Sandgren : "Est-ce que je me considère d'extrême-droite ? Non, même pas un petit peu"
Par Laurent Vergne
Publié 23/01/2018 à 18:17 GMT+1
OPEN D'AUSTRALIE - Héros improbable de cette quinzaine à Melbourne, Tennys Sandgren est la belle histoire du tournoi. Mais l'Américain a aussi vu remonter à la surface ses accointances avec l'extrême-droite américaine et ses propos homophobes. Du coup, il a effacé plus d'une année et demie de tweets...
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Crédit: Eurosport
Si le passage de l'ombre à la lumière a bien des vertus, il charrie aussi quelques menus inconvénients. Tennys Sandgren est en train de découvrir les deux aspects de cette médaille. Inconnu au bataillon il y a encore dix jours, y compris pour une large majorité du grand public s'intéressant aux affaires du tennis, l'Américain est devenu un joueur dont on parle après ses victoires sur Wawrinka et Thiem et son accession aux quarts de finale. De fait, il est, aussi, devenu un personnage public.
Jusqu'à il y a quelques jours, personne ne s'était intéressé à l'homme, pas plus qu'au joueur. L'émergence du second agit par ricochet sur le premier. Qui est-il ? Quelle est son histoire ? Ses centres d'intérêt ? Qui est donc ce Tennys Sandgren une fois sorti du court ? Epoque oblige, son activité sur les réseaux sociaux est notamment en train de lui revenir au visage tel un boomerang. On y découvre ses affinités avec l'extrême droite américaine, et une certaine tendance à l'homophobie.
Pizzagate et homophobie
Un arrière-plan sulfureux qui tranche avec le milieu très policé du tennis, où les prises de positions politiques ou sociales sont rarissimes. Mais Tennys Sandgren n'appartenait pas encore à ce monde en ce temps-là. "Pendant des années, personne ne s'intéressait à moi", avait-il dit après sa victoire contre Wawrinka. Il parlait de lui en tant que tennisman, mais cela valait autant pour la partie privée de son existence. Il n'avait jamais imaginé que quelques signes sur Twitter puissent lui faire du tort un jour. Peut-être parce qu'il n'avait jamais imaginé devenir quelqu'un un jour dans le paysage tennistique mondial.
Dans un tweet de 2012, l'Américain évoque sa soirée dans une boite de nuit. Un club gay. "Mes yeux en saignent encore", écrit-il, avec un hashtag "Personnenedevraitvoirça". Plus récemment, lors de la campagne présidentielle de 2016, il avait évoqué l'affaire du "pizzagate", théorie conspirationniste prétendant qu'il existait un réseau de pédophilie dans l'entourage d'Hillary Clinton, impliquant notamment son ancien directeur de campagne, John Podesta. Des enfants auraient été enlevés, séquestrés et abusés dans une pizzeria de Washington. Une affaire démontée telle un château de cartes par les services de police. "Les preuves sont trop nombreuses pour être ignorées", avait pourtant tweeté Tennys Sandgren.
Tweets supprimés
Parmi les personnes qu'il suit sur Twitter, on trouve des politiques ou des influenceurs de l'extrême-droite américaine, tels que Mike Cernovich, Tomi Lahren, Ann Coulter ou Sebastian Gorka. Tout ceci, au fil des jours, est doucement remonté à la surface, mais ce n'est qu'après sa qualification pour les quarts de finale que le sujet est venu sur le tapis lors de sa conférence de presse. Jusqu'ici, l'écume de ses réseaux sociaux n'avait pas atteint Melbourne.
Après son exploit contre Dominic Thiem, un peu embarrassé, Tennys Sandgren a dû évoquer le sujet. "Ecoutez, qui vous suivez sur Twitter n'a pas d'importance, a-t-il estimé. Les informations que vous voyez ou commentez ne dictent pas ce que vous pensez ou croyez. Je crois que c'est fou de penser ça. Dire, 'il suit telle personne, donc il croit tout ce que cette personne croit', c'est ridicule." "Est-ce que vous vous considérez comme un soutien de l'extrême-droite?" a alors demandé un journaliste. "Non, pas du tout, a répondu le joueur. Je trouve certains contenus intéressants, mais je ne soutiens pas. Je suis un chrétien et en tant que tel, je soutiens le Christ. Voilà ce que je soutiens."
Un peu agacé, Sandgren a assuré qu'il n'était pas inquiet une seconde des possibles répercussions de ses prises de paroles, et qu'il n'entendait pas se censurer. Pourtant, mardi matin, il avait supprimé l'intégralité de ses tweets des 19 derniers mois. Dans un entretien au New York Times, il a finalement confié être inquiet que l'on puisse le considérer comme un soutien de l'extrême-droite américaine. "Honnêtement, oui, ça m'inquiète un peu. Parce que ça ne représente pas mes opinions", a-t-il dit, tout en regrettant que "la liberté d'expression ne soit pas si libre que ça."
"Si vous pensez avoir raison et qu'il n'y a rien que vous puissiez apprendre dans votre vie, je pense que vous avez un problème, a-t-il ajouté auprès du New York Times. J'aime consommer de l'information.J'aime apprendre. Est-ce que je me considère d'extrême-droite ? Non. Même pas un petit peu. Mais je veux écouter l'opinion d'autrui. Je veux connaitre le point de vue de chacun, et je veux apprendre, parce que je n'ai que 26 ans. Est-ce que je sais tout de la vie ? Non."
De toutes les manières possibles, Tennys Sandgren a en tout cas réussi à s'imposer comme un des personnages incontournables de cet Open d'Australie. Jusqu'ici, rien n'avait semblé le perturber. Son clan semble redouter que ces "interférences personnelles" puissent l'empêcher de continuer à s'exprimer sereinement sur le court.
Lors de sa conférence de presse, lundi, son coach, Jim Madrigal, présent dans la salle, a tenté de mettre fin aux questions ne concernant pas directement le match contre Thiem et le tournoi. "C'est l'Open d'Australie et rien d'autre", avait-il lancé aux journalistes. Mais Sandgren avait choisi de répondre, ce qui dénote un certain caractère. Mais il devra laisser tout ça de côté mercredi une fois sur le court contre Hyeon Chung. Un défi de plus pour lui, peut-être plus ardu encore que tous ceux qu'il a brillamment relevés à Melbourne.
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