Il avait sûrement imaginé un scénario bien différent. Au pire, il se voyait certainement, à l’instar de bien des observateurs, tomber les armes à la main. Sur une dynamique exceptionnelle de 20 victoires consécutives (dont 12 contre des Top 10), et après avoir lessivé successivement Andrey Rublev et Stefanos Tsitsipas en quart et en demie, Daniil Medvedev semblait incarner une menace plus que crédible pour un Novak Djokovic ballotté comme rarement en Grand Chelem avant d’atteindre la finale. Et pourtant, le Russe a été laminé par un numéro 1 mondial sur sa planète et dans une Rod Laver Arena où il a désormais glané la moitié de ses 18 titres en Grand Chelem.
Un gouffre les sépare encore, du moins dans une grande occasion de ce type. Certes, Medvedev a gagné 3 fois en 8 confrontations contre Djokovic, mais il ne l’a pas encore fait au meilleur des cinq sets quand le Serbe donne la pleine mesure de son tennis. "C’est dur. Je n’aime pas perdre, que ce soit au 1er tour ou en finale de Grand Chelem. Mais bien sûr, c’est plus dur quand vous avez le sentiment d’être plus proche du trophée. Il a gagné aujourd’hui, comme j’ai gagné quasiment tous mes matches lors de ce tournoi. J’étais au contact dans le premier set, avec un break d’avance dans le 2e, mais j’ai fini par perdre en trois. Je n’ai pas mal joué, mais je n’étais pas à mon meilleur niveau. C’est probablement sa qualité à lui qui a fait que je n’ai pas pu m’exprimer au mieux", analyse d’ailleurs le Russe avec une lucidité qui l’honore.
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L'US Open 2019 lui avait fait plus mal

Pour sa deuxième finale en Grand Chelem, Medvedev s’est donc incliné pour la deuxième fois. Mais si à Flushing contre Rafael Nadal en 2019, un autre membre du fameux Big 3, il était proche d’éclater le plafond de verre pour la nouvelle génération, cette fois il n’a jamais semblé en mesure de renverser la table. "L’US Open m’a fait plus mal parce que j’ai eu plus d’occasions de gagner qu’aujourd’hui (dimanche, NDLR). Mais j’ai fait de mon mieux. Rafa vous donne plus de temps pour réfléchir sur le court. Mais il est fantastique en défense et en coup droit. Vous avez l’impression que vous avez gagné le point et il vous sort des coups complètement fous. Mais vous avez le temps de vous adapter. Novak m’a privé de temps en permanence. Il servait aussi incroyablement bien dans les moments cruciaux", ajoute-t-il encore très élogieux.
Comme tout le monde, Medvedev n’a pu que se rendre à l’évidence, Djokovic est dans son jardin à Melbourne, comme Nadal est dans le sien à Roland-Garros. Et il peut se rassurer un peu en se disant que les deux intéressés se sont aussi infligés des corrections entre eux, la dernière en date pour le Serbe l’automne dernier. "Ce qui est incroyable chez Djokovic, c’est sa détermination, mais pas seulement contre les jeunes. Je pense que ce serait pareil contre Roger ou Rafa. Je me souviens que quand j’ai perdu contre lui en huitième de finale il y a deux ans ici, j’ai regardé sa finale. Je pense que je me sens aujourd’hui comme Rafa s’est senti ce jour-là", relativise-t-il.

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Si je veux gagner 9 fois l’Open d’Australie, il faudrait que je le fasse chaque année jusqu’à mes 34 ans. Je crois en moi, mais je ne suis pas capable de faire ça
Il n’empêche, aucun joueur issu de ce qu’on a appelé la "NextGen" n’arrive à déloger les titans en finale de Grand Chelem. Ce constat implacable rend le passage de flambeau maintes fois anticipé encore difficile à envisager à court terme. Djokovic avait d’ailleurs prévenu, il n’a pas l’intention de laisser la place et, même si le cas de Roger Federer est à part puisqu’il n’a plus joué depuis plus d’un an, le "Big 3" reste bien la référence du tennis mondial, en tout cas en Grand Chelem.
Medvedev acquiesce d’ailleurs sans difficulté. "Quand le Big 3 est dans la ‘zone’, ce sont juste de meilleurs joueurs de tennis que nous. Ce qu’ils font est incroyable dans le tennis. J’ai 25 ans. Si je veux gagner 9 fois l’Open d’Australie, il faudrait que je le fasse chaque année jusqu’à mes 34 ans. Je crois en moi, mais je ne suis pas capable de faire ça. C’est la même chose avec Rafa. Je veux dire, 13 Roland-Garros… On parle de cyborgs du tennis, dans le bon sens du terme."

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Pas question pour autant de céder au découragement pour Medvedev qui a fait de son mieux avec les armes du jour. "Je pense que je me rapproche. Si je rejoue Novak en finale de Grand Chelem, je ferai les choses mieux et différemment sur le court, comme en dehors. J’ai juste besoin d’être meilleur en finale de Grand Chelem contre lui, Rafa ou Roger. Quand je finirai ma carrière, que j’aie 20 titres du Grand Chelem ou aucun, je ne veux avoir aucun regret. C’est le plus important pour moi", insiste-t-il encore.

Enchaîner pour vite tourner la page

D’ailleurs, malgré la déception, le Russe n’est pas trop inquiet quant à sa capacité à rebondir dans les semaines à venir. "J’encaisse généralement bien les défaites. Je vais jouer Rotterdam dans deux semaines. C’est ce qui est bien dans le tennis. Dans deux jours, je serai chez moi et je me préparerai pour le prochain tournoi. Oui, je pense que j’aurai besoin de deux jours pour m’en remettre", évalue-t-il.
Et l'intéressé n'a rien perdu de sa vivacité d'esprit. "Quel sera le plus grand objectif de la suite de ma saison ? Gagner un match à Roland-Garros !", lâche avec un joli sens de l'auto-dérision celui qui n'a toujours pas passé le 1er tour à la Porte d'Auteuil. Non, le grand Daniil n’est pas du genre à se laisser décourager. Et il aurait d’ailleurs bien tort : ces dernières semaines, il a incontestablement pris une autre dimension. Mais il n’évolue pas encore dans la quatrième, comme les trois extraterrestres du circuit.

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