Nadal - Kyrgios, toute l'Australie attend ça !

OPEN D'AUSTRALIE - Lundi soir, l'Australie aura les yeux rivés sur la Rod Laver Arena, pour le duel le plus excitant du tournoi aux yeux du public local. Nick Kyrgios, porteur des espoirs nationaux et plus concerné que jamais, défie Rafael Nadal. Les chocs entre les deux hommes ont souvent fait des étincelles, sur et en dehors du court.

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C'est le match que toute l'Australie attend. Le numéro un mondial, en quête d'une 20e victoire historique en Grand Chelem, face au plus pur talent local. Sur le simple plan tennistique, l'affiche intrigue et titille les papilles. "C'est un match très excitant, juge notre consultant Alex Corretja, parce qu'il oppose deux joueurs totalement différents. Nadal, c'est l'incarnation du joueur constant, toujours à fond sur chaque point. Kyrgios, lui, c'est la flamboyance. Il apporte autre chose sur le court. C'est pour ça que leurs face-à-face font souvent des étincelles."
Ce choc-là est d'autant plus intéressant que Kyrgios affiche un bilan presque à l'équilibre face au Majorquin : trois victoires, quatre défaites. Et sur dur, c'est lui qui a l'avantage (2-1). Une source d'espoir pour le public australien, dans l'attente depuis quinze ans de voir un de ses champions jouer un rôle majeur à domicile. Depuis la finale de Lleyton Hewitt en 2005, l'Australie n'a pas vraiment été à la fête. Alex De Minaur forfait de dernière minute, Kyrgios a endossé tous les espoirs nationaux. Concerné, concentré, il parait presque en mission après les incendies qui ont durement éprouvé le pays ces dernières semaines. "Je ne joue pas que pour moi", a-t-il rappelé à plusieurs reprises à Melbourne.
La Rod Laver Arena, mauvaise nouvelle pour Kyrgios ?
Cela pourrait constituer un poids, c'est un moteur. "Honnêtement, reprend Alex Corretja, je pense qu'il s'en fout de savoir s'il y a de la pression ou pas de pression. Ça ne le touche pas, même avant de jouer Nadal." L'ancien vainqueur du Masters pointe en revanche un aspect négligé selon lui, et qui pourrait handicaper le natif de Canberra : "Jusqu'ici, Nick a joué tous ses matches sur la Melbourne Arena. C'est un court plus petit que la Rod Laver, le public est plus jeune aussi, plus proche de sa génération, alors que celui du central est plus classique, plus traditionnel. Je pense qu'il aurait payé cher pour pouvoir affronter Rafa sur la Melbourne Arena."
L'autre interrogation tient également à son état physique. Nick Kyrgios a beaucoup donné samedi contre Karen Khachanov. Mine de rien, au lieu de conclure en trois sets face à Gilles Simon comme contre le Russe il a été contraint de faire du rab. Physiquement et nerveusement, il a laissé beaucoup d'énergie en route, surtout samedi face à Khachanov. Trop ? L'intéressé ne le pense pas. "Physiquement, ça ira, a-t-il assuré. J'ai une journée complète de récupération. Je vais faire toutes les petites choses nécessaires pour être prêt. Honnêtement, je suis super excité. Affronter un des plus grands joueurs de l'histoire, sur le central, dans son Grand Chelem, que demander de mieux ? C'est pour ça qu'on joue."
La dernière phrase, emprunte de déférence, témoigne aussi du fait que Kyrgios, une fois n'est pas coutume, pense au jeu avant de penser au buzz. Ça n'a pas toujours été le cas. Surtout avec Nadal. Les petites piques et accrochages entre les deux hommes, émanant presque toujours du côté australien, ont pullulé ces derniers temps. On se souvient du "je peux sentir l'odeur du sang quand je joue ce gars-là" balancé sur Twitter à Acapulco, tirade accompagnée d'une seringue en émoticon, allusion à peine voilée au dopage. On imagine que Nadal a moyennement apprécié.
Cette fois, Kyrgios est resté étonnamment "soft". "Honnêtement, je ne connais pas vraiment Rafa, a-t-il dit samedi. Je ne sais pas vraiment qui il est. Je ne peux pas dire que je ne l'aime pas. Je n'ai jamais dit ça. C'est un joueur fantastique. Je ne connais pas la personne. Je suis sûr qu'il est OK. Puis on n'est pas obligés de s'aimer pour se respecter et je pense qu'il y a du respect. On a des jeux et des personnalités différentes, et on amènera ça sur le court tous les deux, lundi."

Corretja : "Sur la distance des cinq sets, je pense que Rafa a l'avantage"

Le climat parait donc beaucoup plus apaisé qu'avant leur deuxième tour à Wimbledon l'été dernier même si, là aussi, Nick Kyrgios tempère a posteriori ces tensions. "La dernière fois que je l'ai joué à Wimbledon, on a eu un match plutôt sympa, je perds 7-6 au 4e set. J'ai perdu parce qu'il était le plus fort ce jour-là. A la fin, je l'ai regardé dans les yeux et je lui ai dit 'trop fort pour moi'. Il n'y a pas de problèmes." Finalement, c'est peut-être Rafael Nadal lui-même qui s'est montré le plus piquant avec ces retrouvailles australiennes. A minima, disons que l'Espagnol a soufflé le chaud et le froid samedi :
Lundi soir, sur la Rod Laver Arena, il ne devrait être question que de tennis et, pour peu que Kyrgios soit à la hauteur de son adversaire et de l'évènement, ce huitième de finale pourrait bien constituer le clou de la quinzaine. Comme tout le monde, Alex Corretja en attend beaucoup. "J'aime le fait que Nick comprenne que, quand il est concentré et dédié à son travail, il peut être un joueur incroyable et j'espère voir ce joueur contre Rafa", confie-t-il. Même si, à l'heure de se mouiller, il n'a pas trop de doutes sur l'issue des débats : "sur la distance des cinq sets, je pense que Rafa a l'avantage. Je promets que je parle avec ma tête, pas avec mon cœur, mais je pense que Rafa gagnera."
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