Tennys Sandgren, l'homme au parcours aussi atypique que le prénom
Par Laurent Vergne
Publié 19/01/2018 à 18:11 GMT+1
OPEN D'AUSTRALIE – Vainqueur d'un Stan Wawrinka diminué, Tennys Sandgren profite néanmoins à fond de sa belle aventure à Melbourne. Lui qui n'avait encore jamais gagné un match en Grand Chelem est en train de percer au plus haut niveau, à 26 ans. Avec un prénom pareil, il devait bien finir par y arriver...
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Crédit: Eurosport
Dans la vague de canicule qui s'est abattue sur Melbourne ces derniers jours, Tennys Sandgren a réussi à faire souffler un petit vent de fraicheur. Pas un mince exploit. Lui qui n'avait encore jamais gagné le moindre match en Grand Chelem vient d'en remporter deux d'un coup, dont un contre Stan Wawrinka, vainqueur de l'Open d'Australie voilà quatre ans. Un Wawrinka très diminué, certes, mais l'histoire n'en reste pas moins très belle pour ce joueur de bientôt 27 ans dont la trajectoire ne ressemble à aucune autre.
C'est ce bien ce parcours, doublé d'une personnalité attachante, qui donne tout son sel à la petite aventure de l'Américain. Puis il y a ce prénom, presque trop parfait pour être vrai. Rien à voir avec le tennis, pourtant. En 2011, déjà, alors qu'à 20 ans il commençait à percer sur le circuit universitaire américain, il s'en était expliqué. "Tennys, c'était le prénom de mon grand-père. Il n'a jamais joué au tennis de sa vie, avait-il raconté à l'époque. Et ça n'a rien à voir avec le tennis. C'est suédois. Mes parents adoraient ce prénom. C'est unique, c'est sûr !"
Unique, oui. Collant, aussi, y compris dans la vie de tous les jours. Chaque fois qu'il rencontre quelqu'un et qu'il donne son prénom, il y a droit, comme il l'a raconté jeudi en développant lors de sa conférence de presse un dialogue tout sauf imaginaire. Scène dont on devine qu'il l'a déjà vécue quelques dizaines de fois dans son existence.
- Comment vous appelez-vous ?- Tennys.- Ah, c'est cool. Vous jouez au tennis ?- Voilà (en secouant poliment la tête).- Ah, super, moi aussi, j'ai joué une fois ou deux au lycée.- Ah oui, c'est cool. Mais vous ne voulez pas parler d'autre chose ?
Tennys ou David ?
Collant, oui. A tel point que, quand il commande un café, il ne donne pas son vrai prénom, celui que le serveur appelle au moment de récupérer la commande. "Je dis 'David', ou un truc comme ça, explique-t-il. Parce qu'il y a des moments où je n'ai pas forcément envie de me lancer dans une explication de texte, surtout tôt le matin. J'ai juste envie de prendre ma dose de caféine et de partir." Malin.
Sans doute parce que, depuis l'enfance, il a eu le temps de devenir stratège. Et pragmatique :
Mais chez Tennys Sandgren, il n'y a donc pas que le prénom qui est atypique. Son parcours de joueur l'est tout autant. A 19 ans, à l'âge où Rafael Nadal remportait son premier Roland-Garros, le natif du Tennessee naviguait aux alentours de la 1300e place à l'ATP. Il y a un an et demi, à 25 piges, il était encore 330e. Et il a dû attendre l'année 2017 pour remporter ses premiers matches sur le circuit principal. Jusqu'alors, il avait dû se contenter des circuits Futures ou Challengers, et encore, pas sur les tournois les plus côtés de cette catégorie.
Il n'a pourtant jamais perdu l'espoir de percer au plus haut niveau. "J'ai toujours continué à y croire et j'ai toujours (la vie) pris jour après jour, sans faire de plans, dit-il. Mais j'ai joué dans l'obscurité pendant des années. Personne ne fait attention à toi. Tu joues au tennis pour autre chose que l'argent ou la gloire. Tu joues au tennis parce que tu aimes le voyage dans lequel tu es embarqué. J'ai mis l'accent sur des aspects plus existentiels que matériels. Sinon, j'aurais arrêté."
L'obscurité, Tennys Sandgren a commencé à la transpercer l'an dernier. Au printemps, il enquille les bons résultats en challengers. Un titre, deux finales. Suffisant pour lui permettre de disputer à Roland-Garros le premier Grand Chelem de sa carrière. Il s'incline d'entrée contre Kukushkin mais pour lui, c'est déjà une victoire. Son tout premier match en trois sets gagnants. A 26 ans. L'Américain a enfin l'impression d'appartenir au monde dont il rêvait depuis des années.
L'été sera plus prolifique encore avec un huitième de finale à Washington, un ATP 500. Il y signe les deux premiers succès de sa carrière sur le circuit principal. Le voilà dans le Top 100. Ultime cadeau estival, il a droit aux honneurs du court Arthur-Ashe lors du premier tour de l'US Open. Et s'il s'incline logiquement contre Marin Cilic, il prend tout de même un set au Croate.
Ce début d'année 2018 marque donc une étape supplémentaire pour l'ami Tennys. A Melbourne, il vient de décrocher ses deux premières victoires en Grand Chelem. Dont une contre un Top 10, triple vainqueur en Grand Chelem. Pas dupe, il sait que Wawrinka était loin d'être à 100%. Il a même eu la classe d'afficher une joie mesurée sur la balle de match. "Par respect pour lui", a confié l'Américain.
Wawrinka, du bar à Melbourne
A son échelle, battre un champion de l'envergure de Wawrinka a quelque chose d'irréaliste. Quand le Vaudois triomphait en finale de l'US Open contre Novak Djokovic en septembre 2016, il se souvient où il était : "J'étais dans un bar, en train de boire quelques bières en regardant le match à la télé. C'était dingue. Un niveau de tennis inhumain." Même avec les limites actuelles de son illustre victime, Sandgren savoure à juste titre ce moment, "son" moment. "Ça coche toutes les cases. Plus grande victoire, plus grand tournoi, plus grand résultat avec ce troisième tour en Grand Chelem, plus grand tout."
Le plus dur, dans tout ça, pourrait être de rester calme et mesuré. C'est là que son histoire personnelle devient un atout. Quand on a tant galéré, tant bourlingué, on accueille les choses, bonnes ou mauvaises, avec une certaine sérénité. "On ne fait pas un marathon en étant à fond tout le temps, résume-t-il. Je fais en sorte que mes émotions ne montent jamais trop haut et ne descendent jamais trop bas."
Le voilà pourtant face à une occasion à peine vraisemblable : il va jouer pour un huitième de finale en Grand Chelem contre un joueur à peine mieux classé que lui, l'Allemand Maximilian Marterer, 22 ans. Peut-être le troisième tour le plus improbable de ces dernières années à Melbourne. Deux inconnus face à face. "Je ne l'ai jamais joué, mais on a pris l'ascenseur ensemble l'autre jour, rigole Sandgren. On s'est échangé un sourire". La complicité de ceux qui sont en train de jouer un drôle de tour dans la cour des grands. Et qui remettraient bien une pièce dans la machine.
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