Open d'Australie 2023 - Caroline Garcia entre certitudes, rêves et fragilités

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OPEN D'AUSTRALIE – Caroline Garcia a traversé la seconde moitié de la saison 2022 comme une furie. Trois titres, un WTA 1000, le Masters, une demi-finale en Grand Chelem, n'en jetez plus. Désormais 4e mondiale, la Française peut légitimement briguer une victoire majuscule cette saison. Mais tout n'est pas aussi simple. Même quand tout va bien.

Caroline Garcia: "Me concentrer sur mon style de jeu"

Video credit: Eurosport

Il y avait eu l'annonce tonitruante d'Andy Murray lors de son match à Roland-Garros contre Maria Sharapova alors qu'elle n'avait que 17 ans. Caroline Garcia était la future numéro un mondiale, pour le Britannique. A l'aube de cet Open d'Australie, c'est cette fois Alexander Zverev qui, invité à se mouiller au micro d'Eurosport, voit la Française remporter cet Open d'Australie. A croire qu'elle est condamnée aux attentes. Condamnée ? Le terme pourrait paraître inapproprié, mais il témoigne du fardeau que constitue le regard extérieur. Comme tout le monde, Garcia doit composer avec. Comme beaucoup, cela a plus souvent été un frein qu'un moteur.
C'est le revers d'une médaille plus enviable. Celle de la performance. Il y a encore sept-huit mois, personne n'attendait rien de la Lyonnaise. Avant Roland-Garros, on la laissait tranquille. Mais son faramineux deuxième semestre 2022 est passé par là, Garcia est redevenue "Flying Caro", elle a aligné les victoires, remporté le Masters, retrouvé le Top 5 mondial et la voilà à Melbourne dans la peau d'une des principales figures de proue d'une concurrence désireuse de mener la vie dure à la patronne Iga Swiatek. Alors les attentes sont là, à nouveau. La pression aussi. Elle le sait et quand elle explique à Eurosport que, désormais, "le rêve d'un titre en Grand Chelem devient palpable", elle ne dit pas autre chose.
Caroline Garcia a achevé sa préparation sur un petit couac en s'inclinant en quarts de finale à Adélaïde contre Belinda Bencic. Il y a un an, elle aurait été ravie d'un tel bilan. Plus maintenant. "Je n'ai pas autant de victoires que j'espérais en arrivant à Melbourne, mais je dois parvenir à me préparer pour l'Open d'Australie même si je ne me sens pas tout à fait au mieux", admet la demi-finaliste du dernier US Open. Mardi, elle devrait, a priori, connaître une entame en douceur contre la Canadienne Katherine Sebov, sortie des qualifications. Mais elle est évidemment espérée et même attendue beaucoup plus loin.
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Caroline Garcia.

Crédit: Imago

A 29 ans, ce qui est en jeu pour Caroline Garcia, c'est l'ancrage dans la durée. Elle avait connu une période euphorique fin 2017 pour s'installer une première fois dans le Top 5 mondial. Feu de paille non suivi d'effets avant une longue traversée du désert. Il y a donc eu ensuite ce formidable retour de flamme ces six derniers mois. Peut-elle se maintenir sur ces hauteurs sur une saison entière, voire plusieurs années ? C'est d'abord cela qui est en jeu ces prochains mois, avec en acte I l'Open d'Australie. Aller au-delà de la période où tout roule, tout va bien.
"J'espère qu'elle va pouvoir trouver une forme de stabilité pour bien vivre sa carrière, nous confie Justine Hénin, ancienne numéro un mondiale et consultante pour Eurosport. C'est une joueuse, et une personne, que j'apprécie beaucoup. Alors c'est vrai qu'on s'est posé beaucoup de questions pendant des années. L'environnement est très important pour pouvoir bien vivre sa carrière et reproduire des résultats. Donc on lui souhaite. Je pense qu'il y a des caps qui ont été franchis chez elle. Elle est absolument impressionnante et vraiment délicieuse en termes tennistiques. On espère qu'elle va continuer sur cette voie évidemment car c'était un bonheur de la voir à nouveau éclore en 2022."
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"Depuis mi-juin, Garcia a un rythme de n°1 mondiale, mais son équilibre reste fragile"

Video credit: Eurosport

C'est tout le paradoxe. Derrière la Garcia conquérante des derniers mois subsiste une forme de fragilité. Celle du court, où son jeu ultra-agressif et à haut risques lui donne un côté dévastateur mais sur un fil. Celle en dehors aussi. Que ce soit dans une lettre publiée sur ses réseaux sociaux en fin de saison ou dans un récent entretien au quotidien L'Equipe, la Rhodanienne a vidé son sac, révélé ses fêlures, ses doutes, voire ses angoisses. "Deux jours avant de prendre l'avion, je n'avais pas d'hôtel. En arrivant, je me suis dit : 'Qu'est-ce qui ne va pas dans ma vie pour me retrouver seule en vacances ?'", disait-elle notamment à propos de sa coupure indonésienne après son titre au Masters.

Mi-conquérante, mi-fragile

Ces propos ont pu surprendre alors que, de l'extérieur, tout semble à nouveau aller pour le mieux dans son meilleur monde. "Certains joueurs, certaines joueuses protègent complètement ce qui se passe dans leur intimité, d'autres ont besoin de s'exprimer, note Justine Hénin. C'est peut-être une façon pour elle d'accepter aussi bien qu'elle n'est pas parfaite, qu'il y a beaucoup de choses sur lesquelles elle doit travailler, qu'il y a peut-être une forme de fragilité. On en a tous. Elle, elle a décidé de l'exprimer. Alors qu'est-ce qu'il y a derrière ? C'est difficile à dire. On n'est pas dans ses baskets. On ne peut pas juger. Elle décide d'y aller avec authenticité. C'est son choix, ça se respecte."
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Est-ce la bonne année pour Garcia ? "Pour jouer les premiers rôles à la victoire, c'est sûr"

Video credit: Eurosport

L'ancienne championne belge est "passée par là" elle aussi, comme elle nous le dit. "De l'extérieur, poursuit-elle, les gens connaissent 10 % de ce qui se passe dans la vie du joueur. Moi, je l'ai vécu. Il y a ce qu'on voit, on le voit à la télé, jouer ses matches. Et puis il y a toute cette dimension personnelle. Donc on n'est jamais dans la vie d'un joueur, on n'est jamais dans les discussions intimes avec les entraîneurs, avec le clan. Caroline le disait d'ailleurs, même dans des spirales de victoires, parfois, il y a des choses à maîtriser. Peut-être qu'avec cette prise de parole, le message est aussi est dire : 'Vous savez, on a vraiment beaucoup de choses à gérer sur le plan personnel et c'est difficile finalement de gérer tout ça et d'arriver à être performant de manière régulière".
Si elle a parlé, c'est, expliquait la numéro 4 mondiale dans L'Équipe, "pour montrer que malgré tout le positif qu'il y a eu, je me suis posé énormément de questions". Mi-conquérante, mi-fragile, Caroline Garcia, l'ambitieuse pleine de doutes, est à un moment charnière de sa carrière. Rien n'est acquis, mais elle a gagné le droit de rêver en grand, à Melbourne ou ailleurs. Un Grand Chelem comblerait ses désirs de championne. Le bonheur de la jeune femme est une équation plus complexe. Assouvir l'un sans nuire à l'autre demeure un jeu d'équilibriste. C'est tout le mal qu'on lui souhaite.
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Caroline Garcia à Adélaïde en 2023

Crédit: Getty Images

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