Thiem devra faire plus et mieux s'il veut battre Djokovic, mais il en est capable
Par Laurent Vergne
Publié 31/01/2020 à 16:20 GMT+1
OPEN D'AUSTRALIE – Un poil plus tendu et emprunté que contre Rafael Nadal, Dominic Thiem a toutefois su trouver la porte de sortie pour battre Alexander Zverev en quatre sets, vendredi (3-6, 6-4, 7-6, 7-6). S'il veut décrocher son premier titre du Grand Chelem dimanche contre Novak Djokovic, l'Autrichien est condamné à se rapprocher du niveau vu contre le numéro un mondial. Tout sauf impossible.
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Crédit: Eurosport
Le Dominic Thiem qui a battu Rafael Nadal mercredi aura sa chance contre Novak Djokovic. Celui qui est venu à bout d'Alexander Zverev en demi-finale quittera dimanche la Rod Laver Arena avec un plateau dans les mains plus qu'avec le trophée Norman Brookes. C'est à peu près garanti.
Mais c'est aussi à travers des matches comme celui-ci que l'on peut mesurer à quel point Thiem a évolué. Il avait deux défis à relever contre Zverev :
1. Enchainer après un combat épique et ce que l'on peut considérer comme la plus belle victoire de sa carrière en Grand Chelem
2. Gérer l'approche d'une demi-finale dont il était le favori légitime.
"Par le passé, il y a deux ou trois ans, j'ai parfois eu beaucoup de problèmes à gérer mes victoires contre un grand joueur. La plupart du temps, je perdais le match d'après, a-t-il rappelé vendredi à propos de la première inconnue de l'équation. Mais avec l'expérience, à force de me trouver confronté à ce genre de situations, j'ai appris à composer avec ça."
Aborder cette demi-finale face à un Zverev novice à ce niveau constituait un autre souci potentiel pour lui. Comme il l'avait évoqué après avoir terrassé Nadal, pour la première fois, il allait croiser aux portes d'une finale majeure un joueur plus jeune que lui.
On n'ira pas jusqu'à dire qu'il n'avait pas le droit de perdre cette demie, mais le poids de l'évènement reposait sur ses épaules davantage que sur celles de Zverev, dont la quinzaine était de toute façon déjà réussie au-delà des attentes, les siennes ou les nôtres. Sortir après avoir épinglé le numéro un mondial, pour Thiem, aurait constitué un demi-échec. Il le savait.
Voilà sans doute pourquoi, au-delà des impondérables physiques (il avait tout de même passé plus de quatre heures sur le court contre Nadal et, comme il l'a souligné lui-même, "Rafa ne vous donne jamais un point, il n'y a pas plus épuisant que de l'affronter"), c'est sans doute à cause de ce contexte que la balle est sortie plus difficilement de sa raquette. Il n'avait ni le punch ni tout à fait la même intensité que l'avant-veille. "J'ai eu du mal au début, a-t-il admis. Je n'étais pas 'dans la zone' tout de suite, comme contre Rafa. Ça m'a pris du temps pour me mettre dedans, peut-être 20 ou 30 minutes. Mais c'est normal à mon avis. L'important, c'est de rester dans son match, de se battre jusqu'au bout."
Il n'a plus besoin de surjouer
C'est en cela que sa victoire face à Zverev, même bien moins ébouriffante que celle contre Nadal, possède une valeur non négligeable. Sans offrir son meilleur tennis, il a relevé ce double challenge. Ce n'est pas rien et c'est un signe qui ne trompe pas : Dominic Thiem a grandi, beaucoup grandi. Non seulement il n'a plus besoin de surjouer pour répondre à la plupart des questions qui lui sont posées, mais il peut même s'en tirer en "sous-jouant" légèrement (avec des guillemets de rigueur, car il a tout de même sorti un gros match) y compris face à des adversaires de l'envergure d'un Zverev.
Le protégé de Nicolas Massu se nourrit aujourd'hui de ses propres certitudes. C'est un sacré luxe. Il y a donc de bonnes raisons de croire qu'il ne passera pas à côté de sa finale et que le visage qu'il offrira sera plus proche de celui face à Nadal que contre Zverev.
A condition que son corps lui autorise à se livrer à 100%. Il s'est voulu rassurant sur ce point : "J'ai un jour de récupération en moins, mais ça a des avantages et des inconvénients. Bien sûr, j'ai moins de temps pour me régénérer, mais c'est un piège parfois d'avoir d'un seul coup deux journées pleines de repos au lieu d'une seule. Mais de toute façon, avec l'adrénaline et la motivation, je pense que ça ira."
Le drame d'une génération
Parce que Novak Djokovic sera en face, le passage en "mode Nadal" pourrait toutefois s'avérer être une condition sine qua non mais pas nécessairement suffisante. Il fait face à un dilemme à peu près identique à celui qu'il a connu à Roland-Garros ces deux dernières années.
S'attaquer à Djokovic, ici, à Melbourne, qui plus est dans une finale, où le Serbe n'a encore jamais trébuché que ce soit contre l'euphorique Tsonga, le redoutable Nadal ou son presque jumeau Murray, constitue un défi à peine moins corsé que de déboulonner la statue du commandeur majorquine sur la terre parisienne.
Voilà bien le drame de la génération "post Big 3", qu'elle soit "middle" comme lui ou "Next". Pour décrocher un titre de cette envergure, il faut le plus souvent s'astreindre à escalader l'Annapurna et l'Everest. Pas seulement un des deux sommets.
Mais de tous les adversaires potentiels du Djoker dans ce dernier combat de la quinzaine, il est sans doute celui qui disposait de l'arsenal le plus complet dans le contexte de cet Open d'Australie pour nous offrir une finale à la hauteur de nos espérances.
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