Thiem, ou la mue du super terrien en super crack

OPEN D'AUSTRALIE – Le redoutable terrien qu'était Dominic Thiem s'est mué depuis un peu moins d'un an en un joueur bien plus complet, capable de briller également sur dur. Sa finale à Melbourne, où il défiera dimanche Novak Djokovic, en est la plus belle preuve. L'Autrichien est aujourd'hui au moins aussi dangereux sur surface rapide qu'il ne l'est sur ocre.

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Faut-il s'étonner de voir Dominic Thiem en finale de l'Open d'Australie quand, jusqu'à 26 ans, il n'avait encore jamais franchi le seuil des quarts de finale ailleurs qu'à Roland-Garros ? Et encore, il n'avait atteint ce cap qu'une seule fois, à l'US Open, en 2018. Mais jamais il n'avait été un acteur de premier plan en Grand Chelem sur surface rapide. Catalogué redoutable terrien, à juste titre, avec deux finales et deux demies à Roland-Garros, l'Autrichien était limité à cette seule qualité. En deux semaines, Melbourne aura balayé cette image. Mais c'est tout sauf un hasard.
Le numéro 5 mondial recueille dans cette quinzaine les fruits d'une mue entamée voilà plusieurs mois. C'est sur dur qu'il a remporté le premier Masters 1000 de sa carrière, en mars dernier, à Indian Wells. "C'est incroyable d'avoir gagné mon premier grand titre ailleurs que sur terre battue", avait-il confié au soir de sa finale victorieuse contre un certain Roger Federer. Quelques mois plus tard, on l'a vu finir l'année par une finale au Masters, où il n'avait jamais brillé jusqu'alors, avec des victoires sur Djokovic, Federer ou Zverev.

Le déclic de l'automne

L'intéressé opère toutefois une distinction entre ces différentes étapes. Selon lui, Indian Wells n'avait ainsi pas marqué une véritable révolution, comme il l'expliquait vendredi soir à Melbourne : "Ma victoire à Indian Wells m'a donné beaucoup de confiance et ça avait été un grand soulagement de remporter un Masters 1000. Mais Indian Wells, c'est finalement assez similaire à la terre battue. Les conditions sont parfaites pour mon jeu, la balle rebondit très haut." Son triomphe dans le désert aurait donc eu des allures de trompe-l'œil.
Non, pour Dominic Thiem, sa véritable métamorphose date de l'automne dernier. Après un US Open que l'on qualifiera sans trop de crainte de décevant puisqu'il avait pris la porte dès le 1er tour contre l'Italien Thomas Fabbiano, les pièces du puzzle ont fini par se mettre en place. Lors de la tournée asiatique puis à l'occasion de la campagne européenne en indoor, le protégé de Nicolas Massu a changé de dimension. En trois actes : un titre à Pékin, un autre à Vienne et, bien sûr, sa finale au Masters.
"Je pense que là, j'ai fait un grand pas en avant, précise le tombeur de Rafael Nadal. J'ai vraiment développé mon jeu dans la bonne direction. Je suis devenu plus agressif sur surface rapide. J'ai commencé à mieux servir, à mieux retourner et tout ça m'a donné énormément de confiance pour aborder la nouvelle année en Australie parce que je me suis dit : 'si je peux être en finale à Londres, pourquoi je ne pourrais pas en faire autant sur dur dans un tournoi du Grand Chelem ? Je sais désormais que je peux être très bon sur surface rapide."
"Il a incontestablement beaucoup progressé sur dur, ses résultats le prouvent", relève Novak Djokovic, bien placé pour constater la nouvelle polyvalence du "Dominator" de Wiener Neustadt puisqu'il s'est incliné lors de leurs deux derniers duels, l'un sur terre à Roland-Garros, l'autre sur surface rapide à Londres. "On le sent beaucoup plus en confiance et ça a commencé je pense avec son titre à Indian Wells en battant Roger (Federer) en finale", ajoute le tenant du titre.
Mais qu'a fondamentalement changé Dominic Thiem pour devenir un tel client loin de l'ocre ? "Il y a deux domaines dans lesquels il a beaucoup progressé, juge Mats Wilander. Le service d'abord, il est beaucoup plus à l'aise avec ce coup. Il l'utilise de différentes façons pour bien s'installer dans l'échange. L'autre point, c'est son revers. Il a trouvé le moyen d'utiliser son slice comme une véritable arme, il a beaucoup plus de variétés. Et comme il a toujours son revers long de ligne, dont on se dit parfois 'mais comment est-ce possible de faire ça ?', il peut tout faire maintenant. Je suis impressionné de voir à quel point il est devenu complet, par sa capacité à varier. Tactiquement, il devient un peu un joueur à la Roger Federer."

Pour McEnroe, il est "meilleur sur dur que sur terre"

John McEnroe, lui, va même encore plus loin. Pour l'ancien numéro un mondial, Thiem est devenu plus performant encore qu'il ne l'est sur terre : "je le pense vraiment. Il est meilleur aujourd'hui sur dur qu'il ne l'est sur terre battue. Il joue plus intelligemment sur dur, je trouve. Et le gars sait volleyer, donc il n'hésite plus à vernir vers l'avant."
Il n'y a donc aucune anomalie à retrouver Dominic Thiem sur la Rod Laver Arena le dernier jour de la quinzaine. Seule problème, le défi qui l'attend dimanche pour sa troisième tentative en finale de Grand Chelem s'annonce à peine moins complexe que les deux premières face à Rafael Nadal à Roland-Garros. "C'est vrai que je l'ai plus souvent battu que le contraire lors de nos derniers matches, mais ça n'a pas beaucoup d'importance, estime l'Autrichien. Ici, il est dans sa zone de confort, il joue toujours son meilleur tennis en Australie. Tout ce que je peux faire, c'est sortir mon meilleur tennis."
Battre Djokovic ici pour le titre serait un exploit monumental, surtout après avoir déjà bouté Nadal hors du tableau. Mais si cela devait arriver, ne criez pas au sacre improbable d'un terrien. Ce sera celui d'un champion accompli et complet.
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