Une finale pour l'histoire. Dimanche, Rafael Nadal peut devenir le premier homme à 21 titres du Grand Chelem au compteur. Dans sa mission, il devra se débarrasser d'un Daniil Medvedev qu'il a appris à connaître à New York dans une autre finale qui restera. Ce 21e sacre, Nadal l'attendait sans doute davantage à Paris qu'à Melbourne, eu égard à sa préparation de saison et à ses doutes physiques encore très récents.
C'est pourtant là, aux Antipodes, que la grande histoire l'appelle. Dans une Rod Laver Arena qui ne lui a pas toujours réussi les soirs de finale. Depuis sa première victoire ici, face à Roger Federer en 2009, l'Espagnol ne s'est plus jamais imposé. Retour sur ces finales perdantes toujours particulières et souvent amères.
ATP Finals
Djokovic, conquérant de l'inutile : "Je ne peux pas calculer"
18/11/2022 À 20:43

2012 : le chef d'œuvre face à Djokovic

Nombre de titres du Grand Chelem au compteur : 10
Le contexte : Au moment d'arriver à Melbourne cette année-là, Nadal n'est plus l'homme fort du circuit. Pire, il apparaît systématiquement sur la photo du vainqueur mais jamais dans la peau de celui-ci. À Wimbledon puis à Flushing, Novak Djokovic s'est amusé à lui chiper la vedette, en le battant à la régulière, en quatre sets à chaque fois. C'est le Serbe qui occupe solidement le premier rang mondial après une année 2011 complètement délirante marquée par son Petit Chelem et un bilan fou (70 victoires, 6 défaites).
Le match : Historique. Magnifique. Fantastique. Utilisez tous les superlatifs que vous voudrez. Ils se justifient au regard de l'une des plus belles finales de Grand Chelem de l'histoire. Par sa longueur déjà. 5h53 pour ce qui reste, encore aujourd'hui, le plus long duel en Majeur de l'histoire. Une intensité folle, une qualité de jeu jamais démentie et des rebondissements dans tous les sens. Tous les ingrédients d'une finale restée dans les annales.
Après une baston immense pendant quatre sets, Rafa et Nole vont en découdre dans une dernière manche de feu. En animal impitoyable, l'Espagnol parvient à breaker le Serbe sur sa seule occasion de la manche, pointant en tête à 4-2. Le parfum du succès vient lui chatouiller les narines. "À ce moment-là, j'ai senti le titre à ma portée contre quelqu'un qui m'avait battu six fois en 2011", expliquait-il après coup. Mais Djokovic, immense champion et force mentale hors du commun, vient débreaker dans la foulée. Coup sur le casque sur le crâne de Nadal qui ne marque plus qu'un jeu avant de voir le Serbe remporter probablement la victoire la plus marquante de sa carrière en cinq sets (5-7, 6-4, 6-2, 6-7, 7-5). Première défaite, premier plateau.
La décla qui résume tout : "Je ne suis pas content de perdre la finale, bien sûr. Mais c'est une des défaites dont je suis le plus fier dans ma carrière"

Djokovic - Nadal, Australie 2012 : au bout de l'épuisement.

Crédit: Getty Images

2014 : Wawrinka qui explose, son dos aussi

Nombre de titres du Grand Chelem au compteur : 13
Le contexte : L'Espagnol a repris la couronne. Fin 2013, après sa victoire finale à Flushing contre Djokovic, Nadal reprend les commandes du classement ATP et semble lancé comme une balle vers un 14e Majeur. En demi-finale, malgré une ampoule XXL à la main gauche, il écrase Roger Federer en trois sets. Dans l'autre partie du tableau, Stan Wawrinka a signé l'un des plus gros matches de sa carrière en quart de finale pour sortir le Djoker, triple tenant du titre, à 9-7 au dernier set. Nadal ne le sait pas encore mais l'acte de naissance de "Stanimal" est arrivé.
Le match : Peut-être l'une des finales les plus étranges de l'histoire récente en Majeur. Après un premier set à subir les coups de fusil du Suisse, Nadal connaît le pire : son dos se bloque à 2-1 dans le deuxième set. À ce moment-là, l'abandon est proche, expliquera plus tard son oncle Toni. Mais, parce que c'est un combattant hors-norme, Rafa retourne au mastic. Non sans avoir fait un détour dans les mains du kiné au début du deuxième set. Un choix qui lui aura valu une bordée de sifflets de la part de la Rod Laver Arena.
Clairement, il n'est pas en pleine possession de ses moyens. Ses premières balles ne dépassent plus jamais la barre des 150 km/h. Mais Wawrinka a la main qui tremble au moment de conclure. Logique. Même diminué, Nadal s'empare du troisième set et laisse croire que le suspense est réel. Lui-même sait que c'est faux : "Je pouvais gagner un set comme ça, mais pas trois, pas face à un adversaire aussi fort." Car "Stanimal" retrouve ses esprits et finit par remporter logiquement son premier Majeur (6-3, 6-2, 3-6, 6-3). Déception, douleur, larmes. Mais surtout nouveau plateau.
La décla qui résume tout : "J'ai tout essayé jusqu'au dernier instant, pour le public, pour mon adversaire, pour moi. Mais c'était impossible de gagner de cette manière".

Stan Wawrinka face à Rafael Nadal en finale de l'Open d'Australie 2014.

Crédit: Getty Images

2017 : Un Fedal pour l'éternité

Nombre de titres du Grand Chelem au compteur : 13
Le contexte : Retour vers le futur. Pour trouver Rafael Nadal en finale d'un Majeur, il faut remonter à Roland-Garros 2014. Pour trouver Roger Federer en finale d'un Majeur, il faut remonter à l'US Open 2014. Embêtés par les pépins physiques, les deux hommes ont laissé le champ libre au glouton Djokovic, embêté par Andy Murray et Stan Wawrinka. Revoir Nadal et Federer au sommet est autant une envie qu'une chimère pensent certains à l'époque. Mais les deux hommes vont déjouer les pronostics pour s'inviter en finale. Romantique, excitant et intriguant tant l'affiche semble venir d'un temps qu'on pensait définitivement derrière nous.
Le match : Une montée en puissance pour un finish de folie. Après quatre manches d'un gros niveau mais parfois inégales, les deux magiciens règlent la mire dans un dernier set déjà passé dans la postérité. Comme face au Djoker en 2012, Nadal réalise le break. Encore plus tôt dans la manche. À 3-1, les chances de Federer semblent faibles. Le Majorquin ne marquera cependant plus un seul jeu dans le match, laissant le Suisse renouer avec le succès en Grand Chelem qui le fuyait depuis plus de cinq ans.

Federer - Nadal 2017, le résumé d'une finale légendaire

Légendaire, le match l'est. Mais le résultat n'est toujours pas en faveur de l'Espagnol. Au moment de la traditionnelle cérémonie de remise des prix, il s'en prend à ce "truc" tout en soulignant son honneur d'être sur la photo de l'évènement sportif le plus marquant de 2017. "Je ne peux pas dire que je suis triste", aura-t-il l'honnêteté de souligner après son échec, tant revenir en finale après tous ses déboires physiques passés relève de l'exploit.
La décla qui résume tout : "Je crois que c'était un super match. J'ai aimé en faire partie".

Rafael Nadal en 2017

Crédit: Getty Images

2019 : Une fessée à sens unique

Nombre de titres du Grand Chelem au compteur : 17
Le contexte : Après une année 2018 marquée par son onzième titre à Roland, une demi-finale crève-cœur à Wimbledon, mais également par une fin de saison en eau de boudin à cause de ses abandons et forfaits répétés, Rafa repart à Melbourne en quête de sensations. Grâce à un tableau ouvert où il affronte des jeunes talents encore en phase d'apprentissage, il se fraye un passage vers la finale à vitesse grand V. Au moment de disputer sa 25e finale de Grand Chelem, il n'a cédé aucun set et perdu que 48 petits jeux (8 par match en moyenne). Face à lui se dresse le maître des lieux, Novak Djokovic.
Le match : Une boucherie inattendue. Face à un Djokovic dans la zone, le Majorquin est sans réponse, pulvérisé en à peine plus de deux heures et trois petits sets secs (6-3, 6-2, 6-3). Bien plus tendu que son adversaire, bien moins précis, Nadal se heurte à ses limites autant qu'au niveau ahurissant de son bourreau. De toutes ses finales disputées en Majeur, a fortiori contre Djoko, c'est la plus violente car le gouffre entre les deux semble abyssal. Sur le match, il ne prendra que huit jeux. Comme une revanche, il n'en laissera que 7 au Serbe à Roland-Garros en 2020, comme une réponse cinglante à cette correction australe.
La décla qui résume tout : "Ce soir, je n'avais aucune chance".

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