland-Garros ne pouvait plus parler. Il pleurait à chaudes larmes.

Derrière le taulier Forget, une foule de prétendants

Deux mois plus tard, le lundi 25 novembre au soir, toujours à l'hôtel (désormais au Royal de Lyon), ce même Leconte pleure encore à chaudes larmes devant ces mêmes Hagel et Yan', qui viennent de lui annoncer, cette fois, sa titularisation pour la finale. Pas seulement pour le double, comme il le pensait, mais pour les trois jours de compétition, puisqu'il est temps ici de rappeler que les rencontres de Coupe Davis se sont à une époque jouées sur trois jours, en quatre simples et un double tous disputés au meilleur des cinq sets.
A ce moment-là, Leconte a déjà réussi la première partie de son pari. En deux mois, il est redevenu compétitif au prix d'un séjour de trois semaines (en deux fois) passées dans un centre de rééducation à Tréboul, en Bretagne, où le fait de côtoyer des handicapés lourds l'a aidé, aussi, à relativiser sa condition et à doper sa motivation.

Yannick Noah et Henri Leconte en 1991.

Crédit: Getty Images

Jamais probablement Leconte n'a autant travaillé que lors de cette période, allant jusqu'à modifier techniquement son geste au service afin de moins se cambrer et d'épargner ses vertèbres. Il n'a, certes, que quatre petits matches de simple dans les jambes, joués dans l'anonymat du Forest Hill de Nanterre où étaient organisées les qualifications de Bercy, puis lors d'un Challenger en Finlande. Mais pour lui, c'est déjà une victoire.
Sa place de titulaire, il l'a finalement gagnée au fil du stage commando - une autre empreinte de Noah - organisé du 17 au 24 novembre, à Montreux, en Suisse. Où il est tellement monté en puissance qu'il en est arrivé, à la fin du séjour, à mettre des "branlées" à tout le monde, poussant d'ailleurs Noah à éviter soigneusement de lui faire disputer des matches d'entraînement contre Guy Forget. Et ce afin de ne pas saper la confiance en cristal de son leader, certes auteur de sa meilleure saison, avec un total de six titres dont Cincinnati et Bercy en battant à chaque fois - tiens, tiens - Pete Sampras en finale, mais toujours assez facilement en proie au doute.
Si le statut de n°1 était, malgré tout, incontestablement voué à Forget, celui de n°2, en revanche, pouvait être soumis à la concurrence d'au moins quatre ou cinq joueurs. Et même du capitaine lui-même, qui avait jusqu'au bout sciemment ménagé le suspense quant à une éventuelle auto-sélection, pour mettre la pression sur tous les prétendants.
Noah était ainsi sorti de sa pré-retraite à l'automne en disputant quatre tournois consécutifs. Dont celui de Bercy, où le sort avait voulu qu'il affronte - et batte - dès le 1er tour Fabrice Santoro, incapable de gérer la pression inhérente au fait de "jouer contre Dieu", et de ce fait condamné à perdre sa place en finale. Dura lex, sed lex à la sauce Noah, de plus en plus persuadé, de toute façon, que Leconte était le joker dont il avait besoin.

Forget-Leconte, la Révolution de gauche

Forget-Leconte, tel sera donc le ticket gagnant pour cette ultime rencontre contre le rival historique américain. Celui-là même face auquel les Bleus avaient vécu une précédente finale douloureuse, en 1982, à Grenoble. La revanche aura lieu pas très loin, au Palais des Sports de Gerland, fief du tournoi de Lyon et de son directeur, Gilles Moretton, ami de Noah et futur président de la FFT.
La surface choisie, le Suprême Court, une moquette ultra-rapide, l'a été pour sublimer les forces des joueurs français mais aussi réduire celles du joueur américain le mieux classé, Jim Courier (vainqueur de Roland-Garros et n°2 mondial), finalement non retenu par son capitaine Tom Gorman.
Guy Forget, Henri Leconte... Hormis le fait qu'ils soient gauchers, difficile de trouver des points communs aux deux plus célèbres joueurs français du moment. L'un est aussi cérébral, diligent et introverti que l'autre est instinctif, doué et déluré. D'ailleurs, jusqu'alors, ils ne se connaissaient au fond pas tant que ça.

Guy Forget et Henri Leconte. deux gauchers, mais deux personnalités opposées.

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Même s'ils avaient déjà été plusieurs fois associés en double (notamment en 1988 en vue des JO de Séoul, avec un titre à Nice à la clé), c'est plutôt avec Noah, leur dénominateur commun, qu'ils avaient tous deux obtenu leurs meilleurs résultats. La préparation de cette finale, et notamment le stage de Montreux, avait été pour eux l'occasion de pleinement se découvrir.
Finalement, aussi différents furent-ils, les deux hommes se seront complétés à merveille le temps d'une campagne où chacun aura apporté à l'autre ce qui lui manquait. Par sa constance, sa fiabilité et son niveau moyen très élevé, Forget, 7e mondial au jour de la finale (il avait grimpé jusqu'au 4e rang au cours de cette année 1991), aura été l'incontestable pilier des Bleus. Par son brio et sa capacité fascinante à ne douter de rien, Riton en aura été le détonateur.
Il aura aussi distillé dans l'esprit de son coéquipier quelques-uns de ces grains de folie bien utiles pour l'aider à se libérer de ses chaînes. Ce n'est pas pour rien que Nick Bolletieri, alors grand manitou du tennis US, avait dit de lui avant la finale : "Le joueur le plus dangereux de l'équipe de France, c'est Leconte. Parce qu'il ne sait pas ce qu'il fait."

Pete Sampras, un dépucelage douloureux

Le vendredi 29 novembre, jour J, Guy Forget et Henri Leconte ne sont d'ailleurs pas du tout dans les mêmes dispositions mentales. Le premier est blanc comme un linge, stressé comme un premier communiant. Voilà des jours qu'il dort mal, allant jusqu'à faire des cauchemars récurrents, parfois morbides, lors desquels il n'est plus capable de frapper dans une balle de tennis.
"Alors que Henri, lui, c'était : 'Amenez-moi les Américains, vite, j'en peux plus !' Le mec était dopé à l’adrénaline. Il était prêt à mourir pour moi et pour l'équipe", comme le raconte Yannick Noah dans le livre "Coupe Davis 1991 : Naissance de la France qui gagne", écrit par Fabrice Abgrall et François Thomazeau pour les vingt ans de l'exploit.
Une scène restée mythique dit tout de la différence d'état d’esprit qui anime le binôme. Elle a lieu dans les vestiaires de Gerland, juste après la défaite de Forget dans le simple inaugural face à Andre Agassi (10e mondial), 6-7(7), 6-1, 6-2, 6-2 en 2h53. Un match lors duquel le Français s'est un peu trompé tactiquement en s'échinant à défier le jeune Américain du fond de court, quitte à sortir essoré du gain du 1er set, avant de s'écrouler par la suite.
Cette finale, dès lors, était mal emmanchée pour une équipe de France qui, à vrai dire, tablait davantage sur ce point que sur celui de Leconte, face à un Sampras tout juste vainqueur du Masters à Francfort et meilleur atout présupposé des Américains en indoor.
Allongé sur la table de massage, en train de ruminer son échec, Forget croise alors son coéquipier qui s'apprête à lui succéder sur le court, décontracté comme s'il partait pour une partie de pétanque. "T'inquiète, Guy, je vais lui mettre une branlée, à Sampras." Le tout dit sans l'once d'un doute dans la voix ni de stress sur le visage. Mais complètement habité, en revanche. Il est 17h30, Henri Leconte est à quelques minutes de disputer l'un des matches les plus importants de sa vie. Et il est là, la fleur au fusil, avec "sa bite et son couteau."
Interloqué, Forget le regarde comme s'il était fou, ce qui, dans un certain sens, n'est pas loin d'être vrai. Il connaît certes le degré d'inconscience du bonhomme mais là, il a quand même le sentiment qu'il pousse le bouchon un peu loin. Mais non : 2h23 plus tard, celui qui est redescendu à la 159e place a terrassé le 6e mondial, parachevant en trois petits sets (6-4, 7-5, 6-4) la plus grande "perf" jamais réalisée dans une finale de Coupe Davis.
Certes, la pépite Sampras disputait son tout premier match dans la compétition. Mais s'il semble avoir été écrasé par quelque chose ce jour-là, c'est plus par la furia adverse que par le poids de cette première cape. Accélérations fulgurantes, volées de revers sautées, des aces (12) et des coups gagnants dans tous les sens... Le Français, en état de grâce, venait de signer le plus beau match de sa carrière, qui en a pourtant vu d'autres.
"Dès la première balle, je sais qu'il va en prendre une, racontera-t-il des années plus tard à Eurosport. Ce jour-là, j'avais un sentiment d'invincibilité. Je faisais ce que je voulais de la balle. J'étais comme un peintre avec son pinceau. Parfois, quand tu es survolté - et ça m'est souvent arrivé -, le truc finit par t'échapper sans que tu t'en rendes compte - Là, non. Jusqu’au bout, je contrôlais. C’est ça qui était fabuleux."
Une véritable symphonie tennistique qui poussera Bernard Tapie, le président de l'Olympique de Marseille, vers cette autre phrase célèbre : "Si j'avais eu un Leconte à Bari, j'aurais gagné", dira-t-il en référence à la finale de la Coupe d'Europe des clubs champions perdue par l’OM quelques mois plus tôt contre l'Etoile Rouge de Belgrade.

Comme promis, Henri Leconte a mis une branlée à Sampras.

Crédit: AFP

L'erreur américaine

Un partout, balle au centre, donc, au soir du vendredi. Le chemin emprunté n'est pas celui envisagé par les Bleus, mais la destination est celle espérée. Avec, en prime, un premier coup porté dans l'estomac des Américains qui ne s'attendaient pas à voir Leconte sur le court, et surtout pas à ce niveau. Un trompe-la-mort sur coussin d'air, revenu des limbes de l'enfer pour toucher les étoiles de sa discipline.
Tout le monde a compris désormais que Leconte serait là le lendemain pour le double, même si Noah a bluffé - on ne se refait pas - lors du tirage au sort en couchant la paire Boetsch/Forget sur le papier. Le tout en déclarant qu'il se réservait encore la possibilité de s'auto-sélectionner, ignorant le règlement stipulant que seuls les quatre joueurs figurant dans la composition lors du tirage étaient habilités à entrer ensuite sur le court. Les règles, ça n'a jamais été son truc.
Comme souvent, le sort de cette rencontre semble lié en grande partie à celui de ce point du double. La France part assez confiante même si les Américains alignent une paire très éprouvée : le regretté Ken Flach et Robert Seguso, tout juste finalistes du Masters en Afrique du Sud, et vainqueurs de quatre titres du Grand Chelem.
Dont un, l'US Open 1985, décroché aux dépens de Noah et Leconte à l'issue d’une finale où ils ont été pris en flagrant délit de tricherie : sur une balle de deux sets à rien en faveur du binôme tricolore, Flach avait touché une volée de Leconte venue ensuite s'égarer hors-limite. Pas vu pas pris, l'Américain n'avait rien dit. Mais les Français, eux, n'ont jamais oublié.
Avant de disputer ce double crucial, le clan tricolore doit tout de même regonfler le moral de Forget, qui a pris un coup sur la caboche après sa défaite et a dû en plus endurer, ensuite, l'humiliation d'une conférence de presse commune lors de laquelle il a pu constater que l'intérêt médiatique s'était complètement déplacé vers Leconte.

La paire Leconte-Forget va survoler son sujet contre Flach et Seguso.

Crédit: AFP

Un petit coup supplémentaire, qu'on le veuille ou non, porté à son orgueil de champion. Yannick Noah doit donc rendosser ses habits de grand frère en convoquant les deux joueurs pour une longue discussion, sans filtre et sans tabou, le soir, dans l'intimité de sa chambre d'hôtel.
Le lendemain, samedi 30 novembre, est un jour solennel, que la FFT a mis à profit pour célébrer, lors d'une cérémonie organisée sur le court, l'ensemble des joueurs ayant défendu les couleurs de la France en Coupe Davis. A l'exception de René Lacoste, fatigué et resté chez lui à Saint-Jean-de-Luz, tout le monde est là, y compris le doyen des (res)capés, Jean Borotra, 93 ans, l'homme qui a remporté le point décisif lors de la dernière victoire des Bleus, en 1932.
En clair, ce n'est vraiment pas un jour pour perdre. Et, de facto, la paire tricolore ne va pas casser l'ambiance. Requinqué, Guy Forget se met au diapason d'un Leconte de son côté toujours habité par la grâce. Les deux hommes s'imposent en quatre manches (6-1, 6-4, 4-6, 6-2) en donnant l'impression constante de maîtriser leur sujet, malgré une baisse de régime au 3e set. L'équipe de France vire en tête. Elle est à portée de fusil d'une victoire légendaire.
C'est toujours facile à dire après mais c'est peut-être là, lors du double, que Tom Gorman a commis sa plus grande erreur. Plus que dans la non-sélection de Jim Courier, pourtant bête noire avérée de Forget qu'il a battu trois fois lors de cette saison 1991, mais qui ne semblait guère emballé par l'idée de jouer cette finale sur moquette. L'expérience de Flach/Seguso était tentante, certes. Mais leur attitude assez indolente tout au long du week-end laissera à penser que la Coupe Davis n'était pas forcément leur objectif majeur.
Peut-être eût-il mieux valu aligner la paire David Pate/Scott Davis, n°1 mondiale cette année-là (mais battue en demi-finale contre l'Allemagne) ? Peut-être... Mais plus sûrement encore, les Américains n'auraient pas dû écarter si vite leur Monsieur Coupe Davis, John McEnroe, qui redeviendra en 1992 le pilier fondateur du double US, formant notamment avec Pete Sampras un formidable binôme qu'on n'aurait pas aimé, avec le recul, affronter à Gerland.
Mais on ne refait pas l'histoire. On l'écrit. L'équipe de France avait mieux abordé son affaire, tout simplement. Parce que cette finale de Coupe Davis était l'enjeu d'une vie pour ses joueurs, là où elle n'était qu'un grand événement de plus pour des Américains déjà emplis de gloire. Un signe qui ne trompe pas : les hommes de Tom Gorman avaient préparé le rendez-vous de Lyon de manière assez individualiste, éparpillés façon puzzle aux quatre coins du globe.
Tandis que les Français, eux, avaient fait naître un véritable esprit de corps pendant le stage de Montreux où, hormis les états d'âme de Fabrice Santoro, toujours pas remis de sa non-sélection et contraint d'être recadré par son staff, tout le monde avait tiré dans le même sens : celui de la victoire.

Quand Forget vire Noah de son lit...

Mais bon, à ce stade du récit, reste encore à apporter le point décisif et ça n'est pas une sinécure. Guy Forget est donc amené à s'y coller en premier, le dimanche, face à Pete Sampras. Qu'il vient certes de battre, un mois plus tôt, en finale du tournoi dont il est devenu depuis le directeur, celui de Paris-Bercy, après un match en cinq sets de toute beauté. Ça compte, forcément, au moins psychologiquement. Mais ça ne fait pas tout, bien sûr. Lyon, c'est un tout autre contexte. Un tout autre match.
Cela va sans dire, Forget est ultra-stressé le samedi soir. Impossible de dormir. Au point qu'à minuit, sa femme Isabelle passe un coup de fil à Noah pour lui demander s'il lui est possible d'échanger sa chambre. Motif : la sienne est trop bruyante, son matelas trop dur, bref, il n'y a rien qui va. Ça n'est pas le moment de contrarier son joueur : le capitaine accepte. Mais comme on peut s'en douter, ça n'est pas pour autant que Forget va trouver le sommeil. Cette nuit-là, il dira n'avoir pas dormi plus de deux heures.
Après cet épisode, Noah ne parvient pas lui non plus à retrouver les bras de Morphée. Alors, plutôt que de rester à compter les moutons, il décide de partir effectuer une petite balade nocturne. Au hasard des rues de la capitale des Gaules, il va croiser de nombreux supporters. Et évidemment, va se laisser embarquer.
De troquet en troquet, Noah passera une bonne partie de la nuit à faire la fête et jouer les chauffeurs d’ambiance en guise de préambule à une journée pour laquelle, il le sait, il aura besoin de tout le monde. Et il sera exaucé : le lendemain, les supporters, déjà très bruyants lors des deux premiers jours, seront chauds comme la braise.
Ils contribueront, c'est certain, à décoincer un Guy Forget beaucoup plus acteur de son match face à Pete Sampras qu'il ne l'avait été deux jours plus tôt contre Agassi. La confrontation des styles face au vainqueur de l'US Open 1990, au profil (comme lui) très offensif, lui est il est vrai plus favorable que celle contre Agassi, bien meilleur relanceur et passeur. Et puis, de toute façon, Forget n'a pas le choix : touché par des crampes de stress lors de son premier simple, il sait cette fois qu'il se doit de lâcher davantage le bras. Pour mieux libérer ses nerfs.
Il le fait parfaitement et au-delà de ça, Forget fait plaisir par l'audace dont il fait preuve lors de ce troisième simple au cours duquel il va afficher un courage qu'on ne lui soupçonnait pas. Lui l'ancien grand timide qui avait autrefois tant de mal à sortir de sa coquille, fait preuve d'un cran à toute épreuve.

Guy Forget, le leader qu'il fallait rassurer. Yannick Noah n'a eu de cesse de le "booster".

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Il lui en faut, notamment, pour décocher un ace sur une balle de 1er set contre lui au tie-break. Puis pour tirer un autre ace - sur deuxième balle ! - au moment de devoir sauver une balle de débreak à 5-3 au 3e set. Et encore un autre à 5-4, 15-40 dans le 4e set, alors qu'il sert pour le match, revenant ensuite à égalité d'un passing de revers croisé avant d'enchaîner sur un nouvel ace.
Taille patron, vraiment. Et balle de match, donc. C'est là, dans les secondes qui vont suivre, figées à jamais dans un instant suspendu, que la minutieuse préparation de l'équipe de France va prendre tout son sens. Ce moment-là, Yannick Noah l'a visualisé des centaines de fois. Il en a parlé, aussi, avec ses joueurs. Sa philosophie est que, dans un moment pareil, il ne faut pas s'embarrasser de fioritures : servir directement sur le point faible adverse, en l'occurrence le revers. Et il sait aussi, pour l'avoir espionné à la vidéo, que Sampras retourne à 99% du temps long de ligne dans ces cas-là.
Tournant comme un lion en cage autour de sa chaise, sur laquelle il se sera assez peu assis du week-end, le "Capt'ain" cherche à tout prix à accrocher le regard de son joueur, qui finit par lui jeter un coup d'œil avant de servir. Oh, très furtivement. A peine le temps de lui faire un bref signe de tête, l'air de dire, tout simplement : "T'inquiète, je sais."
A cet instant précis, Yannick a compris. "Guy savait, à ce moment-là, que tous les copains étaient derrière lui et que rien ne pouvait lui arriver, racontera-t-il dans l'ouvrage dédié au sacre vingt ans plus tard. Que quoiqu'il fasse, une double-faute, un bois, une connerie, peu importe, tout le monde était là. Et c'est sûrement parce qu'il a senti ça qu'il a pu finir son match."

Chatrier-Noah-Borotra, trois légendes autour d'un sacre mythique

Reste encore à le faire, malgré tout. Le public se tait, enfin. Noah lance des incantations divines. Forget se souffle dans les doigts, puis arme sa fameuse Lacoste Equijet. Il est 17h45. Service extérieur de gaucher. Superbe zone. Sampras retourne, comme attendu, "chipé" long de ligne, mais il est déjà dans les cordes. Dans l'ouverture, il y a un boulevard. Il faut conclure.
La volée de revers de Guy Forget est bien touchée, bien appuyée. Gerland se met à hurler. Le staff des Bleus est debout. Certains sont même déjà à moitié sur le court, comme Boetsch et Santoro qui ont commencé à enjamber les balustrades. Sampras, lui, est aux fraises. C'est fini Michel...

Guy Forget s'est effondré de bonheur. Yannick Noah, dont on voit ici les jambes, arrive pour le relever.

Crédit: AFP

Pas tout fait, en réalité. Encore faut-il déposer cet ultime coup droit, le fameux qui deviendra le plus moche et le moins bien filmé de l'histoire du tennis français. Mais qui passera à postérité. Voilà, cette fois c'est bon, c'est fini.
Forget s'impose 7-6(6), 3-6, 6-3, 6-4 en 3h33. Il balance sa raquette qui finit sa course de l'autre côté du filet, au pied de Noah, lequel se précipite pour aller le relever et l'embrasser. Bientôt suivi par Eric Deblicker, l'autre entraîneur de l’équipe, puis par le reste du staff et des joueurs, dans une marée d'hommes et d'émotions qui va faire chavirer le pays. Il n'y aura pas de poignée de mains. Personne n'en a ni le temps ni l'envie. Forget a été enseveli, Sampras a filé directement au vestiaire.
Dans la mémoire collective liée à ce sacre, il y a aussi beaucoup d'images de cette célébration, qui va se poursuivre par un tour d'honneur déjanté au rythme de "Saga Africa", le premier single sorti quelques mois plus tôt par Yannick Noah, plus vraiment joueur, pas encore tout à fait chanteur, mais d'ores et déjà devenu un capitaine mythique, pour l'éternité. La nuit tombe, en ce 1er décembre 1991. La France vient de remporter, à nouveau, la Coupe Davis.

Coupe Davis 1991 : Saga Africa à Gerland.

Crédit: Getty Images

De longues minutes et une poignante Marseillaise plus tard, la célébration continuera dans les vestiaires où Philippe Chatrier, cet homme aussi guindé que passionné, passera comme tous les autres à la douche de champagne. Pour la première fois de sa vie, lui d'habitude étouffé dans sa pudeur sentimentale, il ne pourra retenir quelques larmes en public.
Chatrier vient de réaliser sa quête suprême, son absolu, celui auquel il aura dédié un demi-siècle de sa vie. Une forme de happy end, si l'on peut dire, pour celui qui se sait depuis peu atteint de la maladie d’Alzheimer, maladie qui l'avait d'ailleurs poussé à quitter la présidence de la Fédération internationale en cette année 1991, un an avant d'en faire de même auprès de la FFT. Désormais, il peut partir tranquille...
Et puis, soudain, un autre homme très distingué fait une entrée à pas feutrés dans les vestiaires. Il est en costume-cravate, a la démarche fébrile et l'œil brillant d'émotion, lui aussi. Cet homme, c’est Jean Borotra, le Basque Bondissant, 93 ans, dont 59 passés à attendre son successeur. Voilà donc Noah, Borotra et Chatrier, traits d'union d'un siècle d'histoire du tennis français, réunis côte à côte dans une même pièce transformée en un foutoir absolu. On vit décidément un dimanche pas comme les autres.

Gerland ou la naissance de la méthode Noah

La fête, cela va sans dire, se prolongera jusqu'au petit matin dans une boîte de nuit lyonnaise et se poursuivra jusqu'aux fastes de l'Elysée, cinq jours plus tard, où la bande à Noah sera reçue par le président Mitterrand, et ce en la présence de son prédécesseur, Valéry Giscard d'Estaing. La vague populaire et médiatique soulevée par ce sacre est énorme, nettement plus que ne le seront les trois qui suivront dans l'histoire de l’équipe de France, en 1996, 2001 et 2017, le premier et le dernier encore sous le règne de Noah, celui du milieu avec Guy Forget à sa tête.
Un impact si fort qu'il ne saurait être mesuré à l'aune de la seule performance sportive. Celle-ci est réelle, bien sûr. Mais finalement pas tellement plus que celle réalisée dix ans plus tard au bout du monde, avec ce Saladier d'argent ramené d'Australie par Sébastien Grosjean, Nicolas Escudé, Cédric Pioline, Fabrice Santoro et leur capitaine Guy Forget, sur les terres (ou plutôt le gazon) du n°1 mondial Lleyton Hewitt.
Gerland, c'était à domicile, à une période correspondant au paroxysme de la mode du tennis en France (ou pas loin), alors que la courbe des licenciés flirtait encore avec le million et demi. Et puis surtout, Gerland, c'était bien plus qu'une simple histoire de sport. C’était une histoire d'hommes avant tout, un roman de cape et d'épée écrit par un groupe totalement inféodé à son Lider maximo, Yannick Noah, pour servir une cause quasiment devenue l'objet d'un enjeu national.
Gerland n'aurait pas été possible sans un Leconte, un Forget, ni même sans un Boetsch ou un Santoro, les quatre (seuls) hommes de terrain lors de cette année 91. Mais ça n'aurait surtout pas été possible sans un Noah, la pièce essentielle du puzzle.

Henri Leconte, l'image d'une vie.

Crédit: AFP

Parce qu'il connaissait ses hommes mieux que personne, la future personnalité préférée des Français a su faire sortir ce qu'il y avait de mieux en eux, dopant leur envie, écorchant leur sensibilité, canalisant leur ego et expurgeant leurs blocages intérieurs, le tout en usant d'une méthode que l'on découvrait alors, basée sur le partage, la communication et le don de soi.
"Pour aller au bout de ce qu'on est capable de faire dans une situation aussi cruciale qu'une finale de Coupe Davis, il faut être léger sur le terrain. Ni doutes ni mensonges, pas de non-dits, pas de rancœurs étouffées. Rien ne doit polluer l’univers intérieur du "guerrier". Dire les choses en face, calmement, à son miroir ou à son entraîneur, est la meilleure manière de se préparer. Quand je fais le bilan, je ne retiens que ces moments-là. Ces instants hors-normes qui ont permis aux joueurs de bien jouer et de s'épanouir, plus tard, dans leur vie d'homme. La plupart des joueurs qui se sont éclatés l'ont fait en se dépouillant de leurs idées reçues et de leurs complexes", explique-t-il encore dans le livre "Coupe Davis 1991 : Naissance de la France qui gagne."
Encore que la France n'a pas réellement attendu ce jour-là pour apprendre à gagner. Tout en traînant sa tendance à préférer le flacon à l'ivresse, elle l'avait déjà fait, et comment, par l'entremise de champions tels que Marcel Cerdan ou, dans un passé beaucoup plus récent, via Alain Prost, Bernard Hinault, Michel Platini, sans oublier Noah lui-même, évidemment.
Mais disons qu'elle a réalisé ce jour-là qu'on pouvait gagner d'une autre manière, compenser une éventuelle infériorité technique par un parfait conditionnement psychologique. Pas impossible que Noah, déjà précurseur en son temps de techniques de relaxation comme le yoga ou la visualisation, ait définitivement levé le voile en France sur les vertus de la préparation mentale, même si 30 ans plus tard, des tabous demeurent en la matière.
La méthode Noah, telle qu'on l'a conceptualisée par la suite, montrera ses limites, aussi. Elle nécessite tant d'énergie individuelle et collective qu'elle a tendance à essorer les hommes. Ainsi, moins de quatre mois après Gerland, l'équipe de France tombait de son nuage à l'occasion d'une défaite sans gloire face à la Suisse, à Nîmes, lors d'un quart de finale où le capitaine allait écarter des simples Forget et Leconte, insuffisamment impliqués à ses yeux.
A vrai dire, il leur avait déjà annoncé son intention de quitter le bateau à la fin de cette campagne 1992, peut-être en proie aussi, comme d'autres membres de l'équipe, à un coup de blues post-Gerland. C'est le problème des fortes montées d'adrénaline : la descente peut parfois être brutale.
Noah a replongé, en 1995 puis 2016, renouant avec l'efficacité de ses méthodes sans jamais réellement retrouver la magie de 1991. Reste que le parfum de Gerland, lui, ne s'est jamais évaporé, continuant même encore de diffuser ses effluves dans le microcosme du tennis français, dont la plupart des acteurs d'aujourd’hui disent avoir été bercés par ces souvenirs d’hier.
Bien des années plus tard, les enfants de Noah ont été les premiers à monter au créneau lorsque la Coupe Davis a été vendue au groupe Kosmos, en 2018. Voir s'envoler l'âme de la compétition, c'était pour eux l'insupportable sentiment qu'on leur arrachait un peu de leur enfance. Et beaucoup de ces souvenirs patinés par un temps que les moins de trente ans, désormais, ne peuvent pas connaître.

Décembre 1991 : Pilippe Chatrier pose devant le Saladier d'argent avec les héros de la Coupe Davis.

Crédit: Getty Images

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