C'était juste avant la finale de Roland-Garros 2006. D'une formule parfaite, le quotidien L'Equipe avait résumé l'affiche mettant aux prises Roger Federer et Rafael Nadal : le meilleur joueur du monde contre le meilleur joueur de la terre. "Rafa" venait tout juste de fêter son 20e anniversaire mais il était, déjà, l'incontestable maître de l'ocre. Il était au cœur d'une série d'invincibilité amorcée en avril 2005 et qui s'étendrait à 81 matches, jusqu'au printemps 2007. Il avait déjà stoppé Federer en demi-finale à Paris en 2005. Il allait gagner cette finale face au Suisse, puis encore trois autres, pour atteindre l'effarant total de 13 titres porte d'Auteuil.
Nadal était alors "L'Extra-terrien", le joueur le plus dominateur jamais vu sur cette surface et, sans doute, sur n'importe quelle surface dans l'histoire du tennis. C'était déjà énorme mais, à l'époque, qui aurait pu imaginer qu'il étofferait son palmarès jusqu'à devenir, ce dimanche 30 janvier 2002, le quatrième joueur de tous les temps à réussir un double Grand Chelem en carrière. Parce qu'il a tant et tant gagné sur terre battue, son palmarès ébouriffant sur la brique pilée a de façon assez injuste atténué au moins en partie ce qu'il a accompli par ailleurs.
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Nadal peut redevenir n°1 mondial, mais... "l’essentiel est de rester en bonne santé"
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Mieux que McEnroe, aussi bien qu'Agassi, Connors ou Lendl

"Vous faites une grave erreur si vous continuez d'appeler Rafa 'Le Roi de la terre', il a gagné partout au moins deux fois désormais", jugeait Boris Becker sur Eurosport dimanche à l'issue de l'épique finale remportée à Melbourne par le Majorquin contre Daniil Medvedev. Non qu'il ne soit pas "Le Roi de la terre", mais il est effectivement temps, et il l'était depuis longtemps, de ne plus le réduire à cela. Bien sûr, ses 13 couronnes parisiennes constituent la majeure partie de son pécule majuscule. Mais pour jouer un petit jeu absurde, enlevons Roland-Garros de l'équation. Que resterait-il ? Un palmarès qui le placerait à hauteur ou devant certains très grands champions de l'histoire du jeu.
Open d'Australie : 2 titres (2009, 2022)
Wimbledon : 2 titres (2008, 2010)
US Open : 4 titres (2010, 2013, 2017, 2019)
Huit titres du Grand Chelem, c'est, par exemple, autant qu'un Andre Agassi, un Ivan Lendl, Jimmy Connors ou encore un Ken Rosewall. Mieux, c'est une victoire de plus que John McEnroe, Mats Wilander ou John Newcombe. Deux de plus que Stefan Edberg ou... Boris Becker. Nadal n'a pas besoin de Roland-Garros pour regarder en face, ou de haut, même si ce n'est pas le genre de la maison majorquine, quelques-unes de plus grandes figures de l'ère Open.

5 sets et 5h24 de jeu pour un 21e majeur pour Nadal : les temps forts d'une finale d'anthologie

Après son premier quadruplé à Roland-Garros, en 2008, il n'avait pourtant gagné encore nulle part ailleurs. Il ne lui faudrait que deux ans et trois mois pour posséder la panoplie complète du Grand Chelem : Wimbledon en 2008 (puis en 2010), l'Open d'Australie en 2009, l'US Open en 2010. "Je n'aurais jamais rêvé de gagner les quatre tournois du Grand Chelem, encore moins à 24 ans", avait-il dit au soir de son premier sacre new-yorkais en 2010. En dehors de Roland-Garros, il a battu Federer en finale à Wimbledon et Melbourne, et Djokovic en finale à Flushing Meadows à deux reprises.
Alors, c'est vrai, après avoir remporté quatre titres majeurs loin de Paris entre juillet 2008 et septembre 2010, il n'en a plus gagné "que" quatre depuis. Et les trois derniers (US Open 2017 et 2019, Australie 2021) sans avoir à croiser un moment ou un autre les deux autres géants de son temps.

Pas mal, pour un vulgaire joueur de terre battue

Oui, il n'a plus battu Djokovic sur dur depuis la finale de l'US Open 2013. Il ne lui a même plus pris le moindre set. Et il a perdu ses deux derniers duels contre Federer en Grand Chelem hors terre battue (Australie 2017, Wimbledon 2019).
Ses avocats répondront que, si lui aussi a failli prendre trois sets en finale contre Medvedev, il s'est imposé en cinq. Pas comme Djokovic à New York à la fin de l'été dernier. La pression n'était pas la même pour lui que pour le Serbe, en lice pour le Grand Chelem ? C'est vrai. Mais vous pourrez mettre tous les "oui mais" que vous voudrez. Nadal a gagné cet Open d'Australie. Nadal a gagné huit titres du Grand Chelem même sans terre sous ses pieds.

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En réalité, sa trajectoire révèle surtout l'exceptionnelle évolution du jeu du champion espagnol. Lui dont la première balle lui servait à ses débuts à mettre la balle en jeu plutôt qu'à faire le point est devenu un des meilleurs serveurs du circuit. L'œil ne le dit pas forcément, les chiffres oui. Les jours où il coince, son engagement est même parfois sa bouée de sauvetage, comme ce fut le cas contre Denis Shapovalov à la fin de leur quart de finale à Melbourne.
Et que dire de son jeu au filet ? Nadal montait jadis à la volée quand il s'était perdu ou quand il ne pouvait faire autrement. Désormais, non seulement il y vient sciemment, mais aussi souvent. Il est un excellent volleyeur, des deux côtés. C'est en transformant son jeu, par son exigence et son constant désir de progression que l'extra-terrien a pu opérer sa mue en un extra-terrestre, compétitif partout. Pas mal, pour un vulgaire joueur de terre battue.
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