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Tsitsipas : "Cette balle de match va rester dans ma mémoire toute ma vie"

Tsitsipas : "Cette balle de match va rester dans ma mémoire toute ma vie"

Le 20/01/2019 à 17:54

OPEN D'AUSTRALIE – Du haut de ses 20 ans, Stefanos Tsitsipas a frappé un grand coup dimanche en matant Roger Federer en quatre sets (6-7, 7-6, 7-5, 7-6) à Melbourne. Une émotion particulière, face à son idole d'enfance. Mais le jeune Grec voit déjà plus loin. Cet exploit-là, il ne veut l'envisager que comme une simple étape. Y compris dans cette quinzaine.

Il est beaucoup trop tôt pour dire ou prédire ce que sera la carrière de Stefanos Tsitsipas. Mais depuis dimanche, le Grec a déjà un point commun avec Roger Federer. Comme lui, il a signé le premier grand exploit de sa carrière dans un huitième de finale de Grand Chelem, face à son idole d'enfance. En 2001, le Suisse s'était annoncé en écartant Pete Sampras sur le Centre court de Wimbledon. L'idole de Tsitsipas, c'est Federer. A son tour, il a symboliquement arraché le poster qui trônait sur les murs de sa chambre. En Grand Chelem. En huitième de finale. "C'est fou, quelle coïncidence", dit-il en se pinçant presque.

Le parallèle était tentant avant leur confrontation dominicale. Elle prend désormais tout son sens, comme l'a souligné le héros du jour lui-même. Sur la balle de match, son émotion ne tenait pas seulement au fait d'avoir gagné, mais bien d'avoir battu Federer. "J'ai eu un flashback, a-t-il confié, et c'était très émouvant. On sait tous ce que Roger a accompli dans le tennis. Je me suis revu en train de le regarder jouer à la télé. J'ai réussi à rester fort et à finir ce match, à battre mon idole. Mon idole est devenue mon rival aujourd'hui. Cette balle de match va rester dans ma mémoire toute ma vie."

Vidéo - La balle de match : Tsitsipas n'a pas tremblé, même au moment de conclure face à son idole

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" C'était très mental, tout ça"

Cette balle de match, et probablement ce match tout entier. Plein, intense, maîtrisé. Du brio, un certain cran, du suivi dans les idées et une force de caractère assez remarquable. "Ce que je trouve surtout d'exceptionnel de la part de Stefanos, souligne Patrick Mouratoglou, chez qui le jeune Athénien s'entraîne depuis 2015, c'est qu'il est resté intense pendant 3h45 et concentré du premier au dernier point. Pour un jeune de 20 ans, c'est quelque chose d'assez spécial."

Le plus notable étant certainement ces douze balles de break sauvées, dont quatre sous forme de balle de set en faveur du Suisse à 5-4 dans le deuxième set. Sur un fil sur sa mise en jeu pendant toute la deuxième manche, Tsitspas n'a jamais craqué. "J'ai très bien servi, juge-t-il. Même quand ma première balle n'est pas passée, j'ai sorti une bonne deuxième et derrière j'ai été agressif. Je n'ai pas fait la faute, je l'ai fait jouer et c'est lui qui a raté. Si je n'avais pas tenu sous la pression, ça n'aurait pas été le même match. C'était très mental, tout ça." Et à ce jeu-là aussi, il a été le plus fort. "J'aurais pu craquer à n'importe quel moment, mais ce n'est pas arrivé, parce que je voulais tellement cette victoire", ajoute-t-il.

Vidéo - Huit balles de break (dont quatre balles de set) en trois jeux : le moment où Federer a coincé

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Une affaire très bien préparée

S'il a été opportuniste sur ce deuxième set, et s'il l'a gagné avec la tronche, Stefanos Tsitsipas a ensuite tout simplement été le meilleur joueur sur le court. "Je trouve qu'il a dominé Roger du fond, à l'échange, et ce n'est quand même pas fréquent", relève Mouratoglou, fier comme jamais de son poulain : "le niveau de jeu a été excellent, il y a eu des échanges incroyables. Je ne pense pas que Federer a fait un mauvais match, il l'a dit d'ailleurs dans sa conférence de presse. Mais Stefanos a fait le match presque parfait, lui."

L'affaire avait été très bien préparée dans le clan grec. Tsitsipas a révélé avoir avalé des vidéo de rencontres de Federer à la pelle. "Des matches de Grand Chelem, qu'il avait perdus. Ce n'était pas Rafa, pas Djokovic, mais des joueurs avec le même style de jeu que moi. Mais je ne vous dirai pas lesquels. Il y en a un qui l'avait battu à l'US Open il y a quelques années, a-t-il dévoilé, en mode devinette. Mais ça m'a aidé, à comprendre comment ce joueur avait joué, comment il s'était battu dans ce match pour parvenir à la victoire."

Vidéo - Mouratoglou : "Tsitsipas a eu la chance de jouer face à son idole avant Melbourne"

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" Je suis ici pour le titre, pour gagner le trophée"

Pour Patrick Mouratoglou, ce qui a beaucoup aidé son protégé, c'est aussi d'avoir croisé la route de Federer début janvier à Perth. Ce n'était que la Hopman Cup, une exhibition, mais Tsitsipas n'a pas perdu son temps. "D'abord, explique le consultant d'Eurosport, ça lui a permis de désacraliser l'idole. Il a vu qu'il pouvait rivaliser avec lui du fond du court. Puis il n'avait pas été breaké non plus, déjà... (Federer l'avait emporté 7-6, 7-6, NDLR)." C'est une des raisons pour lesquelles le technicien français avait senti venir le coup. "C'est toujours facile à dire après, mais honnêtement, oui, notamment parce que Stefanos me surprend par la vitesse à laquelle il progresse."

Le jeune Tsitsipas sait ce qu'il vaut et ce qu'il veut. Le plus intéressant, dans ses propos d'après exploit, tient peut-être à la manière dont, en dépit du choc émotionnel, il semble prêt à passer à autre chose. Très rapidement, il parait avoir intégré qu'il n'a gagné qu'un huitième de finale. "C'est une étape importante, cette victoire, c'est un bon début, dit-il. Mais ça doit rester un premier pas vers autre chose. Je dois rester concentré si je veux atteindre mes objectifs. Je dois rester humble."

Son prochain match pouvait difficilement proposer contexte plus différent. Après l'idole, recordman des titres en Grand Chelem, voici Roberto Bautista Agut qui, comme lui, va découvrir son premier quart de finale majeur. Mais avec dix ans de plus. Un bon traquenard post-exploit. Mais il veut être prêt à tout : "Je suis ici pour le titre, pour gagner le trophée. Je le veux vraiment." Dimanche, chacun a pu voir que quand Tsitsipas voulait vraiment quelque chose, il allait le chercher.

Stefanos Tsitsipas lors de son huitième de finale face à Roger Federer / Open d'Australie

Stefanos Tsitsipas lors de son huitième de finale face à Roger Federer / Open d'AustralieGetty Images

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