Un triomphe, une blessure, une polémique. Voilà la trilogie djokovienne de cet Open d'Australie. Pour lui, seul le premier élément compte et à l'épreuve du temps comme à l'échelle de l'histoire, les deux autres seront largement éclipsés. Mais c'est vrai, ses abdominaux en feu, qui, de son propre aveu, ont failli à le pousser à l'abandon contre Taylor Fritz lors de son 16e de finale, avant de rendre incertain sa présence sur le court deux jours plus tard face à Milos Raonic, auront rythmé les neufs derniers jours de la quinzaine de Novak Djokovic.

Si embrouillamini il y a eu, c'est en raison de la nature de ladite blessure, et de l'ampleur de sa gravité. A chaud, sur le court, le numéro un mondial avait parlé de "déchirure musculaire" après son match contre Fritz. "Impossible", avaient répondu beaucoup de spécialistes. On ne peut jouer à ce niveau avec une déchirure.

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L'IRM a confirmé une déchirure

Dimanche, à l'issue de sa finale survolée contre Daniil Medvedev, il a pourtant persisté et signé : "C'est une déchirure. Une déchirure musculaire. Je l'ai sentie dès que c'est arrivé contre Fritz au 3e tour. C'est ce que j'avais dit lors de mon interview d'après-match. Je le soupçonnais, à cause de la façon dont je me sentais après avoir ressenti la douleur. L'IRM a confirmé une déchirure au muscle abdominal oblique."

Comment a-t-il pu se remettre sur pieds (ou sur abdos) ? S'il a pu paraitre partiellement diminué face à Raonic puis Zverev en quarts, dès sa demi-finale contre Aslan Karatsev, il avait retrouvé la plénitude de ses moyens physiques. Son staff a expliqué dimanche qu'avant chaque match, y compris la finale, Djokovic a effectué un test physique pour s'assurer qu'il pouvait rentrer sur le court.

Parce que tout cela l'agace, il apportera une réponse dans quelque temps : "Nous prévoyons de sortir un documentaire sur mon tournoi à la fin de l'année. Vous pourrez voir comment nous avons travaillé pour que je puisse être en état de jouer, récupérer. Nous avons filmé beaucoup de choses, ici à Melbourne, mais aussi ces derniers mois. Chacun pourra voir tous les détails."

Novak Djokovic

Crédit: Getty Images

Ivanisevic : "On n'a personne à attaquer ? On va s'en prendre à Novak !"

Novak Djokovic n'est pas dupe. Il lit, il voit, et quand bien même il voudrait ne pas écouter, il ne peut pas ne pas entendre. Même s'il essaie de se préserver, surtout en plein tournoi. Mais ce n'est pas aussi simple, comme il l'a expliqué dimanche : "Je ne me suis pas occupé de ces spéculations, de ces discussions et mon équipe non plus. On a passé deux semaines ensemble et, au moins quand ils étaient avec moi, on ne parlait pas de tout ça. Mais bien sûr, c'est difficile d'éviter tout ça. Ce que les gens disent finit par vous revenir, d'une manière ou d'une autre. Evidemment, ça ne fait pas plaisir."

Alors, sans régler ses comptes dimanche, il a effectué une mise au point. "Je sais qu'il y a eu beaucoup de spéculations, dit-il. 'Comment je peux récupérer si vite, c'est impossible de faire ça'. Chacun a le droit de dire ou penser ce qu'il veut, de critiquer les autres. Je trouve simplement que c'est injuste parfois. Les gens critiquent sans savoir, avoir tous les éléments. Mais bon, ce n'est pas la première ou la dernière fois, j'ai tellement l'habitude de ça."

S'il est resté "soft" sur la forme et s'il a choisi ses mots, sans doute par volonté que ce sujet n'occulte pas l'essentiel, à savoir son titre, Goran Ivanisevic, lui, s'est occupé de sonner la charge. "Il y a quelqu'un, là-haut, qui voit toute cette injustice. Ce que les médias et les gens lui font, a tonné le Croate. Il a essayé d'aider les autres pendant la quarantaine, mais on l'attaque. Tout est de sa faute. On n'a personne à attaquer ? On va s'en prendre à Novak. Puis il y a eu cette blessure. Même cette blessure, on essaie de la remettre en cause."

Même pour Medvedev, Djokovic est dans une autre galaxie en finale à Melbourne

Ce titre est ma façon de répondre

Mâchoire serrée, l'entraîneur croate du numéro un mondial a visiblement encore moins digéré la polémique que son joueur. "Il a passé une IRM après le match contre Fritz. Les docteurs lui ont dit ce qu'il avait. Ils lui ont donné le choix de continuer ou non. Certains peuvent composer avec la douleur, d'autres non. Tout le monde ne la supporte pas de la même façon."

Est-ce que Djokovic en a souffert, selon lui ? "Il faut lui poser la question. Mais ce n'était pas facile à gérer. De toute façon, dès qu'il dit quelque chose, les gens trouvent à redire. S'il dit quelque chose, ça ne va pas. S'il se tait, ça ne va pas. Composer avec toutes ces critiques en plus de la blessure, ce n'est pas simple." Mais comme souvent avec Novak Djokovic, ce fut aussi une forme de moteur. "Ça montre à quel point ce gars est fort mentalement. Je n'ai jamais vu quelqu'un comme lui dans ce domaine. Il encaisse tout. Ça rend cette victoire encore plus douce, plus savoureuse. J'ai été le témoin de quelque chose d'incroyable et je me sens privilégié."

"La victoire reste son pouvoir, même si ça non plus, ça ne plait pas à tout le monde", écrivions-nous il y a quelques jours à propos de Novak Djokovic. Malgré tout ça et peut-être un peu grâce à tout ça, la victoire est restée son pouvoir à Melbourne. "Je suppose, a-t-il dit dimanche, le trophée Norman Brookes devant lui, que ce titre est ma façon de répondre à toutes ces critiques." Il ne les fera peut-être pas taire. Mais elles ne l'abattront jamais.

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