Open d'Australie - 8e de finale : Ugo Humbert, la clé est dans la continuité
Par Rémi Bourrieres
Mis à jour 19/01/2025 à 13:56 GMT+1
Ugo Humbert n’était pas loin de faire vaciller Alexander Zverev, ce dimanche en huitième de finale de l’Open d’Australie. Mais il a fini par s’incliner pour n’avoir pas su maintenir son niveau de jeu sur la durée du match. Le constat n’est pas nouveau pour le n°1 français qui devra sans doute en faire l’un de ses axes principaux de travail pour accéder au peloton des tout meilleurs.
Humbert a fait douter Zverev, mais pas assez longtemps : Le grand format en vidéo
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On sait qu’il faut se méfier des compliments lâchés à chaud par un joueur à l’égard d’un adversaire qu’il vient de battre. Il y a, forcément, toujours un peu de politesse de circonstance, teintée parfois d’une forme d’hypocrisie. Mais Alexander Zverev paraissait néanmoins très sincère ce dimanche à sa sortie de la John Cain Arena lorsque, après y avoir éliminé Ugo Humbert en quatre sets en huitièmes de finale de l’Open d’Australie (6-1, 2-6, 6-3, 6-2), il a lancé que le numéro 1 français, qui figure actuellement au 14ème rang mondial, serait rapidement dans le top 10 s’il continuait de progresser à ce rythme.
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Dans un certain sens, l’Allemand est d’ailleurs bien placé pour mesurer la progression régulière du Messin puisque, après l’avoir très sèchement battu en finale du dernier Rolex Paris Masters (6-2, 6-2), il a dû cette fois aller au charbon dans ce duel australien que le Français ne semblait pas loin de faire basculer au cœur du troisième set. Il est vrai aussi que le contexte était tout autre : à Bercy, Ugo était arrivé totalement cramé et en bout de piste. A Melbourne, il était en pleine possession de ses moyens, après une première semaine parfaitement gérée.
J'ai un peu déconné..
Même si Humbert conservait le sourire après sa défaite, c’est aussi un point sur lequel il pouvait malgré tout nourrir quelques regrets. « Je pense que c’est au début du 3ème set que j’ai manqué les occasions, a-t-il expliqué en conférence de presse. J’avais l’impression que je commençais à prendre un peu le dessus, je lisais mieux son service, j’avais trouvé un meilleur compromis entre agressivité et solidité. Je sentais qu’il commençait à douter un peu, à rater un peu plus, et qu’il fallait que je continue à appuyer davantage. Mais j’ai un peu déconné… »
On ne l’aurait pas forcément écrit comme ça, mais c’est un peu l’idée. Impérial derrière sa première balle de service depuis un set et demi (notamment sa fameuse première du gaucher, slicée extérieur côté avantage), le Messin en a été privé alors qu’il servait pour revenir à 4-3 dans ce troisième set. Il s’est alors fait breaker et, derrière, il n’y a pour ainsi dire plus eu de match. Le Français, brillantissime, a soudainement éteint la lumière. En l’espace de quelques minutes, il venait de montrer les deux facettes, en clair-obscur, de son indéniable talent.
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Zverev punit la position risquée d'Humbert au service
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Inutile d’aller chercher bien loin l’un des axes de progression prioritaires qu’il devra suivre pour gravir la dernière marche le séparant encore du gotha du tennis mondial. Ugo Humbert joue bien, très bien même et c’est une excellente base. A lui maintenant de le faire plus longtemps. On ne bat pas un cador en Grand Chelem en jouant son meilleur niveau pendant un set et demi. On le fait en maintenant le cap pendant trois heures, quatre heures et parfois plus. De la même manière qu'on ne gagne pas un marathon en courant à 25 km/h avant de s’écrouler. On le gagne en maintenant la vitesse de 20km (et même un peu plus) pendant deux heures. C’est dur, mais c’est la loi impitoyable du très haut niveau.
Je défie quiconque de gagner un set contre lui quand il joue comme ça.
Poursuivant sa pensée en conférence de presse, Alexander Zverev ne disait pas autre chose : « Par moments, Ugo est injouable, flagornait le numéro 2 mondial, qui affrontera Tommy Paul pour son quatrième quart de finale à l’Open d’Australie. Il a tout, avec notamment ce service de gaucher qui est incroyablement difficile à retourner. Au 2eme set, il jouait tout simplement trop vite, et trop bien. Je défie quiconque de gagner un set contre lui quand il joue comme ça. S’il arrive à évoluer ainsi de manière plus stable, oui, c’est clairement un joueur du top 10. »
Mais Zverev a tout dit : il faut le faire de manière plus stable. C’est aussi ce qui avait sauté aux yeux lors du précédent huitième de finale perdu par Ugo Humbert en Grand Chelem, l’an dernier à Wimbledon, face à Carlos Alcaraz. Pas loin de prendre feu et alors qu’il avait clairement instillé le doute dans le cerveau du cador espagnol, le n°1 tricolore avait finalement baissé un poil d’intensité à la fin du match. Peut-être pour avoir aussi, là encore, moins joué en action qu’en réaction.
Or, "face à ce genre de joueur, le moindre petit creux, la moindre petite erreur se paie cash, comme le reconnaissait le principal intéressé. C’était pareil face à Alcaraz. Sinner, je ne l’ai pas affronté depuis qu’il est à ce niveau, mais j’imagine que c'est pareil aussi. Dès que tu perds un peu d’intensité, le score peut aller très vite. Mais il faut apprendre de cette défaite. Je pense que j’ai les capacités de progresser et de me rapprocher encore plus de ça."
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Humbert, hilare devant le niveau "hallucinant" de Monfils : "C'est irréel, dingue, magnifique"
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Sur le plan purement tennistique, Ugo Humbert devra aussi se pencher sur la différence parfois abyssale entre sa première et sa deuxième balle de service, que ce soit en termes de vitesse ou d’efficacité : contre Zverev, il a inscrit 71% de points derrière sa première (dont 12 aces) contre seulement 23% derrière sa deuxième (dont… 0% au 4ème set). Un problème d’intensité physique, de concentration ? Toujours est-il qu’à partir du moment où le Français a vu son pourcentage chuter au cœur du troisième set, il n’a plus jamais pu rivaliser avec son adversaire.
Mais tout cela, finalement, constitue aussi la bonne nouvelle du jour. Il est rare, pour un joueur de tennis, d’être à la fois aussi brillant et malgré tout fragile, d’être aussi proche du très haut niveau mondial tout en restant perfectible dans divers domaines. C’est ce qui rend la trajectoire d’Ugo Humbert unique et passionnante. Mais par moments encore un peu frustrante dans les plus grands rendez-vous.
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