Personne ne l’avait vue venir. Pas même elle. A 21 ans seulement, Sofia Kenin fait désormais partie du cercle fermé des championnes en Grand Chelem après avoir renversé dimanche Garbine Muguruza (4-6, 6-2, 6-2) en finale de l’Open d’Australie. Ce sacre, aussi mérité qu’inattendu, lui permettra lundi de figurer dans le top 10 mondial pour la première fois de sa jeune carrière. Elle sera 7e et numéro 1 américaine devant Serena Williams, un sacré symbole.
Mais l’intéressée ne pensait pas à ces considérations bien accessoires au moment de toucher son rêve du doigt. "Ces deux dernières semaines, il y a eu beaucoup d’émotions. Je suis fière de moi, de mon papa, de mon équipe, de tous ceux qui m’entourent. Nous avons tous travaillé dur et nous avons traversé des moments difficiles. Nous l’avons fait. Nous nous sommes battus. Je suis au septième ciel", s’est-elle exclamée en conférence de presse comme débordée par ses émotions.

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Il fallait que je sois courageuse face à une double championne en Grand Chelem
Sortie de sa bulle, Kenin avait du mal à trouver les mots, et on la comprend. Puis, invitée à revenir sur le dernier tournant du match, l’Américaine a repris ses esprits, renouant avec la détermination et la lucidité dont elle avait fait preuve pour l’emporter quelques heures plus tôt. "Ce 5e jeu du troisième set, dans lequel j’étais menée 0/40, je m’en souviens très bien. C’est le jeu qui a tout changé. Je devais jouer mon meilleur tennis et je l’ai fait. Après ça, j’étais en feu, prête à aller chercher ce magnifique trophée. (…) Ce jeu restera à jamais gravé dans ma mémoire", a-t-elle confié.
Faire preuve d’autant d’audace et de sang froid dans un tel moment n’est pas donné à tout le monde. Beaucoup auraient été tentées d’assurer, de ne surtout pas commettre de faute. Pas l’Américaine. "Je savais qu’il fallait que je sois courageuse face à une double championne en Grand Chelem. J’ai beaucoup de respect pour elle. C’était une telle bataille sur chaque point. (…) Je savais qu’il fallait que je joue les cinq meilleurs coups de ma vie. Ça m’a permis de gagner un Grand Chelem, je prends !", a-t-elle encore expliqué, sourire en coin.

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Mon côté russe, c'est ce combat, cette intensité que j'ai en moi
Et c’est bien ce qui a frappé lors de cette finale : cette impression de confiance absolue chez elle, comme si rien ne pouvait lui arriver. D’où lui vient cette assurance ? L’intéressée opte pour l’inné allié à l’expérience. "J’ai toujours beaucoup cru en moi. Ma confiance est venue des matches que j’ai joués et de mes succès en 2019. La compétition m’a vraiment aidée. Je sens que tout se met en place pour moi. Après mon premier titre à Hobart l’année dernière, j’ai décollé. J’ai fait un super parcours à Paris (huitième de finale à Roland-Garros, ndlr) où j’ai joué et gagné contre mon idole, Serena. J’ai perdu contre Ash (la numéro 1 mondiale Ashleigh Barty) là-bas, et j’ai eu ma revanche ici."
On l’aura compris, Sofia Kenin est une féroce compétitrice. A la voir défendre comme une lionne, s’invectiver à chaque coup raté et s’encourager à chaque point gagné, difficile de douter de sa passion pour le combat. Et à entendre la native de Moscou, elle doit aussi beaucoup à son ADN. "Je me souviens avoir regardé Maria Sharapova gagner son premier titre en Grand Chelem à 17 ans. Et je pense que ça m’a vraiment aidé. Mon côté russe, c’est ce combat, cette intensité que j’ai en moi."

Talent, détermination, culot : Kenin a fini par étouffer Muguruza

Un destin de championne

En livrant ces quelques clés, Kenin a donné un aperçu de ce qui contribue à la construction d’une championne. A Melbourne, une vidéo d’elle à 5 ans à Miami a fait fureur. Kim Clijsters lui faisait alors faire le tour du site du tournoi floridien, la présentant à quelques joueurs dont Andy Roddick. Déjà très sûre d’elle, la gamine affirmait alors pouvoir retourner le service canon de l’Américain. La séquence prêtait alors à sourire, le chemin parcouru n’en est que plus extraordinaire.
"Je veux vraiment remercier Kim pour le temps qu’elle m’avait consacré ce jour-là. Je sais qu’elle avait un agenda chargé. Elle m’a donné de sages conseils, et m’a fait de grands compliments. C'était un grand moment pour moi", a glissé la championne de Melbourne, émue. A croire que certaines histoires ne demandent qu’à s’écrire. Kenin a en tout cas eu raison de croire en son destin, et ce n’est peut-être que le début.
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